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Chapitre 45

last update publish date: 2026-04-03 17:39:11

PDV d'Elios

L'appartement avait cessé d'être un refuge.

Il était devenu un front.

Il y régnait ce calme étrange, presque religieux, que seules les heures décisives savent installer. Le soleil du matin filtrait à travers les stores mal tirés, dessinant sur le parquet des lignes pâles et nettes. L'air sentait l'humidité du café, le papier vieilli, l'électronique en veille.

Sur la grande table en bois massif, rayée, griffée, témoin muet de nos veilles, les dossiers s'entassaient. Des liasses de fe
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  • ENTRE SES BRAS ET L'ENFER    Chapitre 46

    PDV d'EliosLe matin ne s'était pas levé. Il avait glissé sur la ville comme une promesse tiède, sans éclat, sans bruit, sans drame. Pas de soleil brûlant pour trancher l'horizon, pas de chants triomphants dans les arbres. Juste une lumière pâle, lente, qui semblait hésiter à éclore. Comme si le ciel retenait son souffle avant la guerre.Dans le salon, chaque objet avait pris place comme sur un échiquier de vérité : les dossiers étalés avec soin, les disques durs marqués au feutre noir, les documents notariés, les copies certifiées des actes les plus anciens. Ils formaient un champ de bataille silencieux, ordonné, mais chargé d'une tension presque sacrée. C'était notre armée. Nos armes. Notre cri contenu.Je me tenais debout, le corps droit. Vêtu d'une chemise bleu nuit, ouverte au col, laissant paraître juste ce qu'il fallait de vulnérabilité. Un pantalon beige, taillé au cordeau. Mes chaussures brillaient, cirées la veille par mes soins, un rituel hérité de mon père. Tout en moi res

  • ENTRE SES BRAS ET L'ENFER    Chapitre 45

    PDV d'EliosL'appartement avait cessé d'être un refuge.Il était devenu un front.Il y régnait ce calme étrange, presque religieux, que seules les heures décisives savent installer. Le soleil du matin filtrait à travers les stores mal tirés, dessinant sur le parquet des lignes pâles et nettes. L'air sentait l'humidité du café, le papier vieilli, l'électronique en veille.Sur la grande table en bois massif, rayée, griffée, témoin muet de nos veilles, les dossiers s'entassaient. Des liasses de feuilles noircies de notes, des enveloppes défaites, des copies froissées, des extraits d'archives notariales, des clés USB alignées comme des pièces d'échec, et surtout des preuves.Des vérités tapies, prêtes à bondir.La tension était dense, presque noble. Une densité que je ressentais jusque dans mes os.À 8h47, la porte s'ouvrit sans fracas.Léa entra la première. Elle portait un tailleur bleu nuit, sobre mais coupé au millimètre. Sa silhouette fine semblait plus assurée que la veille. Ses che

  • ENTRE SES BRAS ET L'ENFER    Chapitre 44

    PDV d'EliosLa pièce était plongée dans un calme étrange. Un silence dense, lourd, presque sacré.Il n'y avait pas de cris, pas de soupirs, pas même de respiration audible. Juste cette lumière bleutée que projetait l'écran au centre de la salle, vacillante, comme si même la technologie hésitait à briser la paix oppressante de cet instant. L'écho diffus d'une pluie fine contre les vitres ajoutait une musique sourde au tableau.Ils étaient tous là. Rassemblés autour de moi, comme les pièces d'un échiquier que le destin venait de placer face à son roi.Léa se tenait à ma droite, les bras croisés contre sa poitrine, son visage fermé, tendu, mais ses yeux brillaient d'un éclat que je connaissais trop bien : celui de la révolte calme, méthodique, et de la douleur rentrée. Mathis, en retrait, s'appuyait contre le mur, les bras croisés dans une posture d'attente brutale, un loup tranquille. Son regard ne quittait pas l'écran. Théo, toujours plus nerveux, était assis au bord du fauteuil, les p

  • ENTRE SES BRAS ET L'ENFER    Chapitre 43

    Chez MikaelLa nuit avait depuis longtemps englouti la ville, recouvrant les toits d'un voile de cendre et de silence. Mais au sommet de la tour d'acier et de verre, dans le bureau de Mikael, rien ne dormait.Les stores étaient restés baissés, comme toujours. Ici, l'obscurité était une habitude, presque un goût. Le bureau était plongé dans une pénombre tendue, où la seule lumière provenait des néons blafards de l'écran mural qui diffusait en boucle des données cryptées, des cartes, des visages flous encerclés de rouge.Mikael marchait.Des pas mesurés, presque cérémoniels. Chaque talon frappait le marbre avec une lenteur contrôlée, mais chaque impact résonnait comme une gifle sèche sur la pierre. Il portait un costume sombre, parfaitement taillé, mais son col était légèrement défait. Sur son front, une ligne de sueur avait perlé, fine, traîtresse. Il ne s'en souciait pas.Il parlait. À voix basse. Comme on récite une prière tordue, ou un poème que personne ne doit entendre.— « Ils n'

  • ENTRE SES BRAS ET L'ENFER    Chapitre 42

    PDV de RamiL'air de la pièce avait un goût de rouille. Cette senteur acide, métallique, qu'on retrouve dans les objets anciens, oubliés depuis des années dans un coffre fermé à clé.Le bureau de Mikael, vaste, rigoureusement ordonné, était une œuvre de froideur : marbre noir, étagères sombres, fauteuils en cuir raide. Une beauté clinique, presque inhumaine. Tout ici respirait le contrôle absolu, un contrôle qui ne criait pas, mais susurrait la menace, comme une lame glissée lentement sous la peau.Cela faisait trois jours que je marchais dans cette tanière. Trois jours à feindre l'allégeance, à me fondre dans l'ombre, à avaler le silence et les coups de regard.Mais ce matin-là, il y avait eu un frisson.Une nervosité nouvelle dans les gestes. Des regards trop rapides. Des conversations murmurées dans les coins. L'air vibrait d'une tension électrique qui ne ressemblait pas à l'ordinaire.Et puis je l'avais vu.Sur le coin d'un bureau annexe, à moitié dissimulé sous un dossier, un pla

  • ENTRE SES BRAS ET L'ENFER    Chapitre 41

    PDV de LéaLe beurre fondait doucement sur les tartines encore tièdes, et l'arôme du café fraîchement versé s'élevait comme une promesse de paix.Elios, adossé au comptoir, me regardait avec cette intensité tranquille qui me faisait toujours frissonner. Il avait cet art de tout voir, même ce que je voulais cacher. La fatigue dans mes yeux. L'anxiété tapie dans mes gestes. Et pourtant, il ne disait rien. Il offrait. Sa présence, son silence, son rire. Un abri.Puis des pas traînants retentirent dans le couloir. Lents, presque dramatiques.— « Vous criez ou vous flirtez ? J'hésite. »Théo. La voix éraillée du réveil encore accrochée à ses mots. Il entra dans la cuisine comme un survivant, les yeux mi-clos, ses cheveux ébouriffés dressés vers l'infini, son sweat trop large glissant d'une épaule. Il se laissa tomber sur une chaise avec un soupir sonore et attrapa une tartine comme si c'était un trophée de guerre.— « J'ai rêvé de croissants. Je me réveille, vous rigolez, et y'a pas de cro

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