LOGINElle à honte de moi Evelyn était la fille sage qu’on ne remarquait jamais. Scarlett, elle, faisait trembler tout le lycée. Personne ne comprenait pourquoi la reine impitoyable s’était soudainement entichée d’Evelyn. En secret, Scarlett se faisait tendre, insistante, et Evelyn, bouleversée, lui avait offert son cœur, croyant leur histoire protégée par le mystère. Jusqu’à ce qu’elle entende la vérité : elle n’était qu’un essai, un test avant que Scarlett n’ose approcher Madison, la plus belle fille du lycée. Leur amour caché n’était pas un refuge, c’était une honte. Confrontée, Scarlett a retrouvé son masque de glace. Le cœur en miettes, Evelyn a demandé son transfert. Le dernier jour, elle a vu Scarlett sur le terrain, main dans la main avec Madison, et elle a cru mourir. Pourtant, à la rentrée dans son nouveau lycée, alors qu’Evelyn tentait de respirer à nouveau, une voix connue a retenti. Scarlett, devant la foule, a laissé tomber toute sa fierté, a avoué son amour et a supplié pour une seconde chance.
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Je sais depuis longtemps comment on devient transparente. Il faut parler doucement, sourire au bon moment, rendre ses devoirs à l'heure et ne jamais donner aux autres une raison de se souvenir de vous. J'ai fait de cette discrétion une seconde peau. Dans les couloirs du lycée, je marche au bord des groupes, j'attends que les autres passent avant d'ouvrir une porte, je baisse légèrement les yeux quand quelqu'un de trop sûr de lui me croise. Les gens me trouvent sage, polie, appliquée. En réalité, ils me trouvent surtout facile à oublier. Cette invisibilité me protège. C'est ce que je me répète depuis des années. Être remarquée, ici, signifie souvent devenir une cible. Il suffit d'un faux pas, d'une jupe mal choisie, d'une phrase trop haute, et tout le monde vous dissèque du regard. Moi, je préfère la sécurité des marges. Je préfère qu'on me confonde avec le décor plutôt que d'offrir ma gorge à la cruauté ordinaire de ce lycée. Pourtant, même quand je me fonds dans le bruit des autres, il y a une présence que mon regard cherche malgré moi. Scarlett. Son prénom seul a quelque chose de tranchant. Quand elle apparaît au bout d'un couloir, ce n'est pas seulement une fille qui avance, c'est une force qui déplace l'air. Les conversations baissent d'un ton, les rires se réorientent vers elle, les regards se tendent comme des fils. Elle n'est pas seulement admirée. Elle est redoutée, observée, imitée, enviée, détestée. Elle règne sans avoir besoin de le revendiquer. Je la remarque d'abord pour de mauvaises raisons. Parce qu'elle est impossible à ignorer. Parce qu'elle humilie les autres avec un calme qui me scandalise. Parce qu'elle donne l'impression de n'avoir jamais douté d'elle-même une seule seconde de toute sa vie. Je me dis que je la regarde comme on regarde un incendie : avec effroi, avec fascination, avec l'espoir absurde de comprendre comment quelque chose d'aussi dangereux peut aussi être si beau. Aujourd'hui, dans la cour, Clara me parle d'un contrôle de mathématiques et de la façon dont Monsieur Duval corrige comme si nos copies l'insultaient personnellement. Je hoche la tête, je réponds quand il faut, mais je suis distraite. Je sens sa présence avant même de la voir. Quand je tourne enfin la tête, Scarlett traverse la cour avec cette démarche souple qui semble ignorer le sol. Deux filles rient trop fort à côté d'elle. Elle, non. Elle se contente d'un demi-sourire qui dit qu'elle sait déjà l'effet qu'elle produit. Le soleil glisse sur ses cheveux sombres, sur sa mâchoire fine, sur le rouge profond de ses lèvres. Je déteste la précision avec laquelle je remarque ces détails. Je déteste encore plus le frisson qui me parcourt quand elle rejette la tête en arrière pour répondre à quelqu'un. Il n'y a rien de normal dans la violence de mon attention. Je n'écoute plus Clara. Je n'entends plus la sonnerie lointaine qui annonce la fin de la pause. Il n'y a plus que cette fille au milieu du monde et la façon inexplicable dont mon corps réagit à sa simple présence. Je baisse aussitôt les yeux, comme surprise en faute. Mon cœur bat trop vite pour une scène qui ne me concerne même pas. Pourquoi elle ? Pourquoi est-ce que je la remarque avec une telle précision, comme si mon regard apprenait d'instinct ce qu'il aime avant même que ma tête l'accepte ? Je serre mes cahiers contre ma poitrine jusqu'à sentir les coins du carton me faire mal. Cette douleur minuscule m'aide à respirer. Je me traite d'idiote. D'impressionnable. D'obsédée par quelqu'un qui ne sait même pas que j'existe. C'est probablement vrai. Scarlett ne regarde jamais dans ma direction. Les filles comme elle ne voient pas les filles comme moi. Nous ne vivons pas dans le même monde, même quand nous partageons les mêmes salles de classe, les mêmes couloirs, la même cour. Elle attire la lumière. Moi, j'apprends à vivre dans l'ombre qu'elle projette. Et pourtant, au moment où la sonnerie retentit et où tout le monde se met en mouvement, je relève une dernière fois la tête. Scarlett s'éloigne sans se retourner. Je reste plantée au milieu du flot des élèves avec une sensation étrange, presque douloureuse, logée sous mes côtes. Comme si quelque chose, en moi, venait de s'ouvrir en silence. Comme si je venais de poser le pied sur un chemin dont je ne distingue pas encore l'issue, mais dont je sais déjà qu'il ne me laissera pas intacte.Je me lève. Je traverse la chambre. Je m'assois à côté d'elle sur le lit, et je prends son visage entre mes mains, et je la regarde, vraiment, dans les yeux. — Je veux essayer, je dis encore, tout bas. Et c'est un choix. Mon choix. Elle pleure. Elle pleure en silence, et je sens ses larmes couler sous mes paumes, et je sens son souffle qui s'accélère, et je sens son corps qui tremble. Elle pose ses mains sur les miennes, doucement, et elle murmure : — Merci. Et puis je l'embrasse. Le baiser est doux. Plein de promesses. C'est un baiser qui ne demande rien, qui ne force rien, qui dit seulement : je suis là, je te choisis, on avance. C'est un baiser de recommencement. Quand on se détache, elle a le visage baigné de larmes, et je souris, et elle sourit à travers ses larmes, et on reste là, front contre front, à respirer ensemble, à exister ensemble, dans la lumière douce de la lampe, dans le silence de la maison, dans la douceur de ce choix. Evelyn Le premier jour d'école après
Evelyn C'est un dimanche de novembre. Un dimanche clair, froid, lumineux. On est assises sur un banc public, au bord de la rivière, à l'autre bout de la ville. Il n'y a pas grand monde, juste quelques promeneurs, des familles, des chiens. On a marché longtemps avant de s'asseoir, sans parler beaucoup, en se tenant la main par moments, en se lâchant par d'autres. On a parlé de tout, de rien, du lycée, des cours, de la musique, de la vie. Et puis on s'est assises, et le silence est venu, et on a regardé l'eau couler, grise, rapide, sous le ciel de novembre. C'est Scarlett qui prend ma main. Elle le fait doucement, sans me quitter des yeux. Elle entrelace ses doigts aux miens, et elle dit : — Je suis amoureuse d'une fille. Sa voix est claire, posée, mais je sens qu'elle tremble un peu, qu'elle tremble de l'intérieur, comme si elle venait de poser une chose immense sur le banc entre nous. Je regarde nos mains, ses doigts serrés entre les miens, et je sens mes yeux se mouiller. — M
Evelyn C'est une nuit d'octobre, et je hurle au téléphone. Je ne l'ai pas vu venir. La journée avait été ordinaire, presque douce. Des cours, un déjeuner avec Sarah, un après-midi avec Lily. Et puis le soir, en rentrant, en rangeant mes affaires, j'ai trouvé une vieille photo. Une photo de Northwood. Une photo de nous, avant tout. Et tout est remonté. Tout. D'un coup. Sans prévenir. La honte, la colère, la trahison, les rires derrière la porte, les couloirs, les regards, les lettres. Tout est remonté, comme une vague immense, et j'ai composé le numéro de Scarlett, et je n'ai pas pu m'arrêter. Je hurle. Je hurle des mots que je ne reconnais pas, des reproches, des insultes, des souvenirs. Je hurle que je la déteste, que je ne lui pardonnerai jamais, que tout ce qu'elle a fait ne suffira jamais, que je ne veux plus la voir, plus jamais. Je hurle que je me suis trompée, que le baiser était une erreur, que la redécouverte était une erreur, que tout est une erreur. Je hurle que je sui
Evelyn C'est trois jours plus tard. Trois jours de silence. Trois jours de messages courts, de regards fuyants, de nuits sans sommeil. Trois jours où je n'ai pensé qu'à ce baiser, à sa bouche, à ses mains sur ma taille, à sa voix qui disait je t'en supplie. Trois jours où j'ai lutté contre mon corps, contre ma raison, contre tout ce que j'avais construit. Trois jours, et puis je n'ai plus lutté. Je l'ai invitée chez moi. Ma tante n'est pas là. Elle est à un dîner, quelque part, avec des amis. La maison est vide, silencieuse, baignée dans la lumière douce de la fin d'après-midi. Scarlett arrive à dix-neuf heures, elle sonne, je lui ouvre, et on se regarde sur le seuil, et aucun mot ne sort. Elle est là, dans un pull bleu, un jean simple, les cheveux lâchés, et elle a ce visage de quelqu'un qui n'a pas dormi, qui a espéré, qui a eu peur, qui est venue quand même. — Entre, je dis. Elle entre. Elle enlève ses chaussures, par réflexe, par politesse, et je ferme la porte derrière ell


















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