Se connecterZairaIl voudrait me toucher, c'est ce que je vois, c'est ce que je sens, c'est ce que je supporte. Il voudrait me toucher, pas comme il touche les choses, pas comme il touche le fauteuil, pas comme il touche le cuir, pas comme il touche les accoudoirs, il voudrait me toucher vraiment, comme un homme touche une femme, comme un homme touche une chose qu'il désire, comme un homme touche une chose qu'il veut, et il s'approche, il s'approche de moi dans le salon après le gala, après les regards, après les choses, il s'approche, il tend la main, il pose ses doigts sur mon bras juste au-dessus du coude, sa peau est chaude, sèche, un peu rugueuse, la mienne se glace instantanément, comme si on m'avait plongée dans l'eau, comme si on m'avait plongée dans un bain de glace, comme si le sang s'arrêtait dans mes veines. Je me fige, pas un mouvement, pas un souffle, mon corps entier se verrouille, se barricade, se transforme en pierre, je connais ça, je connais cette immobilité, je conn
ZairaLes regards sont salaces, c'est ce que je vois, c'est ce que je sens, c'est ce que je supporte. Les hommes me regardent, pas comme on regarde une personne, comme on regarde une chose, une chose qu'on a envie de toucher, une chose qu'on a envie de prendre, une chose qu'on a envie d'utiliser, et ils ne s'en cachent pas, ils me regardent devant lui, ils me regardent avec lui, ils me regardent comme si je n'étais pas là, comme si je n'étais qu'un objet, un objet qu'il a apporté, un objet qu'il a formé, un objet qu'il a poli, un objet qu'il a rendu présentable. Et lui, lui il est fier, c'est ce que je vois, c'est ce que je sens, c'est ce que je supporte, il est fier, fier de me montrer, fier de m'exhiber, fier de me posséder, il me tient par le bras, il me tient comme on tient une chose, une chose qu'on a formée, qu'on a polie, qu'on a rendue présentable, une chose qu'on montre, une chose qu'on exhibe, une chose qu'on possède, et il sourit, il sourit à ces hommes, à c
FiorenzaIl y a un gala, un grand gala, des gens importants, des gens qui comptent, des gens qui peuvent tout changer, il l'emmène, il la présente, sa protégée, c'est le mot qu'il utilise, sa protégée, ma protégée, la chose qu'il a formée, la chose qu'il a polie, la chose qu'il a rendue présentable, et moi je suis dehors, j'attends dans la rue devant le bâtiment, les lumières, les voitures, les gens qui entrent, les femmes en robe, les hommes en costume, les rires, les parfums, les choses, et moi je suis là avec mon manteau, avec mes mains dans les poches, avec ma chose qui pousse, ma mauvaise herbe, ma racine, mon obstination, ma préparation, ma trahison, ma chose qui monte, ma chose qui brûle. J'attends, je regarde les portes, les portes qui s'ouvrent, les portes qui se ferment, les gens qui entrent, les gens qui sortent, les gens qui ne me voient pas, qui ne me verront jamais, et je me dis elle est là dedans avec lui, avec sa robe noire, avec son col haut, avec ses
Zaira J'accepte des humiliations, c'est ce que je fais, c'est ce que je dois faire, c'est ce que le marché exige. Il m'appelle et il me dit : — Viens ! Je viens. Il me dit : — Assieds-toi ! Je m'assieds. Il me dit : — Tais-toi ! Je me tais. Il me dit : — Souris ! Je souris. Il me dit : — Plus ! Je souris plus. Il me dit : — Tu es belle ! Je ne dis rien. Il me dit : — Tu es à moi ! Je ne dis rien. Il me dit : — Dis-le ! Je dis : — Je suis à vous ! Il me dit : — Plus fort ! Je dis : — Je suis à vous ! Il me dit : — Encore ! Je dis : — Je suis à vous ! Et il rit, il rit doucement, il dit c'est bien, c'est bien que tu comprennes, c'est bien que tu acceptes, c'est bien que tu sois sage, et moi je reste là,
FiorenzaIl appelle et elle raccroche, c'est ce qu'elle me dit un soir au téléphone, et sa voix est bizarre, égale, presque indifférente, presque morte.— Il a appelé !— Quand ?— Hier soir, à deux heures du matin, il était ivre, il parlait mal, il répétait des choses sans queue ni tête, des choses qui ne voulaient rien dire, il disait Zaira, Zaira, je t'aime, je t'aime, je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas vivre sans toi, je ne peux pas respirer sans toi, je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas !— Et toi ?— Moi je l'ai écouté, je l'ai écouté jusqu'au bout, sans rien dire, sans rien montrer, sans rien laisser passer, et quand il a eu fini, quand il a eu tout dit, quand il a eu tout posé, tout son amour, toute sa douleur, toute sa chose, j'ai raccroché, j'ai raccroché sans rien dire, j'ai raccroché sans un mot, j'ai raccroché comme on ferme une porte, comme on ferme une chose, comme on ferme une vie !— Et il a rappelé ?
ZairaIl reste hanté par moi, c'est Fiorenza qui me le dit un après-midi, elle arrive chez moi, elle s'assied à la table, elle pose ses mains à plat sur le bois vieux qui a des rayures, des brûlures, des taches, des choses qu'on ne lave pas, des choses qui restent, et elle me regarde avec ses yeux secs, ses yeux qui ne pleurent jamais.— Il est hanté !— Quoi ?— Il est hanté par toi, il ne peut pas te sortir de la tête, il ne peut pas t'oublier, il ne peut pas te laisser partir, il a beau être à Milan, il a beau boire, il a beau souffrir, il a beau rencontrer Caterina, il a beau faire tout ce qu'il fait, il reste hanté, hanté par toi, par ta voix, par ton visage, par ta façon de te tenir, par ta façon de sourire, par ta façon de dire non, par ta façon de dire plus que vous ne pouvez l'imaginer, il reste hanté !— Comment tu le sais ?— Il me l'a dit, enfin, il ne me l'a pas dit, il me l'a fait comprendre, il a parlé de toi pendant une heure, i







