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Chapitre 9

Auteur: Shery
last update Dernière mise à jour: 2025-11-29 05:26:00

Le lendemain matin, Naya ouvre les yeux avec cette sensation étrange d’être encore suspendue entre deux mondes : celui où elle contrôle tout… et celui où Matek commence sérieusement à dérégler chaque fibre de sa tranquillité.

Elle reste un moment immobile, les yeux fixés au plafond, revivant silencieusement leur discussion de la veille. Pas la sienne avec son contrat, pas celle avec une amie ou un collègue — non. Leur discussion. À eux. Assise sur son canapé, Matek juste en face, sa voix basse, ses yeux brillants d’une intensité qui lui avait retourné le cœur. Et cette phrase qui s’est incrustée dans sa tête :

« J’sais pas ce que t’es en train de faire à ma vie, mais ça me fout dans un état… »

Elle revoit son expression. Pas arrogant. Pas joueur. Vrai.

Et ça, c’est peut-être ce qui la perturbe le plus.

Elle se tourne sur le côté, serre son oreiller, tente de se raisonner.

Mais rien n’y fait.

Un simple souvenir de son regard, et elle sent son ventre se tordre.

Plus tard, alors qu’elle sort prendre un café pour essayer de s’aérer l’esprit, elle capte instantanément une silhouette familière au coin de la rue.

Trop familière.

Matek.

Dos contre un lampadaire, les mains dans les poches, comme s’il attendait quelqu’un.

Ou plutôt… comme s’il l’attendait.

Il relève la tête pile au moment où elle apparaît dans son champ de vision.

Son regard accroche le sien sans le moindre effort.

Et elle sent son cœur faire ce fichu bond qui la trahit à chaque fois.

Il ne bouge pas au début.

Il la laisse s’approcher.

Comme s’il voulait lui laisser le choix.

— Tu m’espionnes ? fait-elle, essayant de garder son calme alors que, clairement, elle ne l’a plus depuis hier soir.

Il a un sourire qui ressemble presque à un aveu.

— J’ai passé la nuit à tourner dans tous les sens. J’avais besoin d’air. Et… j’savais que tu sortais souvent prendre ton café le matin.

— Donc tu m’espionnes.

— J’appelle ça… coïncidence organisée, répond-il avec un sérieux trop bien maîtrisé.

Elle lève les yeux au ciel, mais elle sourit.

Et ça, il le voit.

— Tu veux qu’on marche un peu ? propose Matek.

— Tu devrais être au boulot.

— Je suis parti plus tôt ce matin. J’ai un creux. Autant le combler avec toi.

Elle ignore le double sens.

Ou du moins, elle fait semblant.

Mais elle marche avec lui.

Leurs pas se synchronisent presque naturellement, comme s’ils connaissaient ce rythme par cœur alors qu’ils ne franchissent ensemble que leurs premiers mètres.

— Tu regrettes ce que t’as dit hier ? lâche Naya sans le regarder.

Elle voulait jouer ça subtil, mais ça sort un peu trop directement.

Et un peu trop chargé.

Matek ralentit.

Puis s’arrête complètement.

— Non.

Un mot. Un seul.

Mais il s’écrase dans son ventre comme une décharge électrique.

— Et toi ? ajoute-t-il. T’as regretté… de pas m’envoyer balader ?

Son ton est léger, mais son regard — jamais.

Elle se mord l’intérieur de la joue, détourne un peu les yeux.

— Si j’avais voulu t’envoyer balader, tu crois que tu serais là ?

Le sourire qui se dessine sur le visage de Matek vaut toutes les confessions du monde.

Il baisse un instant la tête, comme s’il essayait de ne pas trop en montrer.

Alors que tout est déjà visible.

Ils reprennent leur marche, mais cette fois… quelque chose a changé.

Un fil invisible les relie.

Un fil qui se tend, qui vibre.

Il y a cette proximité nouvelle, légère, à peine perceptible — et pourtant impossible à ignorer.

Et puis, alors qu’ils arrivent près d’un petit parc, Matek s’arrête encore une fois.

— Naya, attends.

Elle tourne la tête.

Il la fixe avec ce genre de sérieux qui ne présage jamais rien d’anodin.

— Lila est passée chez moi hier.

Elle cligne des yeux.

Un pic froid lui traverse la poitrine, même si elle ne veut pas le montrer.

— Pour ?

— Pour me dire qu’elle regrette. Qu’elle veut qu’on se redonne une chance.

— Et ? demande Naya, la voix soigneusement neutre. Trop neutre.

Il s’avance d’un pas.

Pas trop près.

Juste assez pour qu’elle sente que cette fois, il ne va pas jouer.

— Et… j’ai réalisé un truc.

Un truc qui m’a foutu la trouille, mais qui m’a aussi éclairé.

Son cœur bat trop vite.

Elle inspire. Doucement.

— C’est quoi ?

— Que c’est toi que j’avais en tête quand elle parlait.

Pause.

Le monde se fige autour d’eux.

Il pince ses lèvres, comme s’il hésitait à aller plus loin.

Puis il y va quand même.

— Et que c’est un problème.

— … Pourquoi un problème ? murmure-t-elle.

Matek glisse une main dans ses cheveux, nerveux, sincère, un peu paumé mais déterminé.

— Parce que je sais même pas comment t’approcher sans te brusquer… et en même temps, j’ai cette envie complètement con de tout faire trop vite.

Elle reste silencieuse.

Mais dans ses yeux, tout parle pour elle.

— Alors, continue-t-il en posant enfin les mots qu’il gardait, si tout va vite entre nous… c’est parce que j’ai l’impression que t’étais déjà un peu là avant même qu’on se connaisse.

Un souffle.

Un aveu.

Une déflagration douce.

Naya baisse les yeux, incapable de cacher le rouge qui lui monte aux joues.

— Et toi, dit-il d’une voix plus basse encore… tu ressens rien de tout ça ?

Sa question flotte entre eux, dangereuse, brûlante, prête à faire basculer leur histoire d’un simple battement de cœur.

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