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Chapitre 117 — Supplication

Auteur: Déesse
last update Date de publication: 2026-08-22 08:11:36

C'est sorti trop vite. Elle-même a l'air surprise que ce soit sorti. Elle voulait sûrement l'amener autrement, elle voulait une architecture, une progression, un chemin qui rende ce mot inévitable après quinze autres. Le mot est sorti tout seul, en premier, en tête de file.

Je ne réponds toujours pas.

— Je sais que ce mot ne suffit pas, elle dit. Je sais que je ne peux pas venir ici et poser désolée sur la table comme si c'était une carte de vœu. Je sais que tu as
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    Chapitre 80 — SupplicationSilence.— Trente-cinq secondes, je dis.Elle prend son souffle. Elle regarde mes mains sur mes genoux, elle regarde ses mains à elle sur ses cuisses, elle regarde le banc entre nous, l'accoudoir qui nous sépare. Elle prend appui sur la barre du banc.— S'il te plaît, elle dit. S'il te plaît, laisse-moi te dire ce que je n'ai jamais dit à personne.Sa voix se brise à nouveau, sur s'il te plaît, sur laisse-moi, sur personne. Trois brisures dans une seule phrase. Ce n'est plus la Scarlett de Northwood, ce n'est plus la Scarlett du couloir des casiers, c'est autre chose, quelque chose que je ne connais pas, quelque chose qui n'a pas de nom encore.Je regarde ma montre intérieure. Vingt-cinq secondes. Je pourrais l'arrêter là. Je pourrais me lever, dire fini, laisser Sarah et Lily me raccompagner à travers la cour, mettre un point final propre. Je serais dans mon droit. Je serais même dans ma santé.

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    C'est sorti trop vite. Elle-même a l'air surprise que ce soit sorti. Elle voulait sûrement l'amener autrement, elle voulait une architecture, une progression, un chemin qui rende ce mot inévitable après quinze autres. Le mot est sorti tout seul, en premier, en tête de file.Je ne réponds toujours pas.— Je sais que ce mot ne suffit pas, elle dit. Je sais que je ne peux pas venir ici et poser désolée sur la table comme si c'était une carte de vœu. Je sais que tu as le droit de ne pas l'accepter. Je sais que tu as le droit de te lever et de partir. Je sais.Elle sait. Elle prononce le mot je sais trois fois en deux phrases. Je note. Elle a préparé ça. Elle a préparé de désamorcer d'avance ce qu'elle pense que je vais penser, elle a préparé de faire à ma place le travail de me lister les objections. C'est une technique. C'est aussi peut-être, cette fois, autre chose. Je ne sais pas encore.— Evelyn, elle dit. Je,Elle s'arrête. Ell

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    Elle continue.— Vous imaginez si c'était vous. Vous imaginez, au milieu du hall, et il y a trente comptes qui décident si vous êtes une star ou une conne pour le week-end. Rangez ça.Elle fait un pas de plus. Elle attrape doucement le bras d'une fille de première qu'elle connaît, une fille qui s'appelle Chloé je crois, et elle lui abaisse le poignet, gentiment, sans force, mais avec quelque chose dans les yeux qui n'admet pas de discussion. Chloé range son téléphone dans sa poche, et elle rougit, et elle dit pardon très bas.Un effet domino se produit, mais pas total. La moitié des téléphones se baisse, l'autre moitié pas. Les autres se déplacent juste, ils reculent d'un mètre, ils se cachent derrière des épaules, ils continuent, plus discrètement. Je vois un garçon de terminale, au fond, tenir son téléphone en bas, à hauteur de hanche, en biais, l'objectif pointé vers nous. Il filme depuis là. Il croit qu'on ne le voit pas. Je le vois. Sarah le

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    Non. Je ne paie pas.Ce n'est pas dur à faire, à ma grande surprise. Ce n'est pas dur du tout. Je vois sa main trembler, je vois ses cils mouillés, je vois la mâchoire relâchée, et rien de tout cela ne franchit la distance entre elle et moi. Ce n'est pas de la dureté. C'est de la distance juste. La compassion qu'on peut avoir pour un être humain qui souffre, oui, je peux la loger quelque part, un petit coin d'humanité générale. Mais la compassion particulière, la compassion qui court, la compassion qui panse, celle-là, elle n'est plus à sa disposition. Elle a été retirée du service.— Laisse-moi juste,C'est la première chose qu'elle arrive à dire. Elle butte sur le mot. Sa gorge doit être serrée. Elle avale, elle reprend.— Laisse-moi juste parler, Evelyn. Deux minutes. Juste, s'il te plaît, deux minutes.Ses trois s'il te plaît sont dans ces cinq mots. C'est un chiffre que je compte à l'intérieur, avec la même froideur que je

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    EvelynElle est là. À un mètre de moi. Elle ne dit plus rien après mon prénom, elle reste plantée, et je vois sa poitrine se soulever trop vite sous le tissu noir, comme si elle avait couru pour arriver jusqu'ici, comme si le trajet entre le mur des casiers et moi avait été une traversée de désert.Je recule d'un pas. Ce n'est pas de la peur, c'est un calcul. Je veux de l'air entre elle et moi, je veux que mes poumons aient de quoi remplir sans respirer ce qui vient d'elle. Mon dos rencontre quelque chose. Le mur. Le mur froid du couloir des casiers, avec ses carreaux beiges et sa peinture repeinte pendant l'été, ce mur qui sentait la peinture fraîche ce matin et qui sent, en cet instant, l'année scolaire, la craie, les cartables mouillés d'un automne qui n'a même pas commencé.Je suis contre le mur.Elle ne recule pas, elle. Elle reste à sa distance, un mètre, peut-être un peu moins maintenant, et l'odeur me parvient. Je ne l'avais pas antic

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    Sarah, à ma droite, ne dit rien. Elle est en train de faire ce que Sarah fait de mieux, elle occupe l'espace. Elle a avancé d'un demi-pas, juste assez pour que la ligne entre Scarlett et moi passe désormais par elle si Scarlett veut avancer encore.Lily, à ma gauche, respire vite. Je sens sa respiration parce que son épaule bouge contre la mienne.Le couloir est plein. Il est plein comme il l'a rarement été un jour de rentrée à seize heures quarante-six. Personne ne sort. Personne ne rentre. Un mardi à cette heure, il devrait déjà y avoir la moitié des élèves dehors, ils devraient être en train d'ouvrir des chips au portail, en train de commenter leur emploi du temps sur les marches. Ils sont là. Ils sont tous là. Le hall de Westbrook Central s'est transformé en amphithéâtre en deux minutes, et Scarlett et moi sommes au centre de l'arène, sans avoir choisi d'y entrer, sans arme, sans texte, sans plan.Elle inspire. L'inspiration fait un bruit un peu t

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