LOGINIl y a cinq ans, Camille Rivière aimait Nathan Cassel au point de tout risquer pour lui, jusqu'à ce qu'un mensonge les sépare et transforme les deux familles en ennemies. Aujourd'hui, alors que leurs empires respectifs sont au bord du gouffre et qu'une clause successorale prend leur avenir en otage, une seule solution est envisageable pour leurs familles : réunir les ex, publiquement et immédiatement. Camille préférerait réduire son entreprise en cendres plutôt que de feindre d'aimer à nouveau Nathan Cassel. Nathan préférerait tout perdre plutôt que d'admettre qu'il n'a jamais cessé d'aimer Camille. Mais derrière les caméras et les sourires de façade, de vieilles blessures se rouvrent et le mensonge qui les a brisés est toujours là, prêt à les détruire une seconde fois. Quand la crise frappe les deux familles de front, Nathan doit choisir entre protéger tout ce qu'il a construit ou rester auprès de la femme qu'il n'aurait jamais dû laisser partir. Le véritable amour peut tarder. Mais il ne disparaît jamais vraiment.
View MoreCamille
« Vous demandez à vos actionnaires de vous faire confiance, Mademoiselle Rivière, mais comment pouvons-nous croire en cette entreprise alors que votre propre famille a du mal à joindre les deux bouts ? »
Un silence de mort s'installa dans la salle de réunion.
Je ne clignai pas des yeux.
Je posai lentement mon stylo, comme si j'avais tout mon temps. Douze paires d'yeux étaient rivées sur moi. Je ne laissai rien transparaître.
« Monsieur Béranger. » Je gardai un ton neutre, comme si je commandais un café. « Rivière Industries a enregistré une croissance de treize pour cent ce trimestre. Pendant que vous déterriez des rumeurs sur ma famille, j'ai conclu trois contrats que votre propre service n'avait pas réussi à obtenir en un an. »
Un silence pesant s'abattit sur la table.
« Alors la prochaine fois que vous voudrez me questionner, » poursuivis-je, « apportez des chiffres. Pas des rumeurs. »
Béranger ouvrit la bouche, puis la referma. Il baissa les yeux sur son dossier, visiblement abîmé. Le président s'éclaircit la gorge pour dissimuler un sourire. « Bon. Passons à autre chose. »
Je ne lui rendis pas son sourire. Je ne le faisais jamais dans cette salle. Sourire, c'était avoir quelque chose à prouver, et je n'avais plus rien à prouver à des hommes comme Béranger, des hommes qui avaient passé cinq ans à attendre que je craque, à attendre que la jeune femme dont les fiançailles avaient volé en éclats en public s'effondre aussi dans la salle de réunion.
Je ne leur avais rien donné. Pas une seule fois. Pas en cinq ans.
La réunion s'éternisa pendant quarante minutes, principalement consacrées aux prévisions, à une mise à jour sur une fusion que personne n'osait encore aborder ouvertement, et à un avertissement discret du directeur financier concernant l'impatience grandissante du conseil d'administration. Je répondis à chaque question comme je répondais à tout : avec précision, froideur, sans que ma voix ne tremble une seule fois.
Quand je pris l'ascenseur seule, j'avais mal à la mâchoire à force de la serrer.
Les portes se refermèrent. Mon reflet me fixait sur la vitre en acier brossé : un blazer impeccable, pas un cheveu qui dépasse, le genre de visage qui faisait réfléchir les hommes mûrs avant même qu'ils aient fini de poser leurs questions. J'avais l'air intouchable.
J'avais exactement l'air que je voulais.
— Mon penthouse m'accueillit lorsque je franchis la porte d'entrée. Le silence régnait. L'obscurité s'installa, jusqu'à ce que j'actionne l'interrupteur près de la porte et que la lumière s'allume sur un espace qui ressemblait davantage à une suite d'hôtel qu'à un appartement. Tout était à sa place. Rien ne dépassait. Aucune photo aux murs, à l'exception d'une seule : un cliché de la skyline parisienne, sans risque, impersonnel, le genre d'œuvre d'art qu'on achète sans y penser.
Je déposai mes clés dans le vide-poches près de la porte. Je me versai un verre de vin que je ne finirais pas. Je m'assis sur le bord du canapé au lieu de m'y enfoncer, car m'y enfoncer signifiait y rester un moment, et y rester signifiait réfléchir et me laisser submerger par mes propres pensées. Réfléchir, c'était précisément ce que j'avais construit toute ma vie à éviter.
Je jetai un coup d'œil à mon téléphone. Aucun message. Je ne m'y attendais pas vraiment, d'ailleurs.
Je fis défiler mes contacts par habitude, plus que par choix. Il y avait Manon, ma meilleure amie, qui me répondait en dix secondes si je l'appelais, mais ce soir, je n'avais pas envie de faire semblant d'aller bien. Ensuite, il y avait ma mère, qui n'appelait jamais juste pour me parler, contrairement à d'autres mères, comme j'ai fini par le comprendre. Une longue liste de noms en dessous : membres du conseil d'administration, assistants, traiteurs, des gens qui existaient dans ma vie parce que ma vie l'exigeait.
Personne que je pouvais appeler juste pour entendre une voix. Personne qui me demanderait comment j'allais et attendrait vraiment la vraie réponse.
Je posai mon téléphone face contre table basse.
Cinq ans à construire une vie qui paraissait parfaite en apparence, et me voilà, au trente-deuxième étage, dans un penthouse qui coûtait plus cher que la plupart des maisons, complètement seule.
Avant, j'étais douée pour le silence. Avant, je l'aimais. Maintenant, il planait dans la pièce, comme une présence pesante.
J'ai repris mon verre de vin, mais je n'y ai pas touché. Je l'ai juste tenu à la main, observant la lumière se refléter sur sa surface, pensant à tout et à rien en même temps : la réunion, la tête de Béranger quand je l'avais remis à sa place, la douleur persistante à ma mâchoire.
J'ai imaginé, l'espace d'un instant, une version alternative de cette soirée où quelqu'un m'attendrait à mon retour. Où les lumières seraient déjà allumées.
Je me suis un peu détestée d'imaginer une telle vie, si différente de celle que je mène actuellement.
Mon téléphone a vibré contre la table, brisant le silence comme une gifle.
J'ai failli ne pas regarder. J'ai failli le laisser sonner, comme je laisse tout sonner ces derniers temps.
Mais quelque chose m'a poussée à le retourner.
« Isabelle. »
J'ai froncé les sourcils. Ma mère n'appelait pas à 21 heures. Ma mère programmait ses appels, comme tout le reste : avec précision, méthode, pas une minute de perdue pour elle.
J'ai décroché à la troisième sonnerie. « Maman ? » « Camille. » La voix d'Isabelle était sèche et professionnelle, le ton qu'elle employait lorsqu'une décision était déjà prise et qu'elle se contentait d'en informer les gens. « Rentre ce soir. C'est pour ton avenir. »
La communication fut coupée avant que je puisse poser une seule question.
Je restai assise là, le téléphone toujours collé à l'oreille, la tonalité vibrant doucement contre ma peau.
Quoi que ce soit, ma mère ne m'avait pas demandé si je serais disponible ce soir.
Elle ne le faisait jamais.
Et ça m'énerve toujours.
NathanJe cherchais Camille du regard dans la foule depuis moins de trois minutes quand Élise m'a repéré.« Nathan. » Sa main s'est posée sur mon bras avant même que je ne réalise sa présence. « J'ai besoin de te parler. En privé. »« Pas maintenant, Élise. »« Ça ne prendra qu'un instant. » Elle me guidait déjà vers une porte latérale, sa poigne plus ferme que nécessaire, et avant même que je puisse décider de résister ou non, nous étions déjà entrés dans un petit salon privé.« De quoi s'agit-il ? »« De ça », a-t-elle répondu, et avant que je comprenne ce qui se passait, elle avait réduit la distance entre nous, une main plaquée contre ma poitrine, le visage levé vers le mien dans une pose que j'ai immédiatement reconnue, avec une pointe de compréhension malsaine, comme délibérément mise en scène.« Élise, qu'est-ce que tu… »J'ai entendu la porte grincer.Je tournai brusquement la tête, et la voilà : Camille, figée dans l’embrasure de la porte, son visage se transformant d’une faç
CamilleUn message était arrivé à 19h15, anonyme, d'un numéro inconnu.« Camille, Nathan est arrivé plus tôt. Il t'attend près du salon privé, au deuxième étage. Viens le trouver avant le début officiel de la réception. »J'aurais dû l'appeler d'abord pour confirmer. J'aurais dû vérifier avant de me déplacer seule. Mais il y avait foule, le réseau était faible à l'intérieur des épais murs de pierre de ce vieux bâtiment, et une part de moi, insouciante et pleine d'espoir, voulait simplement le retrouver.J'ai trouvé le salon privé exactement à l'endroit indiqué par le message, la porte entrouverte, laissant filtrer une douce lumière dans le couloir.Et il était là.Nathan se tenait près de la fenêtre. Mais il n'était pas seul. Élise se tenait tout près, devant lui, la main posée sur sa poitrine, le visage levé vers le sien dans une pose qui reproduisait, avec une précision glaçante, la photo que j'avais retrouvée dans ma vieille boîte, cinq ans plus tôt. C'était exactement le même angl
NathanLa deuxième invitation arriva une heure après que j'eus raccroché avec Camille, et quelque chose dans le timing me noua l'estomac avant même de l'ouvrir.« Monsieur Cassel, veuillez nous excuser pour cet oubli. Votre invitation à la réception de demain a été envoyée par erreur à une ancienne adresse. Vous trouverez les détails ci-dessous. Nous espérons vous y voir.— Bureau du Comité de gouvernance. »Je la lus deux fois. L'explication semblait plausible, mais je ressentais toujours le même malaise que Camille avait décrit à la réception de sa propre invitation.« Julien », l'appelai-je. Il apparut sur le seuil de ma porte en quelques secondes, toujours absorbé par sa tablette. « J'ai besoin que tu vérifies quelque chose. »Je lui montrai le message. Il le lut attentivement, son expression se durcissant comme la mienne.« Le comité de gouvernance n'envoie pas d'invitations par ce genre de suivi informel », dit-il lentement. « Chaque communication officielle de ce bureau suit un
Camille« Tu fronces les sourcils en regardant ton téléphone comme s'il t'avait insultée personnellement. »Manon se pencha par-dessus mon épaule avant que je puisse l'en empêcher, lisant le message qui venait d'arriver : une élégante invitation numérique à en-tête du Groupe Cassel.« C'est un événement demain soir », dis-je lentement. « Une réception privée, organisée par le comité de gouvernance du conseil d'administration. Apparemment, une soirée de réassurance pour les principales parties prenantes, avant le vote sur la fusion. »« Ça a l'air passionnant. »« Nathan est censé être là. » Je fis défiler l'invitation, quelque chose dans la formulation ayant attiré mon attention sans que je comprenne immédiatement pourquoi. « Il est écrit ici que l'invitation a été envoyée personnellement par Béranger. »Manon haussa les sourcils. « Le même Béranger qui a passé des semaines à essayer d'utiliser votre relation contre vous lors des réunions du conseil d'administration ? »« Le même. »J












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