Se connecterLe café du pontPDV : EliosLe matin s’était levé sur un ciel pâle, presque indifférent. Je n’avais dormi que quelques heures, hanté par la voix de Raphaël qui tournait encore dans ma tête. Ces mots « Tu crois la connaître ? Elle m’a appartenu… » revenaient en boucle, comme une lame lente. Mais aujourd’hui, il fallait agir.Mathis et Théo avaient raison : il était temps de mettre tout au clair.Je sortis de l’appartement, les yeux encore lourds, le cœur serré. Le café du pont n’était pas loin, un petit endroit tranquille, au bord de la rivière. C’était notre repaire depuis l’université, le lieu où tout se disait sans fard. Quand j’arrivai, Mathis était déjà là, adossé à la vitre, un gobelet de cappuccino à la main. Théo arriva peu après, le regard vif malgré sa mine fatiguée.— Tu tires une de ces têtes, mec, dit Mathis en me tapant sur l’épaule.— T’as mal dormi, ajouta Théo.Je me laissai tomber sur la chaise, soupirant.— Si seulement vous saviez…Ils échangèrent un regard inquiet.
PDV de LéaLe soir tombait doucement sur la ville quand je décidai d'aller le voir.Ce n'était pas une décision réfléchie. C'était une nécessité. Depuis que j'avais quitté Raphaël, quelque chose s'était installé en moi, un poids discret mais constant. Je pouvais respirer, marcher, sourire même. Mais à l'intérieur, tout restait en suspens.Je savais que je ne dormirais pas sans parler à Elios. Sans lui dire ce que Raphaël avait essayé de réveiller. Sans déposer, enfin, ce fardeau invisible que je portais seule depuis des heures.Je marchais lentement jusqu'à chez lui, mes pas résonnant trop fort sur le trottoir presque vide. Chaque lumière allumée dans les appartements me donnait l'impression d'observer des vies paisibles, intactes. La mienne vacillait encore.Quand j'arrivai devant sa porte, je m'arrêtai une seconde. Ma main resta suspendue dans l'air.J'eus peur. Pas de lui, jamais de lui, mais de ce que mes mots allaient remuer.Puis je frappai.La porte s'ouvrit presque aussitôt. E
PDV de LéaLe matin avait filé trop vite.Après le café partagé dans un calme étrange, Elios m'avait raccompagnée jusqu'à la porte. Il m'avait souri, ce sourire léger, timide, mais si vrai. J'avais senti qu'il voulait dire plus. Qu'il se retenait.Et moi, j'avais voulu lui dire que je reviendrais. Qu'il n'avait rien à craindre. Mais les mots étaient restés suspendus entre nous, comme un fil qu'on n'ose pas tendre de peur qu'il se brise.— « Tu vas au bureau ? » lui avais-je demandé, la voix un peu tremblante.— « Oui. Et toi ? »— « J'ai quelque chose à régler. »Il m'avait regardée, un instant trop long, comme s'il devinait. Puis il avait simplement hoché la tête.— « Sois prudente, Léa. »Je m'étais forcée à sourire.— « Toujours. »La porte s'était refermée.Et le silence m'avait reprise, plus lourd que jamais.Rendez-vous avec RaphaëlLe café où j'avais donné rendez-vous à Raphaël se trouvait à l'écart du centre. Un endroit qu'il aimait, autrefois.Je m'étais installée à une table
Chapitre 86PDV de LéaLe matin s'éleva sur une lumière blanchâtre, presque malade.J'avais passé une nuit brève, le cœur battant trop vite sans raison. Je ne savais pas encore que cette journée allait briser quelque chose en moi.Mon téléphone vibra. Un message inconnu. Pas de mot. Juste une miniature vidéo.Je crus à une erreur. Mais quand je touchai l'écran, la vidéo se lança.Elios.Assis dans un bar sombre. L'air fatigué. Une femme, brune, élégante, trop proche, se penchait sur lui, ses mains glissant autour de son cou. Il ne la repoussait pas. Il semblait figé, perdu peut-être. Mais pas opposé.La vidéo coupa.Une seconde image apparut. La même femme. Et lui. Dans un hall d'hôtel. La date affichée en bas.Hier soir.Mon souffle se coupa. Ma gorge se serra. Je tombai assise sur le canapé, incapable de respirer. Tout mon corps tremblait. Un simple texte accompagna le tout :Tu devrais vraiment ouvrir les yeux.Je sentis mes larmes couler, chaudes et silencieuses.Je pensais à la ve
PDV de LéaLa lumière filtrait à travers les rideaux, douce et trouble à la fois, comme un souvenir qui hésite à revenir. Elle déposait sur les draps des reflets mouvants, presque liquides, et la chambre tout entière semblait suspendue dans un temps ralenti, ouaté de silence.Je sentais la chaleur avant même d'ouvrir les yeux, celle de son souffle, proche, paisible, sur ma peau. Une chaleur qui se diffusait lentement, comme une onde rassurante, et qui repoussait les ombres encore accrochées à mes rêves. Elios dormait encore. Son visage, détendu, avait quelque chose d’enfantin, presque fragile, comme si la nuit avait réussi à apaiser, un instant, les blessures que le monde lui infligeait. Ses cils dessinaient une ombre légère sur ses pommettes, et un léger désordre dans ses cheveux racontait l’abandon du sommeil.Je restai immobile, à le regarder, retenant presque mon souffle de peur de rompre l’enchantement.Chaque détail me semblait irréel : la courbe de son épaule, la façon dont la
PDV de LéaLe silence qui suivit son je t’aime n’était pas un vide. C’était une respiration. Un battement suspendu. Et dans ce battement, tout en moi s’ouvrait. Quelque chose cédait enfin, une armure invisible que je ne savais même pas porter, et dont chaque maille tombait une à une dans l’espace entre nous.Je levai la tête. Ses yeux sombres, pleins de fièvre et de tendresse, me happaient. J’y lisais tout ce que j’avais fui : la confiance, la peur d’aimer, la promesse d’un refuge. Et aussi cette gravité douce que l’on trouve seulement chez ceux qui ont accepté de se mettre à nu sans aucune garantie.La pluie frappait les vitres, douce et régulière, comme un cœur qui bat quelque part dehors. Elle remplissait le silence sans le briser, le ponctuait d’un rythme tranquille qui aurait pu être celui du temps lui-même s’il s’était arrêté pour nous regarder.Je ne savais pas qui, de lui ou de moi, fit le premier pas. Mais nos souffles se mêlèrent de nouveau, et ce fut comme une seconde au ra
PDV d'EliosJe la laissai entrer sans un mot.Elle franchit le seuil avec une lenteur presque irréelle, comme si chaque pas risquait de réveiller un fantôme endormi entre nous. La lumière tamisée du salon glissait sur sa peau mouillée par la pluie. Quelques mèches sombres, collées contre sa tempe,
PDV d'EliosJe restai un long moment immobile, le téléphone encore collé contre mon oreille, comme si ma peau pouvait retenir la vibration glacée de cette voix. Comme si, en laissant l'appareil un peu plus longtemps contre moi, le cauchemar allait peut-être se dissoudre.Raphaël.Ce nom résonnait c
Elle s'est approchée, lentement, ses talons faisant un bruit sourd sur le parquet ancien. Elle s'est arrêtée près de ma table, a penché légèrement la tête pour lire le titre du livre que je tenais sans le voir.– Tu lis Les Égarés du Silence ?Sa voix était une caresse. Grave. Lente. Sensuelle sans
La Librairie des Âmes PerduesEliosJe n'avais pas prévu de sortir ce jour-là. Je n'en avais pas l'envie, ni même la force. Depuis que Simon et Noémie ont disparu, mon quotidien est devenu un enchaînement de silences lourds, de gestes automatiques, d'ombres qui traversent les pièces sans laisser de







