ANMELDENDeux semaines passent.
On trouve nos rythmes. Elle met son réveil en mode vibreur, se lève sans bruit. Moi, j'apprends à me rendormir après son départ. Le soir, quand je rentre tard, je trouve parfois des petits mots sur l'oreiller. "Je t'aime." "Pense à boire de l'eau." "Y a des pâtes dans le frigo."
Un soir, je rentre à 2h. Elle est sur le canapé, endormie, la télé allumée sur une
Deux semaines passent.On trouve nos rythmes. Elle met son réveil en mode vibreur, se lève sans bruit. Moi, j'apprends à me rendormir après son départ. Le soir, quand je rentre tard, je trouve parfois des petits mots sur l'oreiller. "Je t'aime." "Pense à boire de l'eau." "Y a des pâtes dans le frigo."Un soir, je rentre à 2h. Elle est sur le canapé, endormie, la télé allumée sur une série quelconque. Elle m'a attendu. Je la réveille doucement.— Pourquoi t'es pas au lit ?— Je voulais te voir. Juste te voir rentrer.— Je suis rentré.— Je vois.On va se coucher. On dort collés l'un à l'autre, même s'il fait chaud, même si c'est inconfortable. On a besoin de ça. De se toucher. De se sentir.---Un dimanche, on a tous les deux congé. Le premier
LiamLe premier jour, je me présente avec deux sacs.Deux sacs. Trente-quatre ans de vie, et tout tient dans deux sacs. Mes couteaux, mes livres de cuisine, quelques vêtements, ma machine à espresso. Le reste, je l'ai donné, jeté, oublié. Son appartement est déjà plein. Plein de ses livres, de ses plantes, de ses photos, de son désordre organisé. Je n'ai pas besoin d'apporter grand-chose. Juste moi.Elle est là, sur le pas de la porte, qui me regarde monter les escaliers avec mes sacs. Elle sourit, mais je vois l'inquiétude dans ses yeux. La même que dans les miens, sans doute.— C'est tout ? demande-t-elle.— C'est tout.— T'as pas de meubles ? Pas de trucs ?— J'ai jamais eu de trucs. Je vis au travail. Chez moi, c'est pour dormir.Elle prend un sac, m'embrasse vite, m'attire à l'intérie
LiamElle reste silencieuse un moment. Sa main continue ses va-et-vient sur ma peau. Sa cuisse remonte, se glisse entre les miennes. Nos corps se rapprochent encore, s'épousent.— J'ai essayé avec d'autres.Le coup part. Je le reçois en pleine poitrine. Je me raidis une seconde, puis je force mes muscles à se détendre.— Je ne veux pas savoir.— Je veux que tu saches. Pour que tu comprennes. J'ai essayé. J'ai ouvert mes cuisses, j'ai laissé d'autres hommes me toucher, me prendre. Je cherchais quelque chose.— Et tu as trouvé ?— Rien. Du vide. Du mécanique. Des corps qui ne savaient pas danser. Toi, tu sais danser. Même sur la lave, tu danses. Eux, ils marchaient. Ils piétinaient.Ses doigts s'enfoncent un p
LiamElle ferme les yeux. Je vois ses paupières trembler, les cils encore humides. Je vois les petites imperfections de sa peau, les ridules au coin de ses yeux, la cicatrice minuscule sur sa lèvre, souvenir d'une chute à vélo quand elle avait huit ans. Je vois tout. Je ne veux plus jamais regarder ailleurs.Ses lèvres trouvent les miennes.Ce n'est pas un baiser doux. C'est un baiser salé, de larmes et de sueur et de cette crème immonde. C'est un baiser qui griffe, qui mord, qui dit tout ce qu'on n'a pas dit. Ses dents sur ma lèvre inférieure, sa langue qui cherche la mienne, ses mains qui agrippent ma veste comme si j'allais disparaître.Je l'enlace. Je la serre contre moi. Je veux qu'elle sente la lave, qu'elle sache qu'elle n'est plus de l'autre côté de la rivière. Je veux qu'elle brûle avec moi.Elle s'arrache du baiser, haletante. Son
LiamElle détourne le regard. Sa lèvre inférieure tremble un peu. Elle la mord pour l'arrêter.— Tu n'as pas fui. Tu as cuisiné. Tu as fait des plats magnifiques. Tu as été... présent à ta façon.— Présent comme on est présent à un spectacle. Je regardais. J'admirais. Je n'entrais pas en scène.— C'est pas vrai. Tu étais là. Tu écoutais.— J'écoutais les mots. Pas ce qu'il y avait derrière. Toi, quand tu pétrissais cette pâte, il y a un an...Elle relève la tête, surprise. Un an. Elle n'imaginait pas que j'avais gardé cette date.— Tu voulais qu'elle soit lisse. Parfaite. Et il y avait ce grumeau. Je t'ai dit que l'imperfection donnait du caractère. Un conseil à la con. Une phrase de magazine. Je n'ai pas dit ce qu'il fallait.— Qu'est-ce qu'il fallait dire ?— Que le grumeau, c'était toi. Que c'était ça que j'aimais. Pas la perfection, pas le lisse, pas le contrôle. Le grumeau. La faille. La vie.Sa respiration s'est arrêtée. Je le vois à sa poitrine qui ne bouge plus. Ses yeux sont
(Liam)La rue défile sous mes pas sans que je la voie. Mes pieds connaissent le chemin, ils l'ont emprunté cent fois, mille fois, à des heures où la ville avait des couleurs différentes. Mais jamais la nuit. Jamais avec ce goût de sel au fond de la gorge et cette urgence qui me laboure la poitrine.Je marche trop vite. Je ralentis. Puis j'accélère encore.Mon cœur bat un rythme chaotique, une batterie de jazz en roue libre. Chaque pas écrase un "et si". Et si elle ne m'ouvrait pas. Et si elle avait quelqu'un. Et si elle avait déménagé, disparu, effacé jusqu'à l'adresse de notre histoire. Les immeubles défilent, façades aveugles, fenêtres éteintes. La ville dort. Moi, je suis en ébullition.Je repense à ses mains. Pas celles qui pétrissaient la pâte, un an plus tôt. Ses mains sur moi. La première fois qu'elle avait posé sa paume sur mon avant-bras, dans ma cuisine, alors que je lui faisais goûter une réduction de vin. Un geste timide, retiré trop vite. Puis plus tard, ses doigts dans mo







