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Trop prés pour rester indifférente

Penulis: Karen.duv
last update Terakhir Diperbarui: 2026-01-15 22:27:51

Elise

La musique m’engloutit à nouveau dès que je pose un pied sur la piste.

Camille me rejoint presque aussitôt, un sourire en coin, les yeux brillants d’une curiosité qu’elle ne prend même plus la peine de cacher. Elle me dévisage comme si j’avais changé de couleur ou d’allure en l’espace de quelques minutes.

— Tu étais où ? me crie-t-elle à l’oreille.

— Dehors, je réponds simplement.

Elle penche la tête, sceptique.

— Toute seule ?

Je sais très bien ce qu’elle sous-entend. Je pourrais mentir. Ce serait plus simple. Mais quelque chose en moi refuse.

— Non.

Son sourire s’élargit.

— Ah.

Ce simple son contient trop de choses à la fois : la taquinerie, la victoire, la certitude que je ne lui dis pas tout. Elle ne pose pas d’autres questions, et je lui en suis presque reconnaissante.

Je danse. Ou du moins, j’essaie.

Mon corps suit le rythme, mes hanches se balancent, mes bras se lèvent, mais mon esprit est ailleurs. Je sens encore la fraîcheur du mur contre mon dos, la proximité d’Alexander, cette façon qu’il avait de se tenir près sans jamais me toucher. Comme s’il savait exactement où se trouvait la limite. Comme s’il choisissait consciemment de ne pas la franchir.

Et ça m’agace.

Je n’ai pas l’habitude d’être celle qui se pose autant de questions. D’habitude, les choses sont simples. Une rencontre, un regard, une attirance — ou non. Là, tout est flou. Il n’a rien fait de déplacé. Rien dit de trop. Et pourtant, je me sens déséquilibrée.

Je l’aperçois à l’autre bout de la piste.

Il est avec ses amis, un verre à la main, détendu en apparence. Mais je reconnais maintenant cette posture maîtrisée, ce calme qui n’est jamais totalement naturel. Il écoute plus qu’il ne parle. Observe. Analyse.

Son regard croise le mien.

Juste une seconde.

Mais ça suffit pour que mon ventre se noue légèrement.

Je détourne les yeux aussitôt, me concentrant sur Camille qui danse avec une énergie débordante, insouciante. J’aimerais retrouver cette légèreté. Ne pas me demander pourquoi ce type, rencontré il y a à peine une heure, occupe déjà autant d’espace dans ma tête.

— Élise, me lance Camille en riant, tu es ailleurs.

— N’importe quoi.

— Si. Tu as ce regard-là.

— Quel regard ?

— Celui qui dit “je prétends que tout va bien, mais en réalité je réfléchis trop”.

Je grimace.

— Merci pour l’analyse.

Elle hausse les épaules.

— C’est mon talent.

Je souris malgré moi. Puis je bois une gorgée, espérant que l’alcool suffira à dissiper cette tension étrange. Ça ne fonctionne pas. Mon attention revient sans cesse vers lui, comme un aimant.

Une femme s’approche d’Alexander. Brune, confiante, clairement intéressée. Elle se penche vers lui pour parler, une main effleurant son bras.

Je me raidis.

Réaction idiote. Injustifiée.

Je n’ai aucun droit de ressentir quoi que ce soit. Je ne le connais pas. Il ne me doit rien. Et pourtant, une pointe désagréable me serre la poitrine. Ce n’est pas de la jalousie, me dis-je aussitôt. Juste… de la curiosité mal placée.

Il lui répond poliment. Son sourire est cordial, distant. Je le vois se décaler légèrement, créant une barrière subtile. Ce détail me frappe plus que je ne voudrais l’admettre.

Pourquoi est-ce que je remarque ce genre de choses ?

Je me force à regarder ailleurs. À danser. À rire. À vivre l’instant présent. Mais tout semble un peu décalé, comme si j’observais la soirée à travers une vitre.

Quand la musique ralentit, Camille me saisit la main.

— Viens, on va au bar.

Je la suis sans discuter. Le bruit est moins assourdissant là-bas. Je m’appuie contre le comptoir, inspirant profondément.

— Tu as rencontré quelqu’un, ce soir ? demande-t-elle, plus sérieuse.

Je prends une seconde avant de répondre.

— Peut-être.

— Peut-être ?

— Je ne sais pas, Camille. Il est… différent.

— Différent comment ?

Je cherche mes mots.

— Il ne cherche pas à impressionner. Il n’insiste pas. Il observe. Et ça me déstabilise.

Elle me regarde avec un sourire doux.

— C’est souvent comme ça que ça commence.

Je secoue la tête.

— Non. Justement. Je ne veux pas que ça commence.

Parce que je sens que si je laisse faire, je risque de perdre quelque chose que je ne suis pas prête à abandonner : ma tranquillité d’esprit.

Et pourtant…

Quand je relève les yeux et que je le vois s’approcher du bar, seul, son regard cherchant instinctivement le mien, je comprends une chose essentielle, même si je refuse encore de la formuler clairement :

Quoi que je fasse, il est déjà trop tard pour prétendre que cette rencontre ne me touche pas.

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