MasukRebecca tourna la tête vers lui. Dans la pénombre du salon, son visage était grave, mais ses yeux brillaient de cette détermination tranquille qu’elle lui connaissait si bien.— Je ne fuirai plus.— Qu’est-ce que tu veux dire ?— Pendant des années, j’ai fui. J’ai fui Lémek, j’ai fui mes peurs, j’ai fui mes souvenirs. Je me suis cachée derrière des serrures renforcées, des alarmes, des gardes du corps. J’ai vécu dans la peur, et cette peur a failli me détruire. Mais aujourd’hui, c’est fini. Je ne fuirai plus.— Rebecca, ce n’est pas fuir que de se protéger. C’est être prudente, c’est être sage.— Je sais. Et je continuerai à être prudente. À être sage. Mais je ne changerai plus rien à ma vie pour lui. Ni pour Simon, ni pour personne. J’ai passé trop d’années à regarder par-dessus mon épaule. À sursauter au moindre bruit. À vérifier dix fois les serrures avant de dormir. Cette vie-là, ce n’est pas une vie. Et j’ai décidé de vivre. Vraiment vivre. Pleinement. Sans peur.— Et si le messa
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Julien en entrant dans la cuisine, une serviette autour du cou, les cheveux encore mouillés.— Un message. D’un numéro inconnu.— Qu’est-ce qu’il dit ?Elle lui tendit le téléphone sans répondre. Il lut les trois mots, et son visage se durcit.— "Je sors bientôt." C’est lui ? Lémek ?— Non. Lémek est mourant. C’est Simon. Ça ne peut être que lui. Il est sorti de prison il y a six mois, tu te souviens ? Maître Morel nous avait prévenus.— Oui, je me souviens. Il n’avait jamais cherché à te contacter.— Jusqu’à aujourd’hui.Julien prit le téléphone, enregistra le numéro, fit une capture d’écran du message.— On va le montrer à la police. Et à Maître Morel. Simon est toujours sous le coup de son interdiction de contact. Un seul message, et il retourne en prison.— Pour combien de temps ? Six mois ? Un an ? Et après, il ressortira. Et il recommencera.— Alors on va faire en sorte que cette fois, ce soit définitif.— Comment ?— On va prouver qu’il agit pour
Rebecca rit doucement, essuya ses yeux, et se tourna vers la grande baie vitrée qui donnait sur la rue. Dehors, le soleil brillait, et les passants pressaient le pas, indifférents. Mais à l’intérieur de ces murs, quelque chose d’important était en train de se jouer. Quelque chose qui changeait des vies, qui réparait des cœurs, qui redonnait de l’espoir.— On va continuer à grandir, dit-elle. Ouvrir d’autres antennes, former d’autres bénévoles, toucher d’autres femmes.— Jusqu’où ?— Jusqu’à ce que chaque femme en France sache qu’elle n’est pas seule. Jusqu’à ce que la douceur ne soit plus jamais une faiblesse, mais une force.— C’est un beau programme.— C’est notre programme. Le tien, le mien, celui de toutes les survivantes.Elle se tourna vers Chloé, lui prit la main, et elles restèrent ainsi, debout devant la baie vitrée, à regarder la vie qui continuait dehors. La vie qui continuait dedans aussi. La vie qui gagnait, jour après jour, bataille après bataille. La douceur retrouvée.
Rebecca tourna la tête vers la plaque de cuivre fixée à côté de la porte d’entrée. Elle y lut l’inscription qu’elle connaissait par cœur : "Douceur Retrouvée – Association d’aide aux victimes de manipulation et de violences psychologiques – Fondée par Rebecca Moreau". Elle se souvenait du jour où elle avait dévoilé cette plaque, il y avait à peine deux ans. Deux ans seulement, et pourtant, tout avait changé.— Il y a une délégation de Lyon qui vient d’ouvrir, dit Chloé en consultant son téléphone. Et une autre à Nantes. Marseille nous a contactés la semaine dernière. Et Strasbourg, bien sûr, avec Élodie.— Strasbourg, c’est la première. Élodie a été incroyable. Elle a monté toute l’antenne seule, avec une énergie...— Une énergie de survivante. Comme toi.— Oui. Comme moi.Elles pénétrèrent dans les locaux, saluèrent les bénévoles, échangèrent quelques mots avec les femmes qui attendaient. Rebecca connaissait certaines d’entre elles, pour les avoir accompagnées personnellement. D’autr
Le soir, dans leur appartement, ils fêtèrent la sortie du livre avec Chloé, Thomas, Solange, Vincent, et tous leurs amis. Il y avait du champagne, des rires, des discours improvisés. Et au milieu de la fête, Julien prit Rebecca par la main, l’entraîna à l’écart, dans la cuisine silencieuse.— Ça va ? demanda-t-il.— Oui. Très bien. Je suis heureuse. Tellement heureuse.— Moi aussi. Et c’est grâce à toi.— Non. Grâce à nous.— D’accord. Grâce à nous.Il l’embrassa doucement, et ils restèrent enlacés un long moment, bercés par le bruit des conversations et des rires qui leur parvenaient du salon. La vie était belle. Vraiment belle. Et elle ne faisait que commencer.Pour de bon. Pour toujours. Enfin.***Tout avait commencé dans une petite salle prêtée par la mairie du onzième arrondissement, avec une table, trois chaises et un téléphone qui ne sonnait presque jamais. Rebecca se souvenait de ces premiers mois de l’association comme d’une période à la fois exaltante et décourageante. Elle
Quand il avait enfin osé montrer le manuscrit à Rebecca, un soir d’hiver, elle l’avait lu d’une traite, sans s’arrêter, sans parler. Elle avait tourné les pages dans le silence du salon, pendant qu’il faisait semblant de lire un autre livre, le cœur battant, les mains moites. Quand elle avait refermé le manuscrit, elle avait levé les yeux vers lui, et il avait vu qu’elle pleurait.— Alors ? avait-il demandé, la voix étranglée. C’est mauvais ?— C’est magnifique, Julien. C’est le plus beau livre que j’aie jamais lu.— Vraiment ?— Vraiment. Cette histoire... c’est la nôtre, d’une certaine façon. C’est toi, c’est moi, c’est nous. Et en même temps, c’est universel. Toutes les femmes qui ont survécu à ce que j’ai vécu, tous les hommes qui ont survécu à ce que tu as vécu, se reconnaîtront dans ces pages.— Tu crois que ça mérite d’être publié ?— Pas seulement publié. Célébré. Partagé. Offert au monde.La publication avait pris du temps. Julien avait changé d’éditeur, en avait cherché un q







