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ENNEMIS MORTELS
ENNEMIS MORTELS
Author: Déesse

Chapitre 1 : Le Serment

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-02 18:56:17

Scarlett

La pierre est froide sous mes genoux. Froide comme le visage de mon père. Froide comme ce domaine qui fut autrefois le joyau de notre lignée, et qui n'est plus aujourd'hui qu'un tombeau doré où les souvenirs pourrissent lentement.

Je suis agenouillée depuis des heures, peut-être davantage. Le temps n'a plus de prise sur moi. Il s'est arrêté il y a trois mois, deux semaines et quatre jours, quand Alistair O'Connor, patriarche des vampires de la côte Est, terreur des loups-garous et dernier rempart de notre dynastie, s'est effondré dans la grande bibliothèque en poussant un cri qui a fait trembler les vitraux.

Les guérisseurs ont parlé d'un coma magique. Les anciens ont murmuré des mots plus sombres. Sortilège. Empoisonnement. Trahison.

Je les ai tous écoutés, immobile, les poings serrés jusqu'au sang. Puis je suis venue ici, dans sa chambre, et je n'en suis plus repartie. Pas vraiment. Mon corps est là, à veiller ce qui reste de lui. Mais mon esprit, lui, est ailleurs. Il est déjà en guerre.

La pénombre avale les contours de la pièce. Les rideaux de velours pourpre sont tirés, étouffant la lumière de la lune. Des chandelles à moitié consumées projettent des ombres mouvantes sur les murs couverts de tapisseries anciennes. Chaque fil de ces tapisseries raconte une bataille, une victoire, un triomphe de notre sang sur celui des bêtes. Et pourtant, regarde-nous aujourd'hui. Réduits à n'être plus qu'une légende qui s'éteint.

Je respire. Enfin, j'essaie. L'air sent la cire chaude, la poussière, et cette odeur douceâtre que je ne veux pas nommer. L'odeur de la décomposition lente d'un corps qui ne meurt pas mais qui ne vit plus.

— Scarlett.

La voix de mon oncle Eamon est un filet rauque derrière moi. Je ne me retourne pas. Je ne peux pas. Si je détache mon regard du visage de mon père, j'ai peur de le perdre pour toujours.

— Scarlett, il faut que tu manges. Que tu boives. Tu ne tiendras pas éternellement.

Je souris. Un sourire qui n'a rien de chaleureux. Il ne comprend pas. Personne ne comprend. Je n'ai pas besoin de tenir. J'ai besoin de détruire.

— Il a bougé ce soir, dis-je sans le regarder. Sa main. Un frémissement.

Silence. Eamon sait que je mens. Ou peut-être que je me raccroche à des illusions. Peu importe. J'ai besoin d'y croire. C'est ce qui me maintient en vie.

— Les Storne gagnent du terrain, reprend-il d'une voix plus ferme. Chaque jour, ils rachètent nos alliances, corrompent nos débiteurs, assassinent nos émissaires. La meute de Kaelen Thorne est en train de nous dévorer par l'intérieur.

Le nom frappe l'air comme une lame. Kaelen Thorne. Le loup-garou qui a orchestré notre chute. Le monstre à visage d'ange qui dirige Storne Industries d'une main de fer. Celui qui, depuis sept ans, n'a cessé de grignoter notre empire, morceau par morceau, jusqu'à ne laisser qu'une carcasse.

— Parle-moi de lui, dis-je enfin en me redressant.

Mes genoux protestent. Mon corps est raide, affamé, épuisé. Mais mon esprit est un brasier. Eamon s'avance dans mon champ de vision. Lui aussi a vieilli. Les épaules voûtées, les cheveux gris, le regard fuyant. La culpabilité le ronge, même s'il ne l'avouera jamais.

— Kaelen Thorne a convoqué une assemblée extraordinaire de la meute il y a trois jours. Il a annoncé la fusion de Storne Industries avec deux autres conglomérats européens. D'ici la fin de l'année, ils contrôleront quatre-vingts pour cent des routes commerciales surnaturelles.

Quatre-vingts pour cent. Je ferme les yeux. Mon père, dans son coma, doit entendre. Il doit hurler à l'intérieur de son corps immobile. Il doit me supplier d'agir.

— Et notre part ? demandé-je d'une voix que je veux neutre.

— Réduite à peau de chagrin. Nous survivons grâce à la loyauté de quelques familles anciennes. Mais la peur gagne. Les O'Connor sont en train de devenir un symbole, pas une puissance.

Un symbole. Un souvenir. Une dynastie de fantômes. Je me tourne enfin vers lui. Mon oncle soutient mon regard, mais je vois bien qu'il est nerveux. Ses doigts froissent le bord de sa veste. Il transpire légèrement, malgré le froid.

— Il y a autre chose, dis-je.

Ce n'est pas une question. Il hoche la tête, lentement.

— J'ai reçu un message. Officiellement, c'est une proposition de rachat. Officieusement, c'est une invitation.

— Une invitation à quoi ?

— À capituler. Kaelen Thorne exige ta reddition. Si tu te rends, il épargnera ce qui reste de la dynastie. Si tu refuses, il promet de réduire le domaine en cendres avant la prochaine lune.

Le silence retombe. Lourd. Suffocant. Je sens la rage monter en moi, chaude, viscérale, comme un fleuve de lave qui cherche à jaillir. Ma main se crispe sur le rebord du lit de mon père.

— Il ose.

— Il est en position de force, Scarlett. Nous ne pouvons pas gagner une guerre ouverte. Pas maintenant.

— Je ne lui donnerai pas la guerre ouverte.

Eamon plisse les yeux, méfiant.

— Que comptes-tu faire ?

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