LOGIN— C’est lui qui a agressé Julien.— Oui. Sur mon ordre. Je ne pouvais pas le faire moi-même, j’étais en prison. Mais je ne supportais pas l’idée qu’un autre homme te touche, te parle, te fasse l’amour. Alors j’ai demandé à Simon de lui faire peur. Juste de lui faire peur.— Il aurait pu le tuer.— Non. Simon n’est pas un tueur. C’est un suiveur. Il n’a jamais eu l’étoffe d’un chef. Il a toujours été dans mon ombre.— Et maintenant ? Qu’est-ce que tu comptais faire, après ce soir ?— Après ce soir, j’espérais que tu reviendrais. Que tu me pardonnerais. On serait partis. Loin d’ici. Là où personne ne nous connaît. On aurait recommencé à zéro. Toi et moi.— Et Solange ? Et les enfants ?— Je les aurais quittés. Définitivement. Pour toi. Rien que pour toi.Rebecca hocha la tête, lentement, comme si elle pesait ses mots, comme si elle hésitait encore. Puis elle s’approcha de lui, se tint debout devant le fauteuil.— Tu as dit que les autres n’étaient rien pour toi. Que j’étais la seule qui
Il but une gorgée de vin, se cala dans le fauteuil, et commença à parler. Il raconta l’enfance brisée, la mère qui l’appelait "mon petit sucre" avant de l’abandonner, le père violent, la fuite avec Simon. Il raconta les premières escroqueries, les premières victimes, le frisson de la manipulation, l’ivresse du mensonge.— Et les autres ? demanda Rebecca doucement. Toutes ces femmes dont j’ai vu les photos dans ton armoire. Qu’est-ce qu’elles représentaient pour toi ?— Rien. Des étapes. Des passages. Des proies. Je ne sais même plus leurs noms, pour certaines. Elles étaient des exercices. Des gammes. Je m’entraînais sur elles pour devenir meilleur. Plus convaincant. Plus efficace.— Tu les as ruinées. Tu as détruit leur vie, leur confiance, leur dignité. Et tu dis que c’était rien ?— Pour moi, c’était rien. De l’argent. Du plaisir. Un jeu. Rien de plus.Rebecca sentit un frisson glacé parcourir sa colonne vertébrale. L’entendre parler ainsi, avec ce détachement clinique, cette absenc
Elle lui tournait le dos en parlant, occupée à déboucher la bouteille. C’était mieux ainsi. Il ne pouvait pas voir son visage, ne pouvait pas déceler le mensonge dans ses yeux. Elle devait rester floue, fragile, indécise. Une femme au bord du gouffre, partagée entre la haine et l’amour, entre le désir de fuir et l’envie de pardonner.— Moi non plus, je n’ai jamais pu t’oublier, dit-il derrière elle. En prison, je pensais à toi tous les jours. Toutes les nuits. Je me souvenais de ton goût, de ton odeur, de ta douceur. Et je me disais que si je pouvais te revoir une dernière fois, je pourrais mourir en paix.Elle se retourna, deux verres de vin à la main, et lui en tendit un. Elle avait composé son visage, adouci son regard, esquissé un sourire tremblant, presque timide. La comédie commençait.— Pourquoi tu m’as fait ça ? demanda-t-elle doucement en s’asseyant face à lui. Pourquoi tu m’as choisie ?— Je te l’ai dit dans mes lettres. Je te l’ai dit cent fois. Tu étais différente. Tu avai
Trois coups. Secs. Précis. Sans hésitation. Exactement comme au début de leur histoire, quand il venait la retrouver dans son petit appartement du onzième arrondissement, à minuit, sans prévenir. Elle reconnaîtrait ce signal entre mille. Pendant des mois, elle l’avait attendu avec impatience, le cœur gonflé d’espoir et d’amour. Aujourd’hui, ce même signal ne lui inspirait plus que du dégoût et de la détermination.Elle se leva lentement, traversa la chambre, posa sa main sur la poignée. Elle ferma les yeux une fraction de seconde, pensa à Julien, à son visage ensanglanté après l’agression, à ses mots tendres qui l’avaient tenue debout. Puis elle ouvrit la porte.Il était là.Lémek se tenait dans le couloir feutré de l’hôtel, vêtu d’un costume sombre qui avait connu des jours meilleurs, une rose blanche à la main. Il avait maigri. Ses cheveux poivre et sel étaient plus longs, plus gris, et ses yeux sombres s’enfonçaient dans leurs orbites, cernés par la fatigue et l’obsession. Mais il
Le capitaine posa une main sur son épaule, un geste paternel qui contrastait avec sa carrure imposante.— Vous êtes courageuse, madame Moreau. Beaucoup de femmes n’auraient pas eu la force de faire ce que vous faites. Mais vous, vous l’avez. Et on sera là. On ne vous laissera pas tomber.Les techniciens terminèrent leur travail, replièrent leurs câbles, et quittèrent la pièce. Le capitaine les suivit, non sans avoir jeté un dernier regard à Rebecca.— Je vous laisse vous préparer. Il arrive dans une heure. Bonne chance.— Merci. Mais la chance n’a rien à voir là-dedans. C’est de la stratégie. De la patience. Et de la colère. Beaucoup de colère.Le capitaine sourit tristement, puis il sortit, refermant la porte derrière lui. Rebecca resta seule dans la chambre silencieuse. Elle s’approcha de la fenêtre, regarda la rue en contrebas. Les lampadaires s’allumaient un à un, et les passants pressaient le pas, insouciants, indifférents au drame qui allait se jouer dans quelques minutes.Elle
Et dans le silence de l’appartement, elle sentit une force nouvelle l’envahir. La force des survivants. La force des justiciers. La force des femmes qui ont tout perdu et qui n’ont plus peur de rien.Le piège était tendu. L’hameçon était amorcé. Il ne restait plus qu’à attendre que le poisson morde. Et il mordrait. Elle en était sûre. Parce qu’elle le connaissait mieux que personne. Parce qu’elle savait qu’il ne résisterait pas à l’appel de sa douceur. Parce que sa douceur, justement, était devenue son arme la plus redoutable. La plus sucrée. La plus mortelle. Celle qui allait le perdre. Pour toujours. Définitivement. Enfin.***L’hôtel choisi par Rebecca était un établissement discret du seizième arrondissement, un immeuble haussmannien transformé en résidence hôtelière de luxe, avec des chambres aux murs tendus de soie et des couloirs feutrés où le personnel glissait sans bruit. Rien à voir avec les palaces clinquants que Lémek lui avait fait découvrir au début de leur histoire. C’é







