LOGINUn sursaut brutal le réveilla. Son souffle était court, son front trempé de sueur froide. Il ouvrit les yeux brusquement, comme s’il échappait à un cauchemar… mais ce n’était pas un cauchemar, au contraire. C’était un rêve. Un rêve trop réel. Trop cruel.
Dans ce rêve, Sandra était là, souriante, tendre, vivante. Il la tenait, il l’embrassait, il sentait même son parfum. Mais la douleur le rattrapa à son réveil : elle n’était plus là. Et elle ne le serait plus jamais. À cause de quoi ? À cause de son sexe. De son libido indomptable. D’un moment de plaisir qui lui a coûté sa femme, ses enfants… sa vie. Une larme solitaire roula lentement sur sa joue. Il l’essuya du revers de la main, presque avec colère. Il tenta de redresser son cou endolori par la mauvaise position dans laquelle il avait dormi. Une douleur sourde s’étira le long de sa nuque. Son camion, c’était devenu sa prison. Sa cellule. Son lit. Sa maison. Son purgatoire. Il avait choisi cette vie rude volontairement. Il voulait que son corps souffre, autant que son cœur. Il se répétait souvent, les dents serrées : — "Si j’avais été fidèle… Sandra serait encore là. Et nos deux petits riraient dans notre salon." Alors il refusait le confort. Il dormait assis, mangeait mal, se lavait à la va-vite… comme un homme en quête de rédemption dans un désert sans fin. Après avoir étiré ses muscles engourdis, il descendit du camion. Saisit une bouteille d’eau tiède et une brosse à dents, et fit sa toilette buccale au bord de la route, comme à son habitude. Puis, il remonta dans sa cabine, fit ronronner le moteur, et reprit la route, direction une rivière qu’il connaissait bien. Là, il se lava, revêtit des habits propres… et reprit le volant. Sans destination précise. Sans but, si ce n’est fuir. Fuir ses souvenirs. Fuir sa douleur. Fuir lui-même. Cela faisait partie de son rituel quotidien, presque religieux. Venir se baigner dans cette rivière isolée, acheter plusieurs bouteilles d’eau — pour sa toilette buccale, pour se désaltérer — et ensuite, arpenter les rues à la recherche d’opportunités. Pas n’importe lesquelles. Il ne livrait que dans des camions-citernes, et uniquement des produits liés au pétrole. C’était sa pénitence et sa zone de confort à la fois. Ce jour-là, après avoir fait le tour de quelques points de livraison, il s’arrêta devant une petite supérette qui faisait aussi du take-away. Il s’approcha du comptoir, affamé : — Bonjour, monsieur. Je peux avoir un plat de frites au fromage, s’il vous plaît ? — Bonjour, ça vient tout de suite, répondit le boutiquier avec entrain. Quelques minutes plus tard, le plat fumant était prêt. — Vous mangez sur place ou c’est à emporter ? — À emporter, merci, dit-il en prenant la barquette. Avant de tourner les talons, Xavier s’autorisa une question : — Dites-moi… vous savez où je pourrais trouver une entreprise pétrolière dans le coin ? Qui recrute des camionneurs ? Le boutiquier fronça légèrement les sourcils, réfléchit une seconde : — Hmm… allez plus vers le nord. Il paraît qu’une nouvelle boîte vient d’ouvrir là-bas. Ils cherchent du monde, surtout des conducteurs. — Merci, vieux, répondit Xavier avec un signe de tête. Sans perdre de temps, il grimpa dans son camion et prit la direction indiquée. Deux, presque trois heures de route plus tard, il se retrouva devant une imposante bâtisse industrielle : Petro-Ongles, inscrit en lettres dorées sur le portail d’entrée. Il descendit du camion, réajusta sa casquette poussiéreuse et entra d’un pas assuré. À peine avait-il franchi le hall qu’il se retrouva nez à nez avec une jeune femme, assise derrière un grand bureau. — Bonjour, mademoiselle… — Madame, corrigea-t-elle sans détour, ses yeux toujours rivés sur son écran. — Oh, pardon. Pourrais-je parler à votre supérieur, s’il vous plaît ? — Vous avez un rendez-vous ? — Malheureusement non. — Alors ce ne sera pas possible, monsieur, dit-elle sèchement, sans même lever les yeux. Xavier inspira calmement, refusant de se vexer. Il tendit la main avec un sourire maîtrisé : — Je suis de passage. J’ai vu que vous aviez affiché une annonce de recrutement. Je suis camionneur, spécialisé en transport de pétrole. Je voulais proposer mes services. La réceptionniste releva finalement les yeux. Pendant une fraction de seconde, elle resta figée, surprise par le regard intense de cet inconnu… un mélange de force, de douleur et de mystère dans ses traits fatigués. Elle se reprit vite. — Allez voir la DRH. Troisième étage, bureau à droite. — Merci, madame, répondit-il, cette fois avec un clin d’œil discret, avant de s’éloigner vers l’ascenseur.GLORY HÔTEL Dans la chambre qu’elle avait louée, Béatrice se tenait près de la fenêtre. Sa tenue, délicieusement provocante, épousait chaque courbe de son corps, tandis que ses escarpins vertigineux accentuaient encore davantage son allure assurée. Une lumière tamisée caressait sa silhouette, dessinant autour d’elle une aura presque irréelle. Le silence… Un silence lourd, complice… Seulement troublé par le rythme lent et maîtrisé de sa respiration. Téléphone en main, elle composa un numéro. Une sonnerie. Deux. Trois. Puis… Une voix. Chaleureuse. Enveloppante. Dangereusement familière. __Mon petit cœur… Un sourire étira lentement les lèvres de Béatrice. Un sourire calculé. Précis. __Alex Kovalev… Sa voix glissa comme une caresse
Après que l’appel fut achevé, un léger goût amer se déposa au fond de sa conscience. Une pointe de culpabilité, fugace… qu’il balaya presque aussitôt d’un revers de pensée.__ Il le mérite… pour avoir joué avec ma sœur.Il expira longuement, comme pour enterrer ce malaise, puis se rassit. Le regard fixé sur la porte, il attendait sa mère, prêt à entrer dès qu’elle sortirait de la chambre de sa petite sœur.Chambre 27Flavia, après avoir enfilé la tenue que l’infirmière lui avait remise, franchit enfin la porte.Et là…Le monde s’écroula.Sa fille. Étendue. Immobile. Reliée à des machines dont les bips froids remplaçaient sa voix.Un cri déchira sa poitrine.__ Seigneur… ! Mon bébé… !Sa voix tremblait, brisée, étranglée par une douleur trop grande pour être contenue. Elle resta figée sur le seuil, comme si une force invisible clouait ses pieds au sol. Avancer devenait un supplice.Ava…
— Comment a-t-elle eu mon numéro, celle-là ? se demanda-t-il en fronçant les sourcils, visiblement agacé.— Xavier, on y va ?— Attends, maman… que je règle un petit tracas.— D’accord, fiston. Mais dépêche-toi.Il hocha légèrement la tête, puis décrocha. Sa voix, glaciale, semblait remonter des profondeurs de son être.— Qu’est-ce que tu me veux, Béatrice ?— Xavier… Xavier… Xavier… mon tout beau. Je suis tellement ravie d’entendre ta voix. Tu sais à quel point tu m’as manqué ?— Tu m’appelles pour ce genre de bêtises, sérieusement ?Un léger rire glissa à l’autre bout du fil.— Si j’étais toi, je ne raccrocherais pas si vite… Ce que j’ai en ma possession pourrait t’aider à te venger de celui qui a détruit ta famille.Le regard de Xavier se durcit instantanément.— Crache le morceau, Béatrice.— Pas si vite, mon tout beau… Je vois que j’ai enfin capté ton attention. Et crois-
— Quoi ?! s’écria-t-elle, les yeux écarquillés. Dis-moi que tu plaisantes, s’il te plaît…— Hélas non, mon amour… c’est bien réel. Je compte te présenter à ma famille. Tu es ma compagne, et je suis fatigué de vivre dans l’ombre avec toi. Je veux que le monde sache que tu es à moi… et que je suis à toi, mon bébé.— Oui mais… Xavier… murmura-t-elle d’une voix presque enfantine. J’ai peur, mon cœur…— Je comprends, ma lionne. Mais ce ne sont que mes parents, pas une conférence devant une multinationale, répondit-il avec un léger sourire. Calme-toi… ils vont t’adorer.— Je l’espère, amour… tu m’as vraiment surprise.— C’était exactement le but, avoua-t-il avec un regard malicieux. Je veux qu’ils découvrent la vraie toi… celle qui m’a fait tomber. Pas celle qui va préparer tout un discours pour les impressionner. Sois naturelle, bébé… respire. Tout va bien se passer.Elle le fixa un instant, cherchant dans ses yeux cette assurance don
Le silence régnait dans l’appartement. Un silence lourd, presque complice. Elle s’apprêtait à quitter la chambre de Daniel. Après avoir fouillé rapidement, elle n’avait pas trouvé ce qu’elle espérait. Pourtant, ce numéro encerclé en rouge dans le carnet continuait de brûler dans son esprit. Ce genre de détail ne trompait jamais. Daniel ne faisait rien au hasard. Elle posa sa main sur la poignée de la porte pour sortir… lorsqu’un détail attira son regard. Un portrait accroché au mur. Légèrement de travers. Elle resta immobile. Ses yeux se plissèrent. Sur la photo, Daniel affichait ce regard froid et hautain qu’il réservait au monde entier. Un mélange d’arrogance et de mépris qui semblait dire : personne ne peut m’atteindre. Le photographe avait capturé son vrai visage. — Toujours aussi insupportable… murmur
La salle de réunion de Xamie Šarl était plongée dans une atmosphère sérieuse et professionnelle. Autour de la grande table ovale, plusieurs anciens fournisseurs observaient attentivement les documents posés devant eux. Certains murmuraient entre eux, d’autres parcouraient déjà les premières pages du dossier. Xavier resta debout quelques secondes, les mains posées sur la table. — Comme vous le savez, commença-t-il calmement, le marché pétrolier traverse actuellement une phase de réorganisation stratégique. Il activa l’écran de projection derrière lui. La première diapositive apparut. — Xamie Šarl a choisi d’anticiper ces changements afin d’offrir à ses partenaires une collaboration plus stable et surtout plus rentable sur le long terme. Séraléonne distribua quelques documents supplémentaires pendant que Stelly ajustait la présentation. L’un des fourni







