Se connecterCassiaLe message arrive un après-midi, alors que je suis dans la bibliothèque, plongée dans un vieux livre sur la mythologie grecque. Un billet glissé sous la porte, comme la première fois.Ce soir, 22h. Entrepôt 47, zone portuaire. Venez seule. — N.L.Nikos. Il me convoque comme on convoque un chien. L'heure est grave, je le sens. Il ne prendrait pas le risque de me contacter directement s'il n'avait pas quelque chose d'important à me dire. Ou à me montrer.
CassiaLa chambre est silencieuse. Alexandre est parti depuis une heure, appelé par une urgence dont il ne m'a rien dit. Je suis seule face au grand miroir en pied qui trône dans un coin de la pièce.Je me regarde.La femme dans le miroir me regarde aussi. Elle a mes yeux, ma bouche, mes cheveux défaits. Elle porte ma robe de chambre, celle qu'Alexandre m'a offerte la semaine dernière, en soie bleue, trop luxueuse pour une fille des montagnes comme moi.Mais est-ce vraiment moi ?Je m'approche du miroir, jusqu'à ce que mon souffle embue la surface froide.
Elle éclate d'un rire sans joie, un rire qui ressemble à un aboiement.— Non, Cassia. Tu ne joues pas. Tu joues à l'amour. Et la différence est énorme.— Quelle différence ?— Quand on joue le jeu, on garde le contrôle. On sait qu'on ment. On sait qu'on manipule. On reste maître de ses émotions. Mais toi, tu as perdu le contrôle. Tu es tombée amoureuse. Vraiment. Profondément. Et ça, c'est la pire des défaites.Ses mots me frappent comme des gifles. Je voudrais protester, nier, me défendre. Mais je ne peux pas. Parce qu'elle a rais
Les yeux d'Anton se posent sur moi, intenses, perçants.— Que vous arriviez, Cassia. Il vous attendait. Il savait que vous viendriez un jour venger votre sœur. Et il savait que vous vous tromperiez de cible.Le silence retombe dans la serre, seulement troublé par le goutte-à-goutte de l'arrosage automatique.— Vous travaillez pour Nikos, Anton ?La question sort avant que je puisse la retenir. Directe. Brutale. Définitive.Anton me regarde longuement. Son visage ne trahit aucune émotion.
Les jours suivants, je deviens une ombre dans la maison. J'observe, j'écoute, je note mentalement chaque détail, chaque comportement suspect, chaque parole qui pourrait être un indice.Nikolas, le chef de la sécurité, est un homme brutal, direct, qui ne cache pas son antipathie pour moi. Il me regarde comme on regarde un parasite, avec un mélange de mépris et de méfiance. Mais est-ce suffisant pour faire de lui une taupe ? Sa haine est trop ouverte, trop visible. Les taupes se cachent dans l'ombre, pas dans la lumière.Elena, la conseillère stratégique, est tout le contraire. Polie, élégante, elle me sourit quand nous nous croisons, me demande poliment comment je vais. Mais ses sourires n'atteignent jamais ses yeux. Elle me jauge, m'évalue, comme si elle cherchait à percer mon masque. Une femme aussi intelligente pourrait facilement jouer un double jeu.Dimitri, le responsable des opérations, est un homme discret, presque effacé. Il parle peu, sourit encore moins. Il passe ses journée
Le silence s'installe entre nous, lourd de implications. Si la taupe découvre que je suis la sœur de Cassandre, que je suis venue ici pour venger sa mort, que je travaille maintenant avec Alexandre pour détruire Nikos, tout est fini. Nikos saura tout. Et il frappera avant que nous ayons pu lever le petit doigt.— Donne-moi les noms, dis-je.Il ouvre un tiroir, en sort une feuille de papier qu'il fait glisser vers moi sur le bureau. Cinq noms, écrits de son écriture anguleuse et précise.Nikolas Petrov - Chef de la sécuritéElena Vasseur - Conseillère stratégiqueAnton Morea
ArianaLa journée s’est écoulée dans un brouhaha étouffé de soie, de murmures et du cliquetis des épingles entre les dents des couturières. J’ai été un mannequin, un manège à tourner sur commande. J’ai marché, pivoté, arrêté. J’ai senti les tissus devenir une seconde peau, les armatures de corset s
ArianaJe remonte sur la plateforme. Cette fois, la silhouette est guerrière. Dangereuse. Le cuir craque doucement quand je respire. Je me vois dans le miroir : une insurgée, une pillarde. L’ironie est un acide dans ma gorge. Je suis l’antithèse parfaite de cette image. Je suis captive, pacifiée, o
ArianaLa nuit a été un long exercice de contrôle. Respirer. Ne pas penser. Juste planifier. Les mots que je dirai. Le ton que j'emploierai. Où je me tiendrai. Comment je poserai mes mains ,ne sont pas tremblantes, non, posées, calmes, presque indifférentes.L'aube point, sale et grise derrière les
NikosLa nuit est tombée sur Athènes, un manteau noir piqué de mille feux qui, d'ici, ressemblent à des braises mourantes. Depuis mon bureau, je regarde la ville. Ma ville. Elle grouille, elle respire, elle obéit à des règles que j'ai, pour une grande part, établies.Mais ce soir, une seule chose o







