LOGINSous la menace du milliardaire Pour sauver l’entreprise familiale, Anna Blake est mariée de force par sa belle-mère à un homme dans le coma : Damien Cross, héritier d’une fortune colossale. Les médias parlent déjà d’héritage. On attend sa mort. Il se réveille huit jours plus tard. Fou de rage, Damien attrape Anna par le poignet dans la chambre d’hôpital et hurle devant les caméras : — Si tu as un enfant de moi, je le tue. De mes propres mains. Compris ? Anna fuit le pays la nuit même. Sept ans plus tard. Paris. Anna vit cachée avec des jumeaux, Léo et Emma. Un soir, elle leur montre le visage de Damien à la télévision. — Ne vous approchez jamais de cet homme. Il a juré de vous tuer tous les deux. Elle ne sait pas que Léo l’a enregistrée. À minuit, le téléphone de Damien s’allume tout seul. Un message. Une voix d’enfant : — T’as promis de nous tuer… Viens nous chercher, connard. Damien fixe l’écran. Il sourit. La traque commence.
View MoreChapitre 1 — Le Contrat
Anna Blake
Je regarde le contrat. Mes doigts tremblent légèrement, mais je ne sais pas si c’est à cause du froid de cette salle d’attente impersonnelle ou à cause du nom inscrit en toutes lettres sous le mien. Damien Cross. L’héritier d’une multinationale. Mon futur époux. Un homme que je n’ai jamais rencontré et qui, en cet instant précis, lutte pour sa vie dans une chambre stérile, relié à des machines. J’ai vingt-deux ans, et ma vie vient de s’arrêter net.
Diane se tient face à moi, droite comme la Justice qu’elle n’incarne pas. Son tailleur gris est aussi glacial que son sourire. Elle me tend un stylo, un Montblanc hors de prix qui scellera mon destin.
— Signe, Anna.
Sa voix ne supporte aucune contradiction. Elle est posée, maîtrisée, presque douce, mais je perçois l’acier sous le velours. Ma belle-mère a toujours eu ce talent : faire passer une condamnation à mort pour une simple formalité administrative. Je ravale la boule qui gonfle dans ma gorge. Ce matin encore, j’étais une étudiante dont le plus grand souci était un examen de littérature comparée. Je devais analyser les tragédies grecques, Antigone exactement. L’ironie ne m’échappe pas : la jeune fille qui sacrifie tout par devoir familial. Puis le ciel m’est tombé sur la tête. La société de mon père, l’héritage de toute une vie, n’est plus qu’un gouffre financier. Ruinée. Un mot sec et brutal qui ne laisse que des cendres.
— Je ne peux pas, Diane. Tu ne peux pas exiger ça de moi.
Je hais la façon dont ma voix se brise, cet aigu traître qui s’infiltre malgré moi. Ma belle-mère incline la tête, faussement compatissante. Ses yeux, d’un bleu délavé, m’observent comme on observe un insecte épinglé. Elle sait. Elle a toujours su appuyer là où ça fait mal.
— Ton père adoré croupira en prison pour une fraude qu’il n’a pas commise. J’en ai les preuves. Des preuves irréfutables, bien sûr. Je peux les fournir à la justice… ou les détruire. À toi de choisir.
Mon sang se glace. Mon père. Son visage fatigué, ses mains usées par le travail, son dos qui se voûte un peu plus chaque année depuis que ma mère est partie. L’idée qu’il soit sacrifié sur l’autel de l’ambition de cette femme me révulse. Je l’imagine derrière les barreaux, lui qui ne ferait pas de mal à une mouche, lui qui m’a appris à faire du vélo dans l’allée du jardin, lui qui a pleuré en silence pendant des mois après l’enterrement de maman, croyant que je ne le voyais pas. Diane ment, j’en suis certaine. Elle a monté cette accusation de toutes pièces. Mais elle détient les clés de sa cellule, et je ne peux pas prendre le risque.
Un silence de plomb s’installe. La climatisation ronronne, insupportable dans ce vide. Je ne suis plus une fille, je suis une monnaie d’échange. Une transaction. Un actif que l’on transfère d’une colonne à une autre dans un grand livre comptable. Mon père d’un côté, ma liberté de l’autre. La balance est truquée, elle a toujours été truquée. Je prends le stylo. Le métal est froid et lourd entre mes doigts. La pointe grince sur le papier. Mon nom se forme, Anna Blake, des lettres pointues et fragiles qui ne m’appartiennent déjà plus. Le B de Blake a bavé, un infime éclat d’encre qui ressemble à une larme figée.
Diane esquisse un sourire satisfait en rangeant le document dans son sac en cuir. Un sac à main qui vaut probablement plus que ce que mon père gagnait en un an avant que tout s’écroule. Le piège s’est refermé. Elle se lève, lisse sa jupe d’un geste mécanique, et je reste assise, paralysée, le stylo vide encore serré dans ma main crispée. Personne ne me le reprend. Il devient mon seul trophée, l’arme du crime que je viens de commettre contre moi-même.
Une heure plus tard, je suis devant la porte de sa chambre. L’odeur âcre de l’antiseptique me brûle les narines. C’est une odeur qui prend à la gorge, qui s’infiltre dans les vêtements, dans les cheveux, dans l’âme. L’étage entier est silencieux, un silence ouaté que seuls percent les bips lointains et le chuintement des ventilations. Un officier d’état civil bâcle la cérémonie. C’est un petit homme chauve avec des lunettes trop grandes pour son visage, visiblement mal à l’aise. Il évite de me regarder. Une caméra est fixée sur nous, son œil rouge clignote, elle immortalise cette mascarade légale. Il faut une preuve de consentement, pour les actionnaires, pour la presse, pour le conseil d’administration qui attend son dû. Un consentement arraché sous la menace. Je me demande ce que la vidéo montrera : une jeune femme au visage pâle, aux yeux cernés, qui hoche la tête quand on le lui ordonne. Pas une larme. Je ne leur donnerai pas cette satisfaction.
Je m’approche. Le lit est au centre de la pièce, environné de machines dont les écrans clignotent et dont les soufflets mécaniques rythment un semblant de vie. Des courbes vertes dansent sur les moniteurs, dessinant les contours fragiles de son existence. Et il est là. Damien Cross. Intubé. Un tuyau de plastique plonge entre ses lèvres pâles, maintenu par un sparadrap blanc sur sa joue. Son visage, aux traits pourtant fins et impérieux même dans l’inconscience, est d’une immobilité de marbre. On devine les pommettes hautes, la mâchoire carrée, l’arête du nez droite et fière. Un visage taillé pour les couvertures de magazines, pour les salles de conseil, pour dominer. Réduit aujourd’hui à cette enveloppe inerte. Ses cheveux, d’un noir profond, contrastent violemment avec la blancheur des oreillers. Ses mains, posées sur le drap, sont puissantes mais totalement inertes, les doigts légèrement recourbés comme s’ils cherchaient encore à agripper le monde. Ce n’est pas un homme, c’est un gisant. Un portrait funéraire qui respire encore par procuration.
Je pose machinalement ma main glacée sur la sienne. Sa peau est chaude, presque brûlante, un contraste saisissant avec l’absence totale de réaction. La chaleur remonte dans mes doigts, dans mon poignet, et je reste là, interdite. Le souffle de la machine pulse sous mes doigts. Inspirez. Expirez. Un rythme mécanique, implacable, qui tient la mort à distance.
L’officiel récite des mots vides de sens. Devoir. Fidélité. Jusqu’à ce que la mort nous sépare. La mort, peut-être, mais pour moi, il est déjà un fantôme. Je suis liée à un fantôme. Je répète les mots qu’on attend de moi, ma voix étrangère à mes propres oreilles. « Oui », dis-je quand vient le moment. Un oui minuscule, soufflé, qui scelle mon sort. L’alliance que l’on glisse à mon doigt est trop grande. Elle danse sur ma phalange. Elle devait être prévue pour une autre, ou peut-être l’a-t-on achetée à la hâte, un simple accessoire pour la mise en scène. Peu importe. Le métal est froid.
Un flash m’aveugle. Prise de vue. La pièce s’illumine et s’éteint en une fraction de seconde. La cérémonie est terminée. Je suis Madame Damien Cross. Cette identité sonne faux, comme un vêtement emprunté. Je retire ma main, lentement, et un frisson me parcourt l’échine comme si, sous mes doigts, une étincelle venait de crépiter dans les ténèbres où il est plongé. Était-ce un spasme musculaire, un réflexe nerveux, ou mon imagination qui me joue des tours ? Je fixe son visage. Aucun changement. Les moniteurs cardiaques continuent leur bip régulier, implacable. Rien n’a changé. Et pourtant, tout a basculé. La caméra s’éteint. L’officiel range ses papiers et s’éclipse sans un bruit, soulagé d’en avoir fini. Diane n’est même pas entrée. Je reste seule avec cet inconnu qui est désormais mon mari, dans cette chambre où flotte le parfum amer des désinfectants et du désespoir. Quelque part, à des kilomètres d’ici, mon père ignore encore le sacrifice que je viens de faire pour lui. Je ne sais pas si je dois en être soulagée ou brisée. Peut-être les deux. Je recule d’un pas, puis d’un autre. Le bip du moniteur cardiaque me suit comme une ombre sonore. Mon mari vit. Mon mari dort. Mon mari va peut-être mourir sans jamais savoir qui je suis. Et moi, Anna Blake, je viens de disparaître dans les limbes d’un contrat.
Chapitre 27 — ÉpilogueAnnaSix mois plus tard.L'automne est revenu sur le Luberon, un automne doux et doré qui embrase les vignes et fait rougir les feuilles des cerisiers. L'air sent la terre humide, les champignons, le bois coupé. Les cigales se sont tues depuis longtemps, remplacées par le chant des mésanges et le bruissement du vent dans les branches.Notre maison est devenue un vrai foyer.Paul a terminé les travaux de rénovation le mois dernier. Il a restauré la façade en pierre blonde, changé les volets, aménagé une grande terrasse qui donne sur la vallée. Il a même construit une balançoire pour les enfants, suspendue à la branche maîtresse du vieux chêne qui ombrage le jardin. Une balançoire en bois brut, taillée de ses propres mains, avec des cordes solides et une planche assez large pour que deux enfants puissent s'y asseoir.Léo et Emma l'ont inaugurée il y a trois jours. Emma a ri aux éclats, ses couettes blondes volant au vent. Léo a fait semblant de trouver ça « trop b
Chapitre 26 — Passion Retrouvée AnnaLa nuit est tombée sur Bonnieux depuis longtemps quand nous montons enfin nous coucher.Les enfants dorment dans leur chambre, Léo avec sa montre connectée au poignet — il ne la quitte plus, même pour dormir —, Emma avec son carnet à dessin serré contre sa poitrine. Paul a passé la soirée à jouer aux échecs avec Léo, à regarder les dessins d'Emma, à me sourire par-dessus la table du dîner. Une soirée normale. Une soirée de famille. Une soirée comme je n'aurais jamais osé en rêver il y a encore quelques mois.Et maintenant, nous sommes seuls.La chambre est vaste, avec des poutres apparentes et une fenêtre ouverte sur la nuit étoilée. Le parfum des lavandes monte du jardin, entêtant, sucré, presque enivrant. Paul ferme la porte derrière lui, doucement, pour ne pas réveiller les enfants. Il se tourne vers moi, et je vois dans ses yeux cette lueur que je connais bien — cette lueur qui ne s'est jamais éteinte, même après huit ans de séparation, même a
Chapitre 25 — Quand la paix règne AnnaJe souris. Les enfants. Toujours les enfants. Capables de passer de la terreur à l'insouciance en une fraction de seconde. Capables de guérir plus vite que nous, les adultes, qui ruminons nos douleurs pendant des années.— Oui, je dis. On peut aller au parc.— Je peux emmener mon ballon ?— Tu peux.— Et Emma, elle peut emmener son carnet ?Emma hoche la tête avec enthousiasme.— Je veux dessiner les canards !Paul rit. Un rire léger, un rire soulagé, un rire que je ne lui avais jamais entendu.— Alors allons-y, dit-il. Parc Monceau. Canards. Ballon. Dessins. Goûter. On fait tout.— Glaces ? demande Emma.— Glaces aussi.— Même s'il fait froid ?— Même s'il fait froid.Les enfants courent chercher leurs affaires. Paul me prend la main. Il la serre fort, comme s'il avait peur que je m'envole.— Merci, murmure-t-il.— Pour quoi ?— Pour avoir choisi. Pour être restée. Pour nous avoir choisis, nous.Je me hisse sur la pointe des pieds et je l'embra
Chapitre 24 — Le Choix d'Anna AnnaLa lettre est arrivée un matin d'octobre, dans une enveloppe blanche sans adresse d'expéditeur.Je l'ai trouvée glissée sous la porte de la librairie, comme une souris morte, comme un secret honteux. Mon nom était écrit à la main, d'une écriture que je ne connaissais pas une écriture raide, anguleuse, qui semblait avoir été tracée par quelqu'un qui n'avait pas l'habitude d'écrire des lettres. Quelqu'un qui n'avait pas l'habitude de demander pardon.J'ai failli la jeter.J'ai failli la déchirer sans l'ouvrir, la réduire en confettis, la brûler dans l'évier de l'arrière-boutique. J'en avais le droit. Après tout ce qu'il nous avait fait subir, après sept ans de fuite et de peur, après l'enlèvement de mes enfants, après cette nuit sur le toit de Hampstead, j'avais le droit de ne pas lire. J'avais le droit d'effacer Damien Cross de ma vie pour toujours.Mais je l'ai ouverte.Je l'ai lue.Et maintenant, je suis assise sur le canapé du salon, dans notre ap
Chapitre 6 — Le PiratageLéoLa nuit est tombée depuis longtemps sur notre petit appartement des Batignolles. J'entends le bourdonnement du réfrigérateur dans la cuisine et le tic-tac de l'horloge du salon. Des bruits que je connais par cœur, des bruits de toutes les nuits, des bruits qui devraient
Chapitre 5 — Une Vie CachéeAnnaLa clochette de la librairie tinte. Je lève les yeux de mon registre, un sourire déjà prêt, mais ce n'est que Madame Hansen qui vient chercher le dernier roman dont elle a parlé la semaine dernière. Je le lui avais mis de côté, glissé sous le comptoir avec un petit
Chapitre 4 — La Traque CommenceDamienLe bruit de la porte qui claque résonne encore dans le hall. Je reste figé devant l’autel vide, ma cravate soudain trop serrée autour de mon cou. Deux cents invités. Deux cents personnes qui murmurent, qui chuchotent, qui me regardent avec ce mélange de pitié
Chapitre 3 — La FuiteAnnaLa nuit est un manteau lourd, étouffant. Je le sens peser sur mes épaules pendant que je fourre mes affaires dans ce vieux sac de toile. Mes mains tremblent tellement que la fermeture éclair m’échappe deux fois. Je n’arrive pas à respirer normalement. Chaque craquement de


















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