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Chapitre 63 : La mauvaise herbe

Author: Déesse
last update publish date: 2026-10-15 22:59:06
Zaira

Je ne serai plus jamais une victime. La phrase est là, dans ma tête, depuis des jours, depuis des nuits, depuis que la dernière lettre a brûlé et que Fiorenza a vissé le couvercle sur le bocal. Je me la répète sous la douche, l'eau trop chaude qui rougit ma peau, je me la répète en marchant dans la rue, les pieds qui claquent sur le pavé, je me la répète le matin quand j'ouvre les yeux et que le plafond est encore flou. Je ne serai plus jamais une victime. Ça ne veut pas dire que je ne va
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    — ZairaIl me coince contre la portière de la voiture, sa main sur ma hanche, son corps contre le mien, et je sens le métal froid dans mon dos, la poignée qui s'enfonce dans mes reins ; il a bu, je le sens à son haleine, à cette façon qu'il a de pencher la tête, de chercher ma bouche sans me regarder.— Arrête.Il n'arrête pas ; il plaque sa bouche sur la mienne, un baiser lourd, maladroit, qui ne demande rien et qui prend, et quelque chose en moi se réveille, une colère ancienne, une colère qui n'a rien à voir avec lui mais qui monte quand même, qui monte et qui trouve sa sortie.Je mords.Il recule d'un coup, sa main vole vers sa lèvre, il jure, il regarde ses doigts, il y a du sang, une goutte rouge qui perle et qui coule le long de son menton.— Tu m'as mordu !— Je t'avais dit d'arrêter.Il essuie sa lèvre du revers de la main, il laisse une traînée rouge sur sa peau, et il me regarde avec une expression que je ne lui connaissais pas, de la surprise, de la colère, et autre chose,

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    — ZairaLa nuit est longue, je ne dors pas ; je reste allongée sur le dos, les yeux ouverts, à écouter sa respiration dans le noir, ce souffle régulier qui m'énerve, qui me paraît faux, comme s'il faisait semblant de dormir pour éviter la conversation. Je me tourne, je me retourne, les draps s'enroulent autour de mes jambes, et je finis par me lever, par aller dans la cuisine, par m'asseoir sur le carrelage froid, le dos contre le mur, les genoux contre la poitrine.Et si je parlais. L'idée tourne dans ma tête depuis des jours, elle a pris de la consistance, elle est devenue une présence ; et si je parlais, si je disais tout, les comptes, les noms, le carnet, ce que je sais sur son père, sur les affaires, sur les hommes de l'arrière-salle. Je pourrais tout lâcher, d'un coup, comme on renverse un verre, et regarder ce que ça fait.Je me vois le dire, je me vois ouvrir la bouche et laisser sortir les mots, et dans ma tête ça sonne bien, ça sonne juste, ça sonne comme une délivrance ; ma

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    — ZairaJe le vois avant qu'il me voie ; il est adossé au comptoir du bar, son verre à la main, et il parle à cette fille avec la familiarité de quelqu'un qui la connaît depuis longtemps, qui sait comment elle rit, qui sait comment elle penche la tête quand elle écoute. Il y a dans son attitude une aisance qui me serre la gorge ; il pose le coude sur le zinc, il se penche un peu, il sourit de ce sourire qu'il garde d'habitude pour moi, et je reste plantée à l'entrée, la main encore sur la poignée de la porte, à regarder la scène comme on regarde un accident.Le bar est bruyant, il y a de la musique, des rires, des verres qui s'entrechoquent, et pourtant je n'entends rien, je n'entends que le bruit de mon sang dans mes oreilles, ce bourdonnement qui monte et qui m'isole du reste du monde. Je vois ses lèvres bouger, je vois les lèvres de la fille bouger, je ne sais pas ce qu'ils disent, je ne veux pas savoir, je veux juste comprendre pourquoi il est là, pourquoi il ne m'a pas dit qu'il

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