Chapter: Chapitre 72POV : JEFFREY – EXTÉRIEUR DU MANOIRLa nuit était froide, le baiser de la chaleur nous caressait le visage. Nous nous tenions dehors, à distance sécuritaire, regardant le manoir brûler. Derrière nous, la forêt retenait son souffle ; devant nous, l'enfer.Les flammes s'élevaient dans le ciel comme des langues de dragons, déchirant la voûte noire d'une lueur orange et rouge. Des étincelles montaient en tourbillonnant, pareilles à des lucioles enragées, avant de retomber en cendres sur nos épaules. Le bâtiment entier était embrasé. Chaque fenêtre crachait un souffle de fournaise, chaque pierre semblait suer la chaleur. Les murs que j'avais tant haïs, ces murs qui avaient abrité tant de souffrances, se désagrégeaient sous mes yeux.À l'intérieur, William avait cessé de hurler.Ce silence était plus terrible que ses cris. Pendant de longues secondes, je crus entendre encore l'écho de sa voix déchirée par les flammes, mais non. Il n'y avait plus que le rugissement du feu, le craquement des
Dernière mise à jour: 2026-04-21
Chapter: Chapitre 71POV William Exactement comme ils l'avaient fait à lui.Jeffrey s'approcha lentement. Il prit une barre de métal. La même que j'avais utilisée sur lui.— Tu sais ce qui est magnifique avec la vengeance, William ? C'est qu'on peut prendre son temps.Il frappa.La douleur explosa dans mes côtes.— Ahhhhh ! hurlai-je.— Oh, tu cries déjà ? Mais on ne fait que commencer.Il frappa encore. Et encore. Et encore.Mon nez explosa. Mes dents se brisèrent. Mes côtes craquèrent une par une.— Arrête ! Pitié ! Arrête !— Pitié ? cracha-t-il. Comme tu as eu pitié de moi ? De Sofia ? D'Elena ? De mon père ? De ma grande mère? De mes hommes ?Il jeta la barre et prit quelque chose d'autre.Le sécateur.Mon sang se glaça.— Non... non, pas ça...— Oh si. Exactement ça. Il saisit ma main droite.— Tu m'as pris un pouce. Il me semble juste de te rendre la pareille. Avec intérêts.— Jeffrey, non ! Je t'en supplie !Il positionna les lames autour de mon pouce.— Tu te souviens de ce que tu as dit ? Que l
Dernière mise à jour: 2026-04-21
Chapter: Chapitre 70POV : SOFIALes explosions me réveillèrent.J'avais presque réussi à défaire mes liens. Encore quelques minutes et j'aurais été libre.Mais maintenant, le chaos régnait au-dessus.Qu'est-ce qui se passait ?La porte de ma cellule explosa littéralement. Mika entra, suivi de...Mon cœur s'arrêta.Jeffrey.Couvert de sang séché. Visage tuméfié. Main mutilée. Mais vivant. Debout. Tenant une arme.Et dans ses yeux... mon Dieu, dans ses yeux, je vis quelque chose qui me glaça.Pas de la peur. Pas du soulagement.De la rage pure. Froide. Absolue.Le Boucher de Londres était de retour.— Jeffrey... soufflai-je.Il s'approcha, coupant rapidement mes liens avec le couteau que lui tendit Mika.— Tu es blessée ? demanda-t-il d'une voix plate.— Non, je...— Le bébé ?— Il va bien.Il hocha simplement la tête.— Bien. Mika, libère Elena. — Restez derrière moi, ordonna Mika. Et si vous voyez un garde de William, vous tirez. Pas de questions. Pas d'hésitation.Nous montâmes les escaliers des caves.
Dernière mise à jour: 2026-04-19
Chapter: Chapitre 69POV : WILLIAM - CHAMBRE PRINCIPALE - 3H15 DU MATINJe retournai dans ma chambre, encore souriant de ma visite à Jeffrey.Une surprise. Ha ! Pathétique.L'homme était complètement brisé. Délirant. Probablement en train de perdre la raison à cause de la douleur.Je me versai un verre de whisky. Le savourai.Tout se passait exactement comme prévu.Jeffrey était détruit. Sofia et Elena étaient terrifiées. Mon empire était intact.J'avais gagné.Complètement. Totalement. Définitivement.Je levai mon verre vers la fenêtre.— À toi, Jeffrey. Merci pour cette victoire si douce.Je bus, puis retournai me coucher à côté de ma maîtresse.Demain serait un grand jour.Le jour où je tuerais définitivement le Boucher de Londres.POV : VINCENT - EXTÉRIEUR DU MANOIR FRISTSON - 3H45 DU MATINLa nuit était noire comme de l'encre. Pas de lune. Pas d'étoiles. Comme si le ciel lui-même se détournait de ce qui allait se passer.Soixante hommes. Les meilleurs. Les plus loyaux. Les plus dangereux. Tous cachés
Dernière mise à jour: 2026-04-19
Chapter: Chapitre 68POV Jeffrey — Oui. Si je peux le joindre, lui expliquer la situation, il peut organiser quelque chose. Un assaut coordonné. Une attaque sur le manoir.Mes yeux s'élargirent. L'espoir, ce sentiment que je croyais mort, renaissait.— Tu veux... tu veux amener Vincent ici ?— Oui. Pensez-y, monsieur. William se croit en sécurité dans son propre manoir. Il ne s'attend pas à être attaqué chez lui. C'est son point faible. Son arrogance.Il avait raison. Putain, il avait raison.— Pendant que Vincent et vos hommes attaquent de l'extérieur, continua Mika, je vous libère de l'intérieur. Vous, Sofia, Elena. Nous créons le chaos. La confusion.Un sourire sombre étira mes lèvres ensanglantées.— Et pendant que William court dans tous les sens pour défendre son manoir...— Vous le trouvez. Et vous le tuez.Je le regardai intensément.— Pourquoi fais-tu ça ? Vraiment ? Tu risques ta vie. Si William découvre...— Parce que c'est juste, répondit-il simplement. Et parce que Sofia m'a appris qu'il y a
Dernière mise à jour: 2026-04-17
Chapter: Chapitre 67Je posai ma main tremblante sur mon ventre. Le bébé bougeait encore. Faiblement, mais il vivait.— Pardonne-moi, petit pois, murmurai-je en pleurant. Pardonne-moi de t'avoir mis au monde dans cet enfer. Pardonne-moi d'être tombée amoureuse. Pardonne-moi d'exister.Mais au fond de mon désespoir, une pensée traversa mon esprit brisé.William commettait une erreur. Il me sous-estimait.Il me voyait comme une victime. Une femme enceinte brisée et terrifiée. Une simple pion dans son jeu de vengeance.Mais j'étais Sofia Coppola.J'avais été formée comme espionne depuis l'enfance. Formée pour tuer. Pour survivre. Pour manipuler.Et même enceinte, même blessée, même attachée, j'étais encore dangereuse.Je regardai mes liens dans l'obscurité. Des cordes épaisses, oui. Mais pas de chaînes. Pas de menottes en acier.William était arrogant. Il pensait qu'une femme enceinte terrifiée ne pouvait pas s'échapper.Grosse erreur.Je commençai à travailler sur les nœuds. Mes doigts étaient gourds, engou
Dernière mise à jour: 2026-04-17
Chapter: Chapitre 40 160 joursPOV : Mathias — Route de Kota, 06h30Je passai la prendre avant l'aube. Elle m'attendait sur le trottoir, un sac à dos léger, des chaussures de marche, les cheveux protégés par un foulard noué serré. Elle avait préparé du café dans une thermos et m'en tendit une tasse sans un mot en montant dans la voiture.— Tu as bien dormi ? demandai-je.— Pas vraiment.— Moi non plus.Je n'ajoutai rien. La route défila dans le petit matin, Cotonou s'effaça derrière nous, remplacée par des champs de maïs et des plantations d'anacardiers. L'air devint plus sec, plus chaud, chargé de poussière et de l'odeur des herbes sauvages. Ayana regardait par la vitre, silencieuse, mais son silence n'était plus celui des premiers jours. Il était habité, comme si elle emmagasinait chaque détail pour le redessiner plus tard.— Tu sais que les chutes de Kota sont classées patrimoine mondial ? dit-elle soudain.— Je sais.— Et que la roche est un grès vieux de deux cents millio
Dernière mise à jour: 2026-06-04
Chapter: chapitre 39POV : Mathias — Appartement d'Ayana, 16h00Je m'étais garé devant l'immeuble de Zongo sans lui envoyer de message. La proposition que j'avais à lui faire ne tenait pas dans un texto. Il fallait qu'elle me voie, qu'elle lise sur mon visage que ce n'était pas une stratégie, pas un dîner imposé par le contrat, pas une sortie destinée à convaincre un promoteur. Juste une invitation. Simple, nue, sans filet.Elle est descendue au bout de quelques minutes, en jean et t-shirt, les cheveux attachés à la hâte. Elle s'est arrêtée en me voyant adossé à la voiture.— Qu'est-ce que tu fais là ? On n'a pas de réunion aujourd'hui.— Je sais. Je ne viens pas pour le projet.— Alors pourquoi ?— J'aimerais t'emmener quelque part. Rien d'officiel. Rien de professionnel. Juste un endroit que je voudrais te montrer.Elle a croisé les bras, ce geste de défense qu'elle avait chaque fois qu'elle sentait une intention qu'elle ne maîtrisait pas.— Où ?— Ganvié. La cité lacustre. On y sera pour le coucher du
Dernière mise à jour: 2026-05-28
Chapter: Chapitre 38 163 joursPOV : Mathias — Restaurant Le Lodge, 19h45Le promoteur Koné avait insisté pour ce dîner. « Pas de travail ce soir, avait-il dit, juste un moment entre associés. » J'avais réservé la table près de la baie vitrée, celle qui donnait sur la lagune, avec les lumières de Cotonou qui s'allumaient une à une. Nappe blanche, bougies, trois couverts.Ayana est arrivée avec cinq minutes de retard, un dossier sous le bras, sa démarche rapide et son regard qui balayait la salle avant même de s'asseoir. Elle portait une robe noire, des boucles d'oreilles discrètes, et la bague que je lui avais passée au doigt. Elle ne l'enlevait jamais en public. Je savais que ce n'était pas de l'amour, mais c'était une forme de respect pour le contrat, et je prenais ce qu'elle acceptait de me donner.— Tu es très élégante.— J'ai mis ce que j'avais.— Alors ce que tu as te va bien.Elle s'assit sans répondre. Koné arriva deux minutes plus tard, costume anthracite, sourire affable. Il serra la ma
Dernière mise à jour: 2026-05-26
Chapter: Chapitre 37 164 joursPOV : Mathias — Siège du projet Koné, 08h00La salle de réunion était un capharnaüm ordonné. Des plans étalés sur trois tables, des échantillons de matériaux empilés contre les murs, des tasses de café froid oubliées un peu partout. L'équipe était arrivée à sept heures, et à huit heures précises, Ayana se tenait déjà devant le tableau blanc, un marqueur à la main, en train de détailler les fondations du complexe.Je m'étais assis au fond de la salle, près de la fenêtre, sans faire de bruit. Le promoteur Koné était à ma droite, un bloc-notes sur les genoux, le visage impassible. Il avait insisté pour que je sois présent aux réunions, arguant que le mariage impliquait une responsabilité partagée. Je n'avais pas discuté. J'étais venu.— Les pieux devront descendre à trente-cinq mètres, disait Ayana en traçant une ligne verticale sur le schéma. La nappe phréatique est haute, on ne peut pas faire l'économie d'un bon ancrage. Si on veut quarante-deux étages, il f
Dernière mise à jour: 2026-05-25
Chapter: Chapitre 36POV : Ayana — Appartement de Zongo, 07h15Je m'étais levée avant l'aube, le cœur serré dans une poitrine qui ne savait plus si elle avait peur ou si elle était simplement résignée. La lumière était encore grise derrière les rideaux quand j'avais préparé un bol de bouillie de mil chaude, épaisse, sucrée au miel local qu'une voisine m'avait vendu la veille. Le parfum du miel chauffé s'était répandu dans la cuisine, et j'avais mangé lentement, debout, en regardant par la fenêtre les premiers taxis se mettre en route.Aujourd'hui, j'allais me marier.Pas dans une église bondée, pas dans un jardin décoré de fleurs. Dans une mairie froide, avec deux témoins que je ne connaissais pas, pour un contrat qui me permettrait de décrocher le plus gros projet de ma carrière. La bague que Mathias m'avait fait parvenir la veille au soir par un coursier discret était encore dans sa petite boîte, sur la table de nuit. Je ne l'avais pas ouverte. Je la porterais quand il le faudrait, pas avant.La bouilli
Dernière mise à jour: 2026-05-23
Chapter: Chapitre 35 La nuit de réflexionPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 01h00Je n'arrivais pas à dormir.Le dîner refroidissait dans l'assiette, un reste d'akassa que j'avais préparé plus tôt sans vraiment y penser. La pâte de maïs fermentée avait pris une consistance parfaite, lisse et tiède, mais je n'en avais mangé que trois bouchées. La sauce de tomates fraîches et de piment écrasé avait séché sur les bords, et les crevettes fumées que j'avais ajoutées pour le goût étaient restées intactes. Tout était là, sur la table basse, à côté du dossier du projet Koné. Je n'avais pas faim. J'avais la gorge nouée depuis que j'étais rentrée.La ville s'était tue derrière la fenêtre, les derniers klaxons remplacés par le silence lourd de la nuit. J'étais assise sur le canapé gris clair, les genoux remontés contre la poitrine, les bras serrés autour de mes jambes. Le dossier était ouvert à la page quatre, exactement là où je l'avais laissé. La clause dansait encore sous mes paupières chaque fois que j
Dernière mise à jour: 2026-05-22
Chapter: Chapitre 87PDV de LéaLe matin avait filé trop vite.Après le café partagé dans un calme étrange, Elios m'avait raccompagnée jusqu'à la porte. Il m'avait souri, ce sourire léger, timide, mais si vrai. J'avais senti qu'il voulait dire plus. Qu'il se retenait.Et moi, j'avais voulu lui dire que je reviendrais. Qu'il n'avait rien à craindre. Mais les mots étaient restés suspendus entre nous, comme un fil qu'on n'ose pas tendre de peur qu'il se brise.— « Tu vas au bureau ? » lui avais-je demandé, la voix un peu tremblante.— « Oui. Et toi ? »— « J'ai quelque chose à régler. »Il m'avait regardée, un instant trop long, comme s'il devinait. Puis il avait simplement hoché la tête.— « Sois prudente, Léa. »Je m'étais forcée à sourire.— « Toujours. »La porte s'était refermée.Et le silence m'avait reprise, plus lourd que jamais.Rendez-vous avec RaphaëlLe café où j'avais donné rendez-vous à Raphaël se trouvait à l'écart du centre. Un endroit qu'il aimait, autrefois.Je m'étais installée à une table
Dernière mise à jour: 2026-06-04
Chapter: Chapitre 86Chapitre 86PDV de LéaLe matin s'éleva sur une lumière blanchâtre, presque malade.J'avais passé une nuit brève, le cœur battant trop vite sans raison. Je ne savais pas encore que cette journée allait briser quelque chose en moi.Mon téléphone vibra. Un message inconnu. Pas de mot. Juste une miniature vidéo.Je crus à une erreur. Mais quand je touchai l'écran, la vidéo se lança.Elios.Assis dans un bar sombre. L'air fatigué. Une femme, brune, élégante, trop proche, se penchait sur lui, ses mains glissant autour de son cou. Il ne la repoussait pas. Il semblait figé, perdu peut-être. Mais pas opposé.La vidéo coupa.Une seconde image apparut. La même femme. Et lui. Dans un hall d'hôtel. La date affichée en bas.Hier soir.Mon souffle se coupa. Ma gorge se serra. Je tombai assise sur le canapé, incapable de respirer. Tout mon corps tremblait. Un simple texte accompagna le tout :Tu devrais vraiment ouvrir les yeux.Je sentis mes larmes couler, chaudes et silencieuses.Je pensais à la ve
Dernière mise à jour: 2026-05-28
Chapter: Chapitre 85PDV de LéaLa lumière filtrait à travers les rideaux, douce et trouble à la fois, comme un souvenir qui hésite à revenir. Elle déposait sur les draps des reflets mouvants, presque liquides, et la chambre tout entière semblait suspendue dans un temps ralenti, ouaté de silence.Je sentais la chaleur avant même d'ouvrir les yeux, celle de son souffle, proche, paisible, sur ma peau. Une chaleur qui se diffusait lentement, comme une onde rassurante, et qui repoussait les ombres encore accrochées à mes rêves. Elios dormait encore. Son visage, détendu, avait quelque chose d’enfantin, presque fragile, comme si la nuit avait réussi à apaiser, un instant, les blessures que le monde lui infligeait. Ses cils dessinaient une ombre légère sur ses pommettes, et un léger désordre dans ses cheveux racontait l’abandon du sommeil.Je restai immobile, à le regarder, retenant presque mon souffle de peur de rompre l’enchantement.Chaque détail me semblait irréel : la courbe de son épaule, la façon dont la
Dernière mise à jour: 2026-05-26
Chapter: Chapitre 84PDV de LéaLe silence qui suivit son je t’aime n’était pas un vide. C’était une respiration. Un battement suspendu. Et dans ce battement, tout en moi s’ouvrait. Quelque chose cédait enfin, une armure invisible que je ne savais même pas porter, et dont chaque maille tombait une à une dans l’espace entre nous.Je levai la tête. Ses yeux sombres, pleins de fièvre et de tendresse, me happaient. J’y lisais tout ce que j’avais fui : la confiance, la peur d’aimer, la promesse d’un refuge. Et aussi cette gravité douce que l’on trouve seulement chez ceux qui ont accepté de se mettre à nu sans aucune garantie.La pluie frappait les vitres, douce et régulière, comme un cœur qui bat quelque part dehors. Elle remplissait le silence sans le briser, le ponctuait d’un rythme tranquille qui aurait pu être celui du temps lui-même s’il s’était arrêté pour nous regarder.Je ne savais pas qui, de lui ou de moi, fit le premier pas. Mais nos souffles se mêlèrent de nouveau, et ce fut comme une seconde au ra
Dernière mise à jour: 2026-05-25
Chapter: Chapitre 83PDV d'EliosJe la laissai entrer sans un mot.Elle franchit le seuil avec une lenteur presque irréelle, comme si chaque pas risquait de réveiller un fantôme endormi entre nous. La lumière tamisée du salon glissait sur sa peau mouillée par la pluie. Quelques mèches sombres, collées contre sa tempe, brillaient comme des fragments de nuit. Elle était belle, oui, mais pas d'une beauté tranquille. Plutôt d'une beauté fatiguée, nerveuse, portée par quelqu'un qui revient d'un combat silencieux.Je refermai la porte derrière elle. Le claquement discret fit trembler quelque chose en moi. Le silence s'étira aussitôt, lourd, presque sacré. Un silence qui contenait trop de choses : nos peurs, nos doutes, nos souvenirs, et ce fil fragile qui nous reliait encore malgré tout.— « Tu veux un verre d'eau ? » demandai-je simplement.Je n'avais pas trouvé mieux. C'était une question bête, inutile, mais j'avais besoin d'ouvrir un espace, d'éclairer un chemin, même minuscule.Elle secoua la tête.Ses yeux
Dernière mise à jour: 2026-05-23
Chapter: Chapitre 82PDV d'EliosJe restai un long moment immobile, le téléphone encore collé contre mon oreille, comme si ma peau pouvait retenir la vibration glacée de cette voix. Comme si, en laissant l'appareil un peu plus longtemps contre moi, le cauchemar allait peut-être se dissoudre.Raphaël.Ce nom résonnait comme un écho métallique dans ma poitrine. Un goût de fer, d'orage, de menace. J'avais l'impression que chaque syllabe se gravant dans ma mémoire ouvrait une fissure nouvelle dans mon calme, déjà fragile.Je n'entendais plus rien autour de moi. Plus le bourdonnement du bureau. Plus les pas au loin.Seulement ce vide.Ce vide après sa voix.Je fermai les yeux un instant, inspirai profondément, mais la respiration s'arrêta quelque part dans mon torse, comme bloquée par une pierre trop lourde. Et malgré tous mes efforts pour chasser ses mots, un autre souvenir s'imposa, brûlant, presque cruel dans sa douceur : la voix de ma tante, quelques heures plus tôt.Elle a trop souffert pour toi, Elios. T
Dernière mise à jour: 2026-05-23