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Chapitre 10 — Sous la braise, la guerre

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-10-28 19:57:27

Giulia Ferrelli

Il dort.

Ou fait semblant.

Avec Rafael, je ne suis jamais certaine. Il a ce calme prédateur, cette fausse tranquillité de l’homme habitué à survivre dans le tumulte. Même dans le silence, même dans le noir, il a l’instinct du fauve : prêt à bondir, prêt à mordre.

La lune découpe son profil comme une lame d'argent. Je le regarde respirer, nu, le torse marqué de cicatrices qui racontent des histoires qu’il ne me dira jamais. Son visage est serein, presque trop. Mais je le connais.
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    GiuliaJe soulève une main lourde, molle, et la pose sur sa joue, le force à tourner la tête, à me regarder. Ses yeux sont noyés, vitreux, pleins d’une confusion absolue, d’un étonnement profond. Il a l’air d’un homme qui vient de survivre à un naufrage et qui ne comprend pas pourquoi il est encore vivant, ni sur quelle rive il a échoué.— C’était…, commence-t-il, mais les mots lui manquent, s’évaporent. Sa langue passe sur ses lèvres sèches.— C’était, complété-je doucement, ma voix éraillée, étrange à mes propres oreilles. Un fait. Une donnée nouvelle. Une variable introduite dans l’équation. On ne peut pas revenir en arrière.Il hoche la tête, lentement, comme un automate, puis son regard, encore vag

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    GiuliaJe commence. Mes doigts, que je veux fermes mais qui tremblent un peu, se posent sur le fermoir compliqué de sa veste de soirée en velours noir, un bijou d’argent ciselé, froid comme un regard ennemi. Je le défais, détail par détail, avec une patience qui est un supplice délicieux. Il reste immobile, adossé à la porte, les yeux fixés sur mes mains comme s’il observait un processus alchimique fascinant et terrifiant, la transformation du plomb en or, de la règle en chaos. La veste tombe sur le sol avec un bruit sourd, lourd. Puis le gilet brodé de fils d’argent. Ma main, enfin, s’attarde sur la fine chemise de lin blanc, sentant la chaleur qui émane de lui, la forme précise de sa poitrine, les muscles bandés sous l’étoffe, le battement fou de son cœur qui cogne là, sous mes paumes, un tambour de guerre assourdi, précipité.Il ferme les yeux, un long frisson le parcourant des épaules aux reins, comme une vague sous la peau.— Vous… vous cataloguez, dit-il, d’une voix étranglée, r

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    GiuliaLa main sur ma joue ne tremble plus. Elle s’attarde, les doigts traçant une cartographie hésitante de l’os de la pommette, de la courbe de la mâchoire, le long du tendon dans mon cou qui bat au rythme de quelque chose de sauvage et non comptabilisé. Un inventaire tactile, patient, comme s’il lisait une page écrite à l’encre invisible. Dans ses yeux gris, ce gris d’ardoise et de ciel d’hiver vénitien, le calcul a cédé la place à une concentration si absolue qu’elle en est presque violente. Il ne pèse plus les risques sur sa balance intérieure. Il les étreint, il les avale. C’est un saut dans le vide, et son regard dit qu’il en connaît déjà la chute.— Giulia, murmure-t-il, et mon nom, dans sa bouche, n’est plus un titre, une formalité, un atout dans un registre. C’est une syllabe arrachée à la nuit, mangée, broyée, rendue à l’état brut. C’est un son qui fait mal.Il se penche.C’est d’une lenteur délibérée, cérémonielle, comme s’il franchissait le seuil d’une chambre forte inter

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