J'attends depuis si longtemps que tu sois célibataire

J'attends depuis si longtemps que tu sois célibataire

By:  Léa LeblancUpdated just now
Language: French
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Élise Moreau venait de surprendre son petit ami en train de la tromper. Alors qu'elle était encore désemparée, Victor Delmas est venu la trouver de sa propre initiative. Prenant l'air d'un parfait gentleman, il lui a demandé : « Il t'a trompée. Tu ne comptes pas lui rendre la pareille ? » Élise a trouvé l'idée excellente : puisqu'elle allait lui rendre la pareille, autant faire mieux que lui. Sur un coup de tête, elle lui a lancé : « Victor, joue le jeu avec moi. » À l'époque, tout le monde avait pris Élise pour une folle. Qui aurait imaginé qu'elle oserait se servir de Victor comme petit ami de façade ? Et pourtant, quelques mois plus tard, ceux qui s'étaient moqués d'elle sont restés bouche bée : le faux couple avait fini par devenir un vrai. Il n'y avait qu'une personne qui connaissait toute la vérité. Victor savait exactement combien d'efforts il lui avait fallu déployer, dans l'ombre, pour arriver jusqu'à Élise.

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Chapter 1

Chapitre 1

Chaque année, en décembre, à l'approche des fêtes, Élise retournait à Bellevue, sa ville natale.

Elle y passait quelques jours pour ranger et entretenir la maison où elle avait grandi, puis se rendait au cimetière pour se recueillir sur la tombe de ses parents.

Cette maison était vide depuis près de vingt ans, et ses parents étaient morts depuis longtemps.

Pourtant, c'était encore le seul endroit au monde qu'Élise considérait comme chez elle.

La maison voisine était elle aussi à l'abandon.

Élise se souvenait vaguement d'un vieux couple qui y avait vécu autrefois.

Elle avait oublié leurs noms, mais elle n'avait jamais oublié la gentillesse de la vieille dame.

Quand Élise était petite, cette vieille dame lui avait même confectionné quelques petites robes.

Elle avait un petit-fils qui, d'après ce qu'Élise avait entendu dire, revenait chaque année pendant les vacances.

Puis la famille d'Élise avait déménagé.

Des années plus tard, lorsqu'elle était revenue à Bellevue, la maison voisine était déjà vide.

Chaque fois qu'elle passait par là, elle prenait quelques minutes pour arracher les mauvaises herbes dans le jardin.

Elle l'a encore fait cette année.

Lorsqu'Élise a enfin terminé, les flocons de neige ont commencé à tomber.

Elle a repris la route de Montval, la ville où elle habitait maintenant.

Elle était presque arrivée lorsque son petit ami Arthur Delaunay l'a appelée.

La voix de l'homme était toujours aussi douce :

« Élise, je suis rentré de déplacement. Je viens d'atterrir. Je serai à la maison dans une heure. »

« D'accord. Rentre bien. »

« Oui. »

L'appel n'a pas duré plus longtemps.

Arthur semblait avoir accompli une formalité en la prévenant de son retour, sans manifester la moindre émotion.

Élise ne s'en est pas étonnée, car elle connaissait son tempérament depuis longtemps.

Elle a accéléré un peu.

Dans une demi-heure, elle serait à la maison.

Arthur était le fils aîné de la famille Delaunay, l'une des familles les plus puissantes de Montval.

Ils s'étaient rencontrés pendant la dernière année d'université d'Élise.

Arthur, ancien étudiant de l'établissement et désormais jeune homme d'affaires accompli, était revenu donner une conférence.

Élise avait été chargée de s'occuper de lui pendant sa visite.

Ils avaient commencé à se fréquenter peu après.

Trois ans plus tard, ils étaient toujours ensemble.

Au début de leur relation, Arthur lui avait promis qu'ils se marieraient dès qu'elle aurait terminé son master.

Cela faisait pourtant déjà un an qu'Élise avait obtenu son diplôme.

Et elle attendait toujours la demande en mariage d'Arthur.

Arthur, constamment pris par son travail, était toujours au bureau ou en déplacement. Même lorsqu'ils parvenaient à passer une soirée ensemble, il finissait souvent par s'enfermer dans son bureau pour travailler jusqu'au milieu de la nuit.

Ils n'étaient jamais allés plus loin.

Leurs rendez-vous devaient être organisés plusieurs jours à l'avance, et il arrivait régulièrement qu'Arthur quitte le restaurant en plein dîner à cause du travail.

Élise avait longtemps accepté cette situation.

Après tout, elle l'aimait, et ils allaient se marier.

Peut-être était-il temps qu'elle fasse elle-même un pas vers lui.

Elle en avait assez d'attendre.

Une fois sa décision prise, Élise s'est arrêtée devant une boutique.

Quelques minutes plus tard, elle en est sortie avec une nuisette sexy qu'elle n'aurait jamais osé acheter dans des circonstances ordinaires.

Puis elle a repris la voiture en direction de l'appartement d'Arthur.

Elle y venait rarement.

Son lieu de travail était beaucoup trop loin de cet endroit et, en temps normal, elle n'avait aucune raison de s'y rendre.

Elle est entrée et s'est dirigée directement vers la salle de bains.

Sous la douche, pourtant, le courage lui a manqué.

Est-ce qu'elle n'était pas en train d'aller trop loin ?

Mais presque aussitôt, elle a balayé cette pensée.

Ils s'aimaient, ils étaient ensemble depuis trois ans et avaient toujours envisagé le mariage.

Il était naturel qu'ils franchissent cette étape.

Après sa douche, Élise s'est séchée et a laissé tomber sa serviette.

Elle s'est appuyée contre le lavabo et a levé les yeux vers le miroir.

Ses traits délicats paraissaient encore plus nets après la douche.

Son visage avait gardé une certaine innocence, mais ses cheveux humides et sa peau encore rosée lui donnaient quelque chose de plus troublant.

Elle a fermé les yeux un instant et pris une profonde inspiration.

Elle était nerveuse, et malgré tout, terriblement impatiente.

Élise a fini par sortir de la salle de bains.

Puis elle a éteint les lumières du salon.

Dans le noir, elle se sentait moins vulnérable.

Il lui semblait peut-être plus facile de se laisser aller ainsi.

Quelques instants plus tard, elle a entendu le bip du digicode.

Arthur était là.

La porte s'est ouverte.

Un homme est entré, une valise à la main.

La lumière du couloir l'éclairait à contre-jour, si bien qu'Élise ne distinguait que sa silhouette dans l'obscurité du salon.

Lorsqu'il a aperçu Élise, il s'est arrêté net.

De toute évidence, il ne s'attendait pas à trouver quelqu'un.

Élise, elle, n'a pas attendu qu'il pose la moindre question.

Elle s'est avancée pieds nus, l'a attrapé par le col et a refermé la porte derrière lui.

Elle a pris une profonde inspiration.

Puis, avant que son courage ne disparaisse, elle l'a tiré vers elle et l'a embrassé.

Un bouton de la chemise de l'homme s'est détaché sous les doigts d'Élise et est tombé sur le sol dans un petit claquement.

Il s'est figé.

Il n'a pas répondu à son baiser.

Élise connaissait Arthur.

Il avait toujours été réservé, mesuré, presque incapable de perdre le contrôle.

Mais maintenant qu'elle avait pris l'initiative, elle ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin.

Elle a posé une main contre le torse d'Arthur et l'a entraîné vers le salon sans cesser de l'embrasser.

Puis elle l'a poussé sur le canapé.

Elle s'est installée à califourchon sur lui et s'est penchée pour l'embrasser de nouveau, avec davantage d'assurance cette fois, laissant sa langue effleurer ses dents.

Dans l'obscurité, elle ne distinguait pas le visage de l'homme.

Mais les yeux d'Arthur étaient étonnamment brillants.

Et pourtant, il restait immobile.

Élise commençait à se sentir embarrassée.

Elle avait l'impression d'embrasser quelqu'un qui ne ressentait absolument rien.

Une inquiétude lui a serré le cœur.

Depuis trois ans, Arthur et elle avaient toujours entretenu une relation très sage.

Ils n'avaient jamais vraiment dépassé les limites.

Peut-être trouvait-il son comportement trop audacieux ?

« Je t'aime », a-t-elle murmuré d'une voix sensuelle.

Cette fois, l'homme a semblé hésiter.

Puis il a passé une main derrière la tête d'Élise et l'a attirée contre lui.

Le baiser est devenu plus intense.

Il n'y avait plus aucune retenue.

Élise en a eu le souffle coupé.

Elle n'aurait jamais imaginé qu'Arthur, toujours si doux et posé, puisse se montrer aussi passionné.

Elle avait de plus en plus de mal à suivre.

Dans le silence de l'appartement, leurs respirations se faisaient entendre distinctement.

Puis, au moment où ils semblaient ne plus vouloir se séparer, un téléphone a sonné.

La sonnerie a brutalement rompu l'intimité de la pièce.

Élise la connaissait parfaitement.

C'était celle qu'elle avait choisie pour Arthur.

Elle s'est figée.

Arthur l'appelait.

Alors…

Qui était l'homme qu'elle venait d'embrasser ?

Saisie par la panique, Élise a repoussé l'homme d'un coup, s'est levée précipitamment et a attrapé son téléphone.

Le nom affiché sur l'écran ne laissait aucun doute : Arthur.

Elle a reculé de quelques pas et allumé les lumières.

Assis sur le canapé, l'homme remettait tranquillement sa chemise en ordre.

Lorsqu'il a senti son regard, il a levé les yeux vers elle.

Élise l'a enfin vu clairement.

Il portait un long manteau noir, et son visage était d'une beauté froide et raffinée.

Il avait une expression calme, presque distante, et dégageait une assurance naturelle qui imposait le respect.

Élise connaissait la plupart des amis d'Arthur.

Mais cet homme, elle ne l'avait jamais vu.

Son cœur battait à tout rompre.

« Qui es-tu ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Qu'est-ce que tu veux ? »

L'homme n'a pas semblé le moins du monde déstabilisé.

Assis bien droit, il avait retrouvé un calme imperturbable, comme si les dernières minutes n'avaient jamais existé.

Même son visage ne portait plus la moindre trace de l'intimité qu'ils venaient de partager.

Il a simplement dit :

« Tu devrais peut-être répondre. »

Élise a réalisé que son téléphone sonnait toujours.

Elle a décroché :

« Arthur… »

Sa voix tremblait légèrement.

« Élise, mes parents veulent que je passe chez eux ce soir. Je vais y aller directement. On se voit demain ? »

« D'accord… Mais j'étais justement en train de me rendre à ton appartement. »

Tout en parlant, Élise ne quittait pas l'inconnu des yeux.

Arthur a aussitôt ajouté :

« Ah, justement. J'ai oublié de te prévenir : un ami est rentré à Montval et il va loger chez moi aujourd'hui. Il a quelque chose à faire dans le quartier demain. Ne viens pas ce soir. »

Élise a murmuré :

« D'accord. »

« Il fait de plus en plus froid. Couvre-toi bien. Je t'appelle demain. »

Après cela, Arthur a raccroché.

L'appel terminé, Élise a baissé les yeux sur sa tenue.

Elle portait si peu de tissu qu'elle aurait voulu disparaître sur place.

Elle a serré les pans de son vêtement entre ses doigts, les orteils crispés de honte.

L'inconnu l'a observée un instant avant de demander calmement :

« Tu ne préfères pas aller te changer ? »

Élise a hésité.

Partir ainsi était hors de question.

Elle a finalement choisi la solution la moins humiliante : retourner dans la chambre et se changer rapidement.

Lorsqu'elle est ressortie, elle avait retrouvé un semblant de calme.

Elle s'est tapoté les joues encore brûlantes, puis a pris une profonde inspiration avant de revenir dans le salon.

L'homme était toujours installé sur le canapé.

Il buvait tranquillement un verre d'eau, comme si rien d'étrange ne s'était passé.

Son regard s'est posé sur elle, parfaitement calme.

Lorsqu'il a avalé une gorgée, sa pomme d'Adam a légèrement bougé.

Un bouton de sa chemise noire avait sauté.

Son col entrouvert laissait apparaître une partie de son torse.

Élise venait justement d'en découvrir la fermeté sous ses doigts. Elle a immédiatement détourné les yeux.

Elle ne voulait pas se rappeler ce qui venait de se passer.

Elle cherchait encore comment expliquer cette situation absurde lorsque l'homme a pris la parole :

« Tu es la petite amie d'Arthur ? »

Sa voix était claire et posée, parfaitement accordée à l'homme qu'il était : sûr de lui, discret et parfaitement maître de ses émotions.

Élise a hoché la tête :

« Oui. »

Un léger sourire s'est dessiné sur les lèvres de l'homme :

« Je suis désolé. J'avais un peu bu ce soir et je n'avais pas toute ma lucidité. J'espère ne pas t'avoir mise mal à l'aise. »

Il parlait avec une telle assurance et une telle retenue qu'Élise avait du mal à lui en vouloir.

Il ne ressemblait pas à un homme qui aurait profité de la situation.

Et, après tout, c'était elle qui l'avait embrassé la première.

Élise s'est sentie encore plus gênée.

Après un court silence, elle a fini par dire :

« Ce n'est pas grave. Enfin… Tu es un ami d'Arthur, n'est-ce pas ? Alors… tu peux garder pour toi ce qui vient de se passer ? »

À cet instant, la sonnette de la porte a retenti.

Leur conversation s'est interrompue, et tous deux ont tourné les yeux vers l'entrée.
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