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Chapitre 4

Auteur: Suzon Leroux
« Les Beaumont ? »

Pauline a répété ces deux mots.

« Exactement. La famille Beaumont. Désormais, ce sera votre foyer. »

Pauline est restée silencieuse quelques secondes. Alexandre était son père biologique. Un héritage se chiffrant en centaines de milliards reposait désormais sur ses épaules. Revenir dans la famille Beaumont était une question de temps. Elle ne pouvait pas y échapper, et n'en voyait plus la nécessité.

Elle a hoché la tête.

« Très bien. Puisque c'est ma maison, autant aller la voir de mes propres yeux. »

Ce qui devait arriver finirait toujours par arriver. Autant l'affronter.

Sur la route, Louis a expliqué à Pauline, simplement, la situation actuelle de la famille Beaumont.

Les Beaumont étaient à la tête d'un empire immense. La plus grande partie des biens se trouvait autrefois entre les mains d'Alexandre. Le reste était réparti entre son père, le patriarche de la famille Beaumont, Henri Beaumont, et son frère aîné, Philippe Beaumont.

Aujourd'hui, tout ce qu'Alexandre laissait derrière lui revenait à Pauline. Autrement dit, elle devenait l'actionnaire majoritaire du Groupe Beaumont.

Pour le moment, Henri se reposait à l'étranger. Les affaires de la famille étaient gérées par Margaux Beaumont, l'épouse d'Alexandre, tandis que l'entreprise était dirigée par leur fils adopté, Julien Beaumont.

Une heure plus tard, la Rolls-Royce allongée est entrée dans le manoir des Beaumont.

Le domaine, d'une superficie de plus de mille mètres carrés, imposait le respect. De l'entrée du parc jusqu'au bâtiment principal du manoir, la voiture a roulé près de dix minutes avant de s'arrêter.

L'architecture du bâtiment principal dépassait de loin celle des résidences de luxe ordinaires. Tout y respirait la puissance et l'opulence, au point que chaque pierre semblait valoir une fortune.

C'était la première fois que Pauline entrait dans un lieu pareil. La tension lui a traversé la poitrine, malgré elle. Elle a pourtant gardé son calme.

Louis l'a conduite jusqu'au salon principal. Les lourdes portes ont été ouvertes par une domestique. Devant les baies vitrées, une silhouette élégante et majestueuse est apparue.

La femme était accompagnée de deux assistants. Sur le canapé, un jeune homme en costume était assis, droit et impeccable.

En voyant Pauline, la femme a posé sur elle un regard bref, à peine quelques secondes, avant de s'avancer.

À voix basse, Louis a présenté la situation à Pauline : la femme devant elle était Margaux, l'épouse d'Alexandre.

L'homme assis sur le canapé était Julien, le fils adoptif d'Alexandre et de Margaux, son frère aîné, de nom.

Margaux a levé les yeux. Aussitôt, Louis a fait reculer tout le monde et les a emmenés hors de la pièce. En un instant, le vaste salon n'a plus compté que Pauline face à Margaux et à son fils.

« Vous vous appelez Pauline ? »

Pauline a hoché la tête. La femme souriait, mais Pauline sentait que ce sourire n'était pas amical.

« Asseyez-vous. Vous êtes ici chez vous, inutile d'être sur la réserve. »

Après Margaux, Julien a pris la parole à son tour. Sa voix restait polie, mais distante.

Pauline les a regardés, puis s'est assise au bord du canapé en face.

« Vous m'avez fait venir pour... »

« Allons droit au but. »

Margaux l'a coupée, sans détour.

« Si je vous ai fait venir aujourd'hui, c'est pour vous demander d'abandonner une partie de vos droits à l'héritage. »

Elle a regardé Julien. L'homme a posé devant Pauline le dossier qu'il avait préparé à l'avance.

« Madame Morel, le décès accidentel de mon père vous a fait hériter de l'ensemble de ses biens personnels. En revanche, la gestion de l'entreprise ne peut pas vous être confiée. J'espère que vous pourrez le comprendre. En compensation, nous vous verserons une somme de cent millions en liquide. »

La voix de Julien est restée froide, détachée. Il ne négociait pas. Il annonçait.

Pauline est restée un instant interdite, puis a feuilleté le dossier distraitement.

« Renonciation volontaire à l'intégralité des parts de la famille Beaumont, aux droits de gestion de l'entreprise, ainsi qu'à l'ensemble des biens immobiliers au nom de la famille... »

Margaux, de son côté, a pris sa tasse de thé et en a bu une gorgée, imperturbable.

« Je me suis renseignée sur votre situation. Votre mère et Alexandre n'avaient eu qu'une relation passagère. Personne ne s'attendait à votre naissance. Vous avez été abandonnée dans un orphelinat dès l'âge de trois ans. Toutes ces années n'ont pas été faciles pour vous. »

Elle a reposé sa tasse.

« Cent millions représente déjà beaucoup pour quelqu'un comme vous. Mais l'héritier de la famille Beaumont ne peut pas être une enfant illégitime, élevée loin de la famille. J'espère que vous en êtes consciente. »

« Cela dit, vous êtes malgré tout la fille d'Alexandre, et donc du sang des Beaumont. À l'avenir, vous conserverez votre statut, au moins de nom. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous pourrez toujours vous adresser à moi. »

Margaux a parlé avec assurance, comme si elle était certaine que Pauline n'oserait pas refuser.

Pauline a reposé le dossier sans la moindre émotion, puis a relevé les yeux vers Margaux.

La femme avait des traits magnifiques, une peau impeccablement entretenue, au point qu'il était difficile d'en deviner l'âge.

« Madame Morel, s'il n'y a pas de problème, je vous invite à signer. »

Julien a de nouveau poussé le stylo posé sur la table vers Pauline.

Pauline s'attendait depuis longtemps à ce que la famille Beaumont ne l'accepte pas facilement. Cette prétendue discussion n'était rien d'autre qu'une prise de force d'appropriation déguisée.

Elle est restée silencieuse quelques secondes, puis a lâché, d'une voix calme.

« Je refuse. »

Elle a repris, plus posée encore :

« Vous m'avez qualifiée d'enfant illégitime. Mais en droit, une seule chose compte : le lien de filiation. C'est mon père qui a rédigé un testament, mandaté lui-même un avocat et signé avec moi l'accord de succession. Son testament, ainsi que le rapport ADN, suffisent à établir que je suis une héritière légitime. »

Le visage de Margaux s'est assombri en un instant. Elle a de nouveau observé Pauline, comme si elle découvrait quelque chose d'inattendu.

Elle n'avait jamais envisagé que Pauline puisse refuser.

« Madame Morel, vous devriez le savoir. Vous n'êtes qu'une enfant illégitime. Même si l'héritage vous revenaient, vous n'auriez pas la capacité de les assumer. »

Margaux a laissé échapper un ricanement froid.

Julien, lui aussi, a été surpris. Dans toute la ville, personne n'avait jamais osé dire non à sa mère.

« Madame Morel, vous vous méprenez sans doute. Il ne s'agit pas d'une discussion. La famille Beaumont est une grande famille, bien plus complexe que ce que vous pouvez imaginer. Votre choix engage l'ensemble du clan. Et, bien sûr, vous ne pouvez pas vous opposer seule à toute la famille Beaumont. »

Julien a parlé plus crûment, de peur qu'elle ne comprenne pas.

Mais Pauline comprenait très bien.

À leurs yeux, tout cela n'était qu'un jeu de pression.

Ces grandes familles avaient l'habitude d'écraser les autres par leur statut. Ils la méprisaient, convaincus qu'une somme d'argent suffirait à la faire disparaître.

Seulement voilà.

Pauline ne pliait pas sous la pression. La contrainte ne marchait pas sur elle.

« Monsieur Beaumont dit que ce n'est pas une discussion, mais une annonce ? Dommage. En droit, un héritage ne peur pas être annulé par simple annonce. »

Elle a marqué une pause, le ton toujours calme.

« Ces derniers jours, je me suis renseignée sur la structure des actifs et l'actionnariat du Groupe Beaumont. Les biens immobiliers stratégiques sont évalués à des centaines de milliards, et le chiffre d'affaires annuel dépasse largement les quatre-vingts milliards. Vous m'offrez cent millions comme compensation, une somme qui ne représenterait même pas la pleine propriété d'une seule boutique en rez-de-chaussée appartenant au groupe. Entre cent millions et des centaines de milliards, je sais encore faire la différence. Ce n'est pas une compensation. C'est une spoliation. »

Un léger sourire a effleuré ses lèvres. Pauline a refermé le dossier, intact, puis l'a reposé devant Julien.

« ... »

Margaux et Julien se sont échangé un regard. Aucun des deux ne s'attendait à une telle réponse.

« S'il n'y a rien d'autre, je m'en vais. Soit nous procédons selon la loi, soit nous discutons selon les règles. Mais vous, Monsieur Beaumont, vous êtes le fils adoptif de mon père. Juridiquement, vos droits successoraux passent après les miens. La famille Beaumont laisserait-elle vraiment un héritier sans lien de sang disposer du patrimoine de mon père ? »

Sur ces mots, Pauline s'est retournée et a pris la direction de la sortie.

Ce n'est qu'au moment où elle a ouvert la porte que Margaux a lancé un regard appuyé à Julien.

Aussitôt, il a lâché, d'une voix sombre :

« Arrêtez-la. »

Dans le couloir, deux rangées de gardes attendaient déjà. Pauline leur a jeté un bref coup d'œil et a compris qu'elle ne partirait pas si facilement.

Elle ne s'est pas retournée. Elle a simplement levé les yeux vers Margaux.

« Vous envisagez donc de me forcer la main ? De m'obliger à renoncer ? »

Margaux a ricané du nez, toujours avec ce ton hautain :

« Madame Morel, vous ne connaissez sans doute pas encore mon caractère. Je vous conseille de discuter calmement tant que je fais preuve de patience. »

Julien s'est levé et s'est avancé vers elle. Sa haute silhouette a projeté une pression écrasante. Ses lèvres se sont durcies.

« Si cela ne vous convient pas, Madame Morel, vous pouvez toujours annoncer votre prix. »

Pauline a soutenu son regard, sans reculer d'un pas. Sa voix est tombée, nette, sans la moindre hésitation :

« Mon prix, vous ne pouvez pas le payer. L'héritage que mon père m'a laissés me reviennent de droit. Pas un centime de moins. »

« Dans ce cas, nous n'avons plus le choix. »

Les sourcils de Julien se sont froncés, et une lueur dangereuse a traversé son regard.

Ses mots venaient à peine de tomber que les gardes derrière Pauline ont avancé d'un demi-pas, l'hostilité ouverte.

Margaux s'est détournée et a marché vers les baies vitrées. Derrière elle, les portes du salon se sont lentement refermées.

Pauline s'est tenue droite, le dos parfaitement droit, le regard froid, fixé sur ceux qui s'approchaient.

C'est alors que des pas pressés ont résonné dans le couloir.

Une dizaine d'hommes en costume noir ont fait irruption dans la pièce. Derrière eux, Louis arrivait.

Julien est resté un instant figé. Mais en voyant leur tenue, son regard a vacillé. Il s'est aussitôt tourné vers Margaux.

« Madame. »

Louis s'est approché rapidement et lui a soufflé quelques mots à l'oreille. Le visage de Margaux s'est figé, puis s'est brusquement durci.

« Comment ça ? »

« Le patriarche vient d'appeler. Il a confirmé. La famille Delcourt a déjà fait son choix. Ils ont choisi Madame Morel. »

La phrase n'était pas encore retombée qu'un autre homme s'avançait déjà vers Pauline.

« Bonjour. Vous êtes bien Madame Morel ? »

Pauline était encore sous le choc. Sans bien comprendre ce qui se passait, elle a tout de même hoché la tête.

« Mon patron souhaiterait beaucoup vous recevoir demain soir pour dîner. Voici sa carte. »

L'homme a tendu une carte de visite noire, bordée d'or, à deux mains.

Pauline venait à peine de la prendre qu'il s'est déjà retiré, entraînant les siens avec lui, sans lui laisser le temps de répondre.

Elle a baissé de nouveau les yeux vers la carte de visite.

Le carton, sobre et élégant, ne portait qu'un nom et un numéro de téléphone.

— Adrien Delcourt.

À peine l'homme en costume avait-il quitté la pièce que les gardes devant Pauline se sont tournés vers Julien, dans l'attente d'un ordre.

Julien a marqué une hésitation. Margaux a levé la main, d'un geste bref. Alors seulement, il a hoché la tête.

Le passage s'est ouvert.

Pauline n'a pas cherché à comprendre davantage. Elle n'avait aucune raison de rester.

À peine avait-elle quitté la pièce que Julien est revenu d'un pas rapide aux côtés de Margaux.

« Maman, on la laisse vraiment partir comme ça ? »

« Sinon quoi ? Tu as bien vu qui était derrière elle. Les Delcourt. »

La voix de Margaux s'est faite plus grave. Ses doigts se sont crispés dans sa paume.

Pauline s'est avancée d'un pas pressé. Elle venait de passer le portail du manoir. Devant elle, un cortège de voitures noires s'est mis en mouvement.

Des berlines sobres, silencieuses, qui quittaient la propriété l'une après l'autre. Rien qu'à leur allure, elles n'avaient rien d'ordinaire.

Derrière les vitres noires des voitures, Pauline a ressenti un froid inexplicable. Une sensation étrange, comme si un regard invisible pesait sur elle.

« Pauline. »

Elle s'est retournée.

Une Bentley blanche s'était arrêtée à sa hauteur sans qu'elle ne l'ait remarquée. La vitre a glissé vers le bas. Un homme d'une quarantaine bien entamée, vêtu simplement, en tenue décontractée, lui a adressé un sourire facile.

« Je me présente. Philippe Beaumont. Je suis votre oncle. Montez, je vous raccompagne. »

Pauline l'a observé un instant. En y regardant de plus près, les traits de l'homme ressemblaient effectivement aux siens, surtout au niveau du regard.

Mais en repensant à ce qui venait de se passer, elle est restée distante.

« Merci, mais ça ira. Je vais rentrer seule. »

« N'ayez pas peur. Je ne suis pas comme ceux à l'intérieur. Je suis venu pour vous aider. »

Pauline n'a pas ralenti. Philippe, lui, a laissé la Bentley avancer à son allure, roulant tranquillement à sa hauteur.

Devant sa méfiance évidente, l'homme a repris, sans se presser :

« Une enfant illégitime qui hérite soudainement d'une fortune colossale. Dans n'importe quelle famille, on chercherait à vous faire tomber. »

Il a marqué une courte pause, puis a ajouté :

« Mais vous avez eu de la chance. La famille Delcourt s'est intéressée à vous. Si cette alliance aboutit, votre place au sein de la famille Beaumont deviendra intouchable. À ce moment-là, Margaux et les autres n'auront plus aucun moyen de pression. »

Ces mots ont fini par retenir l'attention de Pauline. Elle s'est arrêtée, puis s'est tournée vers lui.

« Quelle alliance ? »
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