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Ce que je refuse d'admettre

ผู้เขียน: Karen.duv
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2026-01-15 22:29:28

Alexander

Je ne m’approche pas d’elle par hasard.

Je pourrais rester avec Nathan et les autres. Faire semblant d’être absorbé par la conversation, par la musique, par cette soirée comme tant d’autres. Mais mon attention s’échappe sans cesse, attirée par Élise comme une évidence que je n’ai pas choisie.

Je la vois au bar, appuyée contre le comptoir, son verre à la main. Elle parle avec son amie, mais son regard dérive parfois, se pose ailleurs, puis revient. Quand il croise le mien, elle détourne la tête presque aussitôt.

Ce geste me frappe plus que je ne l’aurais cru.

Je me surprends à analyser sa posture, son expression, comme si j’essayais de déchiffrer ce qu’elle pense. Mauvaise habitude. Dans mon monde, comprendre les gens est une compétence utile. Ici, ça devient un piège.

Je m’approche pourtant.

Pas trop vite. Pas avec l’assurance de celui qui sait qu’il plaît. Simplement comme quelqu’un qui n’a pas envie de rester à distance plus longtemps.

— Tout va bien ? demandé-je en me plaçant à côté d’elle.

Elle sursaute légèrement avant de se tourner vers moi. Ses yeux cherchent les miens, puis s’y accrochent un instant de trop.

— Oui, répond-elle. Et toi ?

— Pareil.

Mensonge poli. Rien n’est vraiment “pareil” depuis que je l’ai rencontrée.

Camille nous observe avec une attention non dissimulée, un sourire amusé aux lèvres. Je la salue d’un signe de tête. Elle me rend mon salut avant de se tourner vers Élise.

— Je vais chercher un autre verre, dit-elle. Tu veux quelque chose ?

— Non, merci.

Elle s’éloigne, beaucoup trop satisfaite de laisser un silence s’installer entre nous.

Je me racle la gorge.

— Elle a l’air… protectrice.

Élise sourit légèrement.

— Curieuse, surtout.

Je hoche la tête. Je comprends. Dans un autre contexte, j’aurais sans doute été exactement comme elle.

Nous restons côte à côte, sans nous toucher. Le bar est bondé, les gens se frôlent, se bousculent. Pourtant, un espace invisible semble exister entre nous. Comme si nous étions d’accord, sans en avoir parlé, pour maintenir une certaine distance.

— Tu danses ? demandé-je finalement.

— Un peu.

— Pas trop, donc.

Elle hausse les épaules.

— J’observe.

Cette réponse me plaît plus qu’elle ne le devrait.

— Moi aussi.

Elle me regarde, intriguée.

— Vraiment ?

— Oui. J’aime comprendre les gens avant de m’approcher.

Elle esquisse un sourire, mais je perçois une tension derrière. Comme si cette phrase confirmait quelque chose qu’elle pressentait déjà.

— Et tu as compris quelque chose, ce soir ?

La question est posée calmement. Trop calmement.

Je pourrais répondre avec légèreté. Éluder. Mais quelque chose dans son regard m’en empêche.

— Que tu n’es pas là par hasard, dis-je finalement.

Elle fronce légèrement les sourcils.

— Personne n’est jamais vraiment là par hasard.

Je retiens un sourire. Elle a raison. Et cette lucidité me touche.

La musique change, plus lente. Un rythme plus lourd, plus enveloppant. Autour de nous, des couples se forment presque instinctivement. La proximité devient inévitable.

Quelqu’un me heurte légèrement, me poussant vers elle. Mon bras effleure le sien.

Contact bref. Électrique.

Je me fige une fraction de seconde avant de reculer.

— Pardon.

— Ce n’est rien, répond-elle aussitôt.

Mais son souffle est un peu plus court.

Je me surprends à me demander ce qui se passerait si je ne reculais pas la prochaine fois. Si je laissais mon corps décider à ma place. Cette pensée me met mal à l’aise.

Je n’ai pas le droit de perdre le contrôle. Pas ici. Pas avec elle.

— Tu devrais danser, dis-je, plus abruptement que je ne l’aurais voulu.

Elle me regarde, surprise.

— Et toi ?

— Moi, je préfère regarder.

Mensonge à moitié. Ce soir, je préfère surtout éviter de me retrouver trop près d’elle.

Camille revient, brisant la tension.

— Tout va bien ici ? demande-t-elle innocemment.

— Parfaitement, répond Élise.

Je hoche la tête, d’accord avec elle en apparence seulement.

Parce que la vérité est plus simple et plus dangereuse à la fois :

je suis en train de lutter contre une attirance que je refuse encore de reconnaître, et chaque minute passée près d’Élise rend cette résistance un peu plus fragile.

 

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