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Naya pensait passer une journée banale.
Un café tiède, son casque sur les oreilles, et son carnet à la main — sa manière de calmer son esprit trop bruyant. Elle s’était installée à son café habituel, près de la baie vitrée, là où personne ne venait la déranger. Sauf que ce jour-là, quelqu’un l’avait vue avant qu’elle ne voie personne. Matek entra dans le café comme il entrait partout : en prenant la place sans forcer, sans bruit, mais avec une présence impossible à ignorer. Grand, charismatique, une aura qui attirait les regards même de ceux qui n’aimaient pas regarder les inconnus. Il ne la connaissait pas. Enfin… c’est ce qu’elle croyait. Son regard croisa le sien une fraction de seconde. Un échange minuscule, mais assez pour que son cœur rate un battement. Il s’approcha, sans hésiter, comme s’il avait traversé la pièce uniquement pour elle. — Excuse-moi… tu t’appelles Naya, c’est ça ? Elle resta figée. Comment il savait ça ? Pourquoi sa voix sonnait comme une évidence ? — Oui… pourquoi ? Il esquissa un sourire. Un de ceux qui paraissaient sûrs, mais où se cachait aussi un truc vulnérable. — On a un ami en commun. Il m’a dit que tu passais souvent ici. Je voulais te saluer. Je suis Matek. Elle ne sut pas quoi répondre. Elle ne s’attendait pas à ressentir quelque chose à la minute même où il posait les yeux sur elle. Et pourtant… quelque chose se réveillait déjà. Il tira une chaise. Doucement. Comme s’il attendait son accord sans le dire. Et contre toute logique, elle hocha la tête. Il s’assit. Et le destin, sans prévenir, s’installait avec eux. La soirée était tombée quand Matek sortit du café. Il avait laissé Naya avec un sourire au coin des lèvres, un peu confuse, un peu intriguée, et clairement incapable de nier l’alchimie qui flottait autour d’eux. Mais à peine avait-il mis un pied dehors que la réalité le rattrapa. — Tu comptes m’ignorer encore longtemps ? La voix de Lila claqua comme un coup de vent froid. Elle était appuyée contre sa voiture, bras croisés, sourire crispé. Elle, c’était l’ex. L’histoire qui aurait dû être rangée dans une boîte. Sauf que Lila, elle, n’était pas du genre à ranger les choses. — Lila, j’ai pas le temps. — Ah oui ? Tu le prends pour d’autres maintenant, peut-être ? Elle pencha la tête, un regard noir chargé de reproches. Elle avait tout vu. Le café. La table. Naya. — C’est qui, cette fille ? demanda-t-elle, venimeuse. Matek inspira lentement. Il savait que répondre ne servirait à rien. Lila était persuadée qu’ils avaient encore une chance, qu’ils pouvaient recoller quelque chose qui avait pourtant explosé depuis longtemps. — Lila… arrête. Ce n’est plus ton problème. — Tu crois ? Elle s’approcha, dangereusement près. — Parce que moi je suis pas prête à te laisser partir comme ça. T’as voulu tourner la page tout seul. Mais l’histoire, elle se lit à deux. Il sentit ses dents se serrer. Ça allait devenir compliqué. Très compliqué. Et au fond de lui, il pensa à Naya. Elle n’avait rien demandé à tout ça. Le soir même, Naya repensait encore à Matek. C’était ridicule. Elle venait de croiser un inconnu et voilà qu’il occupait toutes ses pensées. Elle était dans son salon, enroulée dans un plaid, une tasse chaude entre les mains. Elle se disait qu’elle s’emballait sûrement. Qu’elle ne connaissait rien de cet homme. Qu’il devait juste être… poli. Ou sociable. Ou les deux. Alors pourquoi son cœur se comportait comme si elle avait avalé un petit orage ? Son téléphone vibra. Un message. Matek. “Si je t’ai dérangée aujourd’hui, dis-le-moi. J’ai eu l’impression que non…” Elle sentit ses joues chauffer. Non. Il ne l’avait pas dérangée. Il l’avait retournée. Elle posa le téléphone, inspira un grand coup, puis répondit : “Non. Pas du tout.” Une seconde. Puis une autre. Puis… “Alors j’espère que tu ne m’en voudras pas si je te revois.” Elle serra le téléphone entre ses doigts, un sourire involontaire étiré sur sa bouche. Elle ne le connaissait pas, mais quelque chose en elle lui murmurait que cet homme allait bouleverser sa vie. Et elle ignorait encore à quel point.Matek resta figé un instant après avoir fini de parler.Silence brutal.Lila trépignait, étranglée entre l’envie de hurler et la peur de ce qu’elle venait de déclencher.Le commissaire s’appuya contre son dossier, observa Matek longuement, puis répéta calmement :— Je sais.Ces deux mots percutèrent Matek comme un coup de poing.Il cligna des yeux, perdu.— Comment ça, vous savez ? souffla-t-il.Le commissaire croisa les doigts.— Parce que cette affaire ne nous a jamais quittés. Parce qu’on a continué d’enquêter, même quand le père nous menaçait de plaintes et de presse. Et parce qu’il y a des choses qui ne collent pas depuis longtemps.Naya serra plus fort la main de Matek.Il la regarda — et dans ses yeux, il vit une certitude tranquille : je suis avec toi.Le commissaire poursuivit d’une voix grave :— Mais il nous manquait la pièce qui faisait tomber les masques.Naya inspira doucement.— Vous l’avez, dit-elle.Tous les regards pivotèrent vers elle.— J’avais un pressentiment, av
Le silence retomba comme une chape de plomb.Seule la respiration brute de Matek emplissait le bureau, heurtée, trop haute.Naya sentit sa détresse — palpable, presque douloureuse.Il tremblait légèrement, ses doigts crispés sur le bord de la chaise.— Matek… murmura-t-elle.Il baissa la tête.Une seconde, il semblait prêt à se lever et à fuir, à abandonner tout l’effort.Alors, elle posa sa main sur la sienne.Doucement.Chaleureuse.Présente.Il releva les yeux.Elle lui offrit ce sourire subtil — fragile mais puissant, celui qui dit je suis là.Sans un mot, elle lui transmit ce dont il manquait : un témoin, une vérité, un soutien.Son cœur se calma.Sa mâchoire se dénoua.Et il parla.⸻— Je ne sais même plus par où commencer, dit-il, la voix rauque.Delcourt hocha la tête.— Commencez par le début.Naya garda sa main sur la sienne.Il inspira, profondément.— Quand j’avais dix-huit ans, j’ai rencontré quelqu’un. Elle en avait seize. On… s’est aimés. On croyait que c’était simple.
La façade du commissariat se dressa devant eux, haute, froide, intimidante. Naya sentit la main de Matek se resserrer autour de la sienne.— On fait ça ensemble, murmura-t-elle.Il hocha la tête, mais son regard restait dur, habité par les ombres du passé.Ils poussèrent la porte.Et là — comme un mauvais présage — elle était là.Lila.Assise dans la salle d’attente, visiblement en détresse, poignet bandé grossièrement, chemise tachée, mascara coulant. Elle leva les yeux… et les vit.En une seconde, son visage se transforma en masque théâtral :— C’est lui ! hurla-t-elle, se levant d’un bond. Mon agresseur ! Arrêtez-le ! Protégez-moi !Des gens sursautèrent. Des regards accusateurs se posèrent sur Matek.Naya eut un réflexe, se plaça légèrement devant lui.Un policier se leva aussitôt pour intervenir — mais une voix claqua depuis le couloir :— Madame, asseyez-vous.Un homme s’avança : costume sombre, visage fatigué, autorité naturelle.Il sortit de la file de bureaux comme une ombre
Le matin s’était étiré lentement, comme s’il cherchait à retenir cette parenthèse hors du monde. Matek s’assit sur le bord du lit, le regard perdu sur le lac encore calme. Naya terminait de rassembler leurs affaires.— Tu es sûr de vouloir rentrer aujourd’hui ? demanda-t-elle doucement.Il inspira, puis hocha la tête.— On ne peut pas rester cachés. Pas tant que tout ça n’est pas terminé.Elle s’approcha, glissant ses bras autour de ses épaules. Il posa sa tête contre elle, mais elle sentit son souffle trembler.— On rentre, oui… mais pas seuls, souffla-t-elle. On rentre avec la vérité.Il la regarda, une émotion brute traversant ses traits.— Tu vas être impliquée si je fais ça, Naya.— Je suis déjà impliquée. Tu m’as tout dit, maintenant je marche avec toi.Une faiblesse délicate passa dans ses yeux — puis une force nouvelle.Ils quittèrent l’hôtel après un dernier regard vers le lac, comme si ce paysage avait absorbé un morceau de leur histoire.⸻Sur la route, le silence n’était p
Le soleil s’était levé plus haut quand ils revinrent vers leur chambre, leurs pas encore lourds du poids de cette histoire arrachée du cœur de Matek. Le silence entre eux n’était plus vide ; il était chargé, plein de tout ce qu’ils venaient de partager.Naya inspira doucement, les doigts caressant machinalement l’écran noir de son téléphone.— Je peux rallumer maintenant ? Ma sœur doit se demander si je suis vivante…Il hocha la tête, même si une ombre flotta dans son regard.— Oui, vas-y. Mais… attends pour les réseaux, ou pour tout le reste. On reste dans notre bulle encore un peu.Elle sourit doucement, reconnaissante. Puis elle appuya sur le bouton. L’écran s’illumina, et immédiatement une avalanche de notifications vibra silencieusement dans sa paume.Elle appela sa sœur en premier. Quelques sonneries, puis la voix familière, légère :— Naya ! Je suis sortie ce matin ! Ça va beaucoup mieux.Le soulagement la traversa comme une vague chaude.— J’avais besoin de prendre l’air, dit-
Le premier bruit fut le craquement du bois dans la cheminée, puis la respiration paisible de Matek, juste derrière elle.Naya ouvrit les yeux lentement, comme si elle craignait que tout disparaisse si elle bougeait trop vite.Elle n’était pas blottie contre lui comme elle l’avait espéré — leurs corps étaient proches, mais pas collés.Une retenue invisible, presque timide, flottait encore entre eux.Matek se réveilla quelques secondes plus tard. Il passa une main sur son visage, s’étira, et la regarda.— Bonjour… murmura-t-il.Sa voix était grave, légèrement rauque du sommeil.Naya sentit son cœur se serrer.— Bonjour, répondit-elle, un sourire fragile aux lèvres.Ils restèrent un moment ainsi, couchés face à face, à se regarder sans trop savoir quoi dire.La nuit avait été douce — mais pas tranquille.Ils avaient partagé une complicité brûlante, sans jamais franchir la frontière.Et ce matin, la réalité revenait doucement frapper à la porte.— Tu veux du café ? proposa Matek en se lev







