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Le refuge n’est pas une maison. C’est un fantôme de pierre planté dans le flanc d’une colline, noyé dans les brumes permanentes d’une vallée oubliée du nord. Une ancienne station de relais pour télécommunications, abandonnée depuis des décennies, que Silas a transformée en bunker discret. Vue de l’extérieur, c’est une ruine env
Un murmure parcourt les rangs des nouveaux arrivants. Des regards s'échangent, chargés de sous-entendus. Des sourcils se lèvent.Une femme aux cheveux courts, taillés à la garçonne, lâche un rire sec. Un rire qui n'a rien de joyeux.— Oméga ? Pour une civile ? Tu déconnes, Phoenix.Silas ne répond pas. Il attend. Immobile. Impassible.La femme s'avance. Elle est plus petite que les autres , peut-être un mètre soixante , mais sa présence est une lame. Chacun de ses mouvements est précis, économique, comme si elle comptait ses calories. Des tatouages couvrent ses bras, des motifs géométriques qui disparaissent sous ses manches. Ses yeux sont d'un vert presque jaune, couleur de venin, couleur de prédatrice.Elle s'arrête devant moi. Me dévisage. Me toise. M'inspecte comme un cheval qu'on veut acheter.&m
AlyssaLa brume n'est jamais vraiment partie.Elle s'accroche aux arbres comme une seconde peau, rampant entre les troncs, avalant l'horizon, étouffant le ciel. Trois jours qu'elle est là, dense, laiteuse, impénétrable. Trois jours qu'elle nous enveloppe dans son linceul gris, comme si le monde extérieur n'existait plus.Mais ce matin, quelque chose dans l'air a changé.Une vibration. Un présage. Un frémissement qui n'a rien à voir avec le vent.Je le sens dans mes os avant même de l'entendre.Le bruit lointain des moteurs. Plusieurs véhicules. Pas des voitures ordinaires , des moteurs graves, rauques, des bêtes mécaniques qui mordent la terre humide. Des SUV blindés, au son des cylindrées. J'ai appris à les reconnaître, à force. La musique de la mort qui arrive.Je suis à la fenêtre de ma chambre depuis l'aube. Je n'ai pas dormi. Pas vraiment. Chaque craquement du bois, chaque souffle de vent, chaque battement de mon propre cœur me semblait trop bruyant.Silas est déjà debout devant
AlyssaLe mot « compromission » tombe comme une pierre dans l’eau stagnante de la pièce. Silas ne bronche pas.— Prévisible. Le Conseil ?— Silencieux pour l’instant. Valerius joue sa carte. Mais sans preuve tangible de votre… défection, son influence a ses limites. L’actif est la clé.Leurs regards se tournent à nouveau vers moi, même à travers les kilomètres et la distorsion électronique. Je suis la preuve. La preuve vivante de sa « compromission ».— L’actif reste avec moi, déclare Silas, sa voix laissant percer une nuance de froideur définitive. C’est non négociable.Un silence à l’autre bout du fil. Un silence lourd de sous-entendus, de questions non posées.
AlyssaLe refuge n’est pas une maison. C’est un fantôme de pierre planté dans le flanc d’une colline, noyé dans les brumes permanentes d’une vallée oubliée du nord. Une ancienne station de relais pour télécommunications, abandonnée depuis des décennies, que Silas a transformée en bunker discret. Vue de l’extérieur, c’est une ruine envahie de lierre et de mousse, aux vitres brisées. À l’intérieur, c’est autre chose.Des générateurs au diesel ronronnent quelque part dans les entrailles du bâtiment, fournissant une électricité parcimonieuse. Des rangées d’écrans noirs et de consoles désaffectées côtoient des caisses de matériel militaire, des armes soigneusement huilées, des packs de nour
Le moteur démarre avec un rugissement satisfaisant. Elle règle le siège, ses mains fines sur le volaut large. Elle prend une profonde inspiration.— Où ?— Nord. Pour l’instant. Juste… avance.Elle passe la première, et la Land Rover s’arrache lentement de sa cache, écrasant les fougères. Nous nous enfonçons dans un étroit chemin forestier, à peine plus qu’une piste de gibier.Le trajet est un cauchemar éveillé. Le véhicule tangue et rebondit sur les racines et les pierres. Chaque secousse envoie des vagues de douleur à travers mon corps. Je me tiens la tête, appuyé contre la vitre froide, les yeux mi-clos, mais mon esprit est en alerte maximale. J’écoute. Le moteur. Les bruits de la forêt. Sa respiration, tendue mais réguli&egra
SilasLa douleur est une boussole. Elle pointe vers chaque blessure, chaque muscle déchiré, chaque suture mentale qui menace de céder. La coupure au front coule dans mon œil, un filet tiède et salé que j’essuie d’un revers de main tremblante. Mon épaule lance des élancements aigus à chaque pas, probablement foulée lors d’une des prises. Mais c’est une douleur propre. Celle de la survie.Celle qui brûle en moi, plus profonde, c’est autre chose. C’est la rage froide de voir mon sanctuaire violé. C’est l’humiliation d’avoir été acculé, forcé de jouer le lâche devant elle. Et c’est… autre chose encore. Une sensation de brûlure là où son corps soutient le mien, où sa peau nue sous ma chemise trop grande frotte contre mon bras. Elle est solide. Plus solide que je n’aurais jamais osé l’imaginer. Le poids du cendrier ensanglanté qu’elle a levé sans hésiter pèse dans l’air entre nous, plus lourd que n’importe quel aveu.Nous sortons par la porte-fenêtre éventrée. Le jardin, autrefois un lieu d







