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Chapitre 4

Author: Fruitier
Deux ans plus tôt, Chloé avait posé un jour de congé. J'avais donc pris ses plans et m'étais rendue sur le chantier pour effectuer une inspection.

Ce jour-là, il pleuvait à torrents.

Le chantier était presque désert. Les plans à la main, j'avançais pas à pas dans la boue.

J'avais une confiance absolue en Chloé. Je suivais donc ses indications sans vraiment regarder autour de moi.

Je n'ai même pas remarqué que j'étais entrée dans une zone interdite.

Boum !

Un glissement de terrain s'est produit sans prévenir et m'a entièrement ensevelie.

Par chance, une grande dalle avait retenu une partie de la terre et des gravats, me laissant juste assez d'espace pour rester en vie.

Je ne voyais plus rien. Je n'entendais que ma respiration haletante et les battements frénétiques de mon cœur. J'avais mal partout, au point de ne même plus savoir d'où venait la douleur.

Mon bras droit semblait cassé.

Impossible de le bouger. J'ai lentement tâtonné de la main gauche jusqu'à ce que mes doigts atteignent enfin mon téléphone.

L'espace était si étroit que je pouvais à peine remuer les doigts.

De mémoire, j'ai ouvert la conversation et commencé à écrire à Michel.

Mes forces m'abandonnaient peu à peu.

Je sanglotais. Pour ne pas perdre connaissance, je me suis mordu la langue jusqu'au sang, avalant mes larmes mêlées au goût métallique qui emplissait ma bouche.

Je ne pensais qu'à lui et murmurais son nom sans arrêt. C'est en m'accrochant à lui que j'ai trouvé la force d'envoyer encore et encore des messages.

« Michel… J'ai peur… Viens me chercher… »

« Je ne veux pas mourir… »

Chaque minute, chaque seconde était un supplice.

Je perdais connaissance, puis je me réveillais. Je pleurais avant de sombrer à nouveau.

Je ne me suis même pas rendu compte du moment où mon téléphone s'est éteint.

Pendant tout ce temps, j'étais persuadée que Michel avait vu mes messages.

J'attendais, en espérant qu'il arriverait bientôt avec les secours.

Jusqu'à perdre connaissance une dernière fois, j'ai continué à appeler Michel.

J'étais encore convaincue qu'il viendrait me chercher.

Soixante-douze heures plus tard, les secours ont enfin dégagé les derniers gravats qui me recouvraient et m'ont sortie de là.

Mon cœur battait à peine.

Devant les secouristes, l'équipe médicale a appelé mon contact d'urgence : Michel.

Il n'a décroché qu'au huitième appel.

À peine la communication établie, une voix féminine agacée a retenti :

« Arrêtez d'appeler ! Il dort ! »

Puis elle a raccroché. Ils ont du rappeler.

« Bonjour, vous êtes bien un proche d'Élise … »

La communication a de nouveau été coupée.

Cette fois, leur numéro a été bloqué.

Mon pronostic vital était engagé et personne ne parvenait à joindre mon contact d'urgence.

Face à l'urgence absolue de la situation, les médecins ont finalement décidé de m'opérer immédiatement.

J'ai passé quinze jours en soins intensifs.

Pendant ce temps, Michel était tellement occupé avec Chloé qu'il n'a même pas cherché à savoir ce qui m'était arrivé.

Mon bras droit était fracturé. Bien que la fracture ait pu être réparée, les nerfs avaient été touchés.

Il m'a fallu de longs mois de rééducation avant de parvenir de nouveau à dessiner correctement mes plans.

Encore aujourd'hui, il arrive que ma main se mette à trembler.

Cette histoire a failli mettre fin à notre mariage.

J'avais complètement perdu le contrôle. J'ai tout cassé dans la maison et j'ai même failli y mettre le feu.

Michel avait le visage couvert des marques de mes gifles et le corps strié de griffures sanglantes.

Je le haïssais. Je lui en voulais à en perdre la raison.

En larmes, je lui demandais encore et encore pourquoi il m'avait fait ça.

« Pourquoi tu as activé une réponse automatique pour mes messages ? Pourquoi ? Michel, c'est tout ce que je mérite de ta part ? Une réponse automatique ? »

Lui, en revanche, était resté parfaitement calme.

« Je n'avais pas envie de te répondre. Tu m'écris beaucoup trop. Tes photos de chats, de nuages et je ne sais quoi toute la journée… Ça ne m'intéresse pas. »

C'est à cet instant précis que quelque chose est mort en moi.

À partir de là, la distance entre nous n'a fait que grandir, et le fossé s'est creusé un peu plus chaque jour.

Jusqu'à ce que je finisse par craquer.

J'ai enfin admis ce que je refusais de voir depuis si longtemps, c'est que je ne pouvais pas me contenter de ça. Je ne pouvais pas passer toute ma vie à ses côtés en faisant semblant que tout allait bien.

S'il y avait une chose que je regrettais vraiment, c'était de lui avoir donné autant de chances.

J'aurais dû rompre définitivement avec Michel dès ce jour-là, deux ans plus tôt.

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