Home / Romance / Ex-Mari, je ne suis plus tienne / Chapitre 2 – La robe rouge

Share

Chapitre 2 – La robe rouge

Author: KellyKarly
last update publish date: 2026-07-08 09:13:18

Point de vue : James

Je ne voulais pas venir. Lucas m’a traîné de force en agitant le carton d’invitation comme un éventail : « Gala de charité, James.

Un Sourire pour les Enfants. Ta mère insiste, le nom des Muller doit apparaître sur la liste des donateurs. » J’ai cédé par lassitude.

Depuis six mois, je cède à tout par lassitude. Le travail, les mondanités, les nuits sans sommeil.

Je flotte dans une ouate grise, détaché de tout, incapable de nommer ce vide qui m’habite.

La salle de bal de l’hôtel Impérial est un écrin de velours et de cristal.

Des hommes en smoking échangent des poignées de main viriles, des femmes en robe longue rient derrière des flûtes de champagne.

Le cliquetis des couverts et le murmure des conversations bourdonnent autour de moi comme une ruche lointaine.

Je longe le buffet sans faim, accepte une coupe sans soif.

Lucas me parle de dossiers, je hoche la tête sans écouter.

Mon regard flotte sur les invités, glisse sur les épaules nues, les plastrons blancs, les orchidées en centre de table. Et puis mon cœur s’arrête.

Une silhouette.

Une robe rouge qui épouse des hanches que je connais par cœur, un dos nu, une cascade de cheveux sombres relevés en chignon lâche. Elisabeth.

Ma main se crispe sur le verre.

Elle se tient au bras d’un homme grand, brun, un sourire tranquille au visage. L’homme porte la main à sa taille avec l’aisance de celui qui en a le droit.

Elisabeth lève les yeux vers lui, rit à une parole murmurée.

Ce rire, je le reconnais, je l’ai entendu autrefois, rarement, quand elle feuilletait un magazine dans le salon ou quand Sophie venait dîner. Mais jamais, jamais pour moi.

La respiration me manque. Je reste figé, Lucas me secoue le bras.

— James ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Je ne réponds pas. Elisabeth traverse la salle, salue un couple, distribue des sourires lumineux.

Elle n’est plus la femme qui se tenait un pas derrière moi dans les galas d’autrefois, le regard baissé, le sourire timide. Elle est un soleil. Un soleil qui ne m’appartient plus.

— C’est Elisabeth ? souffle Lucas.

— Oui.

— Elle est… différente.

Différente.

Le mot est faible. Elle est transfigurée. La maigreur de notre dernière année de mariage a laissé place à des courbes pleines, son port de tête est celui d’une reine.

La robe rouge épouse chacun de ses mouvements comme une déclaration de guerre.

À quel moment est-elle devenue cette femme ? Et comment ai-je pu vivre trois ans à ses côtés sans la voir ?

Un violoniste entame une valse lente. L’homme enlace Elisabeth. Ils dansent, les yeux dans les yeux.

Les jambes me manquent. Je m’adosse à une colonne, le verre de champagne penche dangereusement dans ma main.

Des flashs crépitent.

Des photographes immortalisent les invités de marque.

Un journaliste s’approche de Lucas pour une déclaration, je l’écarte d’un geste. Je n’ai qu’une obsession : ne pas la perdre de vue.

La valse s’achève.

Elisabeth rit de nouveau, un rire qui monte du ventre, libre et cristallin. L’homme lui baise la main. Elle lui caresse la joue du bout des doigts. Mon ventre se tord. Une douleur brute, inattendue, monte dans ma poitrine.

Je ne suis pas jaloux, me dis-je. Je ne suis pas censé être jaloux. Elle est mon ex-femme. Un contrat honoré, une page tournée. Pourquoi mes doigts tremblent-ils ? Pourquoi ma gorge brûle-t-elle ?

— Docteur Marc Delacroix, murmure Lucas en lisant le programme. Oncologue pédiatrique. C’est lui, son cavalier. Il paraît qu’il dirige une aile entière de l’hôpital des Enfants. Un type brillant, apparemment.

Brillant. Médecin. Tout ce que je ne suis pas. Je vide ma coupe d’un trait. L’alcool me brûle la gorge.

— Tu veux que je te présente ? propose Lucas.

— Non.

Trop tard. Elisabeth tourne la tête et nos regards se croisent. Le temps s’étire. Elle ne rougit pas, ne détourne pas les yeux.

Elle m’adresse un sourire poli, impersonnel, celui qu’on réserve à une connaissance lointaine croisée au supermarché. Puis elle se retourne vers son compagnon, pose une main légère sur son cœur, et l’entraîne vers le fond de la salle.

Je reste cloué sur place. Ce sourire me brûle plus qu’une gifle. Il n’y a ni colère ni amertume. Rien. Un néant poli. Elle me considère comme un étranger.

Et c’est insupportable.

— Viens, on va saluer le comité, insiste Lucas. Tu ne vas pas rester planté là toute la soirée.

Je me laisse guider. Je serre des mains, prononce des banalités, le cerveau en bouillie.

Le parfum d’Elisabeth flotte dans l’air, amande et fleur d’oranger. Je la suis à distance, malgré moi, le regard aimanté par cette robe rouge.

Je la vois remettre une enveloppe au comité, sourire au photographe, glisser son bras sous celui de Delacroix.

Elle est heureuse. Vraiment heureuse. Et ce bonheur sans moi me transperce comme une lame chauffée à blanc.

Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?

Je n’ai jamais demandé le divorce. C’est elle. Elle a attendu la fin du contrat, elle a posé les papiers devant moi avec la même expression sereine qu’aujourd’hui.

Je les ai signés sans discuter. Je croyais que c’était ce que je voulais. Je croyais que notre mariage n’était qu’une formalité, une alliance stratégique entre deux familles, un devoir imposé par ma mère.

Je ne savais pas que son absence creuserait un trou si grand que plus rien ne le comble.

La soirée s’achève. Les invités se pressent vers la sortie. J’aperçois Marc Delacroix déposer un baiser sur la tempe d’Elisabeth.

Elle ferme les yeux, un demi-sourire aux lèvres. J’enfonce les poings dans mes poches. Lucas m’observe, silencieux pour une fois.

— Tu veux qu’on aille boire un verre ailleurs ?

— Non. Rentre sans moi.

Je m’attarde dans le hall désert. Le personnel débarrasse les tables, empile les chaises.

Les fleurs fanent déjà. Je m’assois sur un canapé en velours, les coudes sur les genoux, le visage enfoui dans mes mains.

Le silence de l’hôtel vide me renvoie en pleine figure une vérité que j’ai toujours fuie : je viens de perdre la seule femme qui m’ait aimé sincèrement. Et je ne sais pas encore comment je vais survivre à cette révélation.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Ex-Mari, je ne suis plus tienne    Chapitre 77 — Le Pique-Nique

    Point de vue : James MullerCela fait une semaine qu’Elisabeth a rompu avec Marc.Je l’ai appris par Lucas, qui l’a su de Sophie. Depuis, je n’ai pas osé lui envoyer le moindre message.Je ne voulais surtout pas qu’elle pense que je profitais de sa rupture pour revenir dans sa vie.Alors j’ai attendu.Chaque jour, j’ai regardé mon téléphone un peu trop souvent, avant de me rappeler que je n’avais aucune raison de m’attendre à recevoir un message d’elle.Et puis, aujourd’hui, mon téléphone sonne.Son nom apparaît sur l’écran.Elisabeth.Mon cœur rate presque un battement.Je décroche aussitôt.— James ?Sa voix est calme, posée. Rien à voir avec la femme bouleversée que j’ai connue ces dernières semaines.— Oui ?— Tu es libre cet après-midi ?Je me redresse dans mon fauteuil.— Oui. Pourquoi ?Un court silence.— Je pensais qu’on pourrait… faire quelque chose. Ensemble. Si tu veux.Je ferme les yeux une seconde.Elle vient de me proposer de passer du temps avec moi.Pourtant, je m’eff

  • Ex-Mari, je ne suis plus tienne    Chapitre 76 — Le Choix du Cœur

    Point de vue : Elisabeth ToridMarc est assis en face de moi, dans ce petit café près de l’hôpital où nous avons nos habitudes.Il tient sa tasse entre ses deux mains. La chaleur du café lui réchauffe les doigts, mais son regard reste posé sur moi. Doux. Patient.C’est l’homme que j’aurais dû aimer complètement.L’homme que beaucoup de femmes auraient choisi sans hésiter.Et pourtant, assise devant lui, je sens mon cœur se serrer.— Tu as pris ta décision ? demande-t-il calmement.Je baisse les yeux vers ma tasse. Je remue distraitement le café, alors qu’il n’y a plus de sucre à faire fondre depuis longtemps.Mon cœur bat beaucoup trop vite.Comment annoncer à quelqu’un d’aussi bon qu’on ne peut pas lui donner ce qu’il mérite ?— Marc, je…— Attends.Sa voix reste douce. Il ne cherche pas à me brusquer.Il pose sa tasse sur la table et se penche légèrement vers moi.— Avant que tu ne dises quoi que ce soit, laisse-moi parler.Je relève lentement les yeux.Il inspire profondément.— Je

  • Ex-Mari, je ne suis plus tienne    Chapitre 75 — Un nouveau départ

    Point de vue : James MullerTrois semaines.Cela fait trois semaines depuis la visite d’Elisabeth.Trois semaines que je me lève tôt, que je travaille jusqu’à tard et que j’essaie de construire quelque chose avec presque rien.Lucas m’a donné un sérieux coup de main. Grâce à lui, j’ai décroché mes deux premiers clients : deux associations de quartier qui avaient besoin d’aide pour remettre de l’ordre dans leur gestion.Ce n’est pas grand-chose. Mais pour moi, c’est énorme. Chaque facture que j’envoie, chaque dossier que je termine me donne l’impression de reprendre un peu le contrôle de ma vie. Ce matin-là, je suis assis devant mon ordinateur lorsque mon téléphone sonne.Je décroche sans regarder le numéro.— Monsieur Muller ?La voix d’une femme.— Oui, c’est moi.— Je suis Claire Beaumont, directrice de la fondation « Un Sourire pour les Enfants ». Elisabeth m’a parlé de vous. Elle dit que vous pourriez nous aider à restructurer notre département financier.Je reste silencieux une s

  • Ex-Mari, je ne suis plus tienne    Chapitre 74 – Reconstruire

    Point de vue : Elisabeth ToridLe lendemain, je retourne voir James.Cette fois, je ne viens pas les mains vides. J'ai acheté des croissants encore tièdes et deux cafés en chemin. Quand il ouvre la porte, je dois retenir un sourire. Ses cheveux sont complètement en bataille et sa chemise est froissée, comme s'il l'avait enfilée à la hâte.Il me regarde quelques secondes, visiblement surpris.— Tu es revenue.Je lève légèrement le sac que je tiens dans ma main.— Je t'avais dit que je reviendrai.Il s'efface aussitôt pour me laisser entrer. À l'intérieur, je remarque tout de suite une différence.L'appartement est plus rangé que la veille. Les dossiers qui traînaient partout sont maintenant empilés proprement sur la table. La vaisselle a disparu de l'évier. Même le canapé semble avoir retrouvé une apparence normale.Je regarde autour de moi.— Tu as rangé.Il passe une main dans ses cheveux, un peu gêné.— J'ai pensé que tu reviendrais peut-être.Il hausse les épaules.— Je ne voulais

  • Ex-Mari, je ne suis plus tienne    Chapitre 73 – Face à Face

    Point de vue : James MullerQuand quelqu'un frappe à ma porte, je pense immédiatement à Lucas ou à un voisin.Certainement pas à elle.Je reste quelques secondes sans bouger avant d'aller ouvrir.Et lorsque je découvre Elisabeth sur le palier, j'en oublie presque de respirer.Elle porte un simple jean et un pull beige. Ses cheveux sont attachés en queue de cheval, quelques mèches encadrant son visage.Elle est magnifique.Elle l'a toujours été.— Bonjour, dit-elle doucement.Sa voix me ramène à la réalité.Je reste planté là une seconde de trop avant de m'écarter.— Entre. S'il te plaît.Elle hésite, puis franchit le seuil.Son regard parcourt lentement mon appartement.Le petit canapé un peu défraîchi. La table de cuisine couverte de dossiers. Les murs presque vides. Quelques cartons encore posés dans un coin.Elle observe tout cela sans faire de remarque désagréable.— C'est… simple, dit-elle finalement.Je laisse échapper un petit sourire.— C'est honnête.Je referme la porte derri

  • Ex-Mari, je ne suis plus tienne    Chapitre 72 – Les Ruines du Passé

    Point de vue : Elisabeth ToridSophie m'appelle juste après le déjeuner.À peine ai-je décroché que je sens quelque chose dans sa voix. Elle parle vite, mais son ton reste grave, comme si elle hésitait entre me donner une bonne ou une mauvaise nouvelle.— Elisabeth, tu es assise ?Je fronce les sourcils.— Oui. Pourquoi ?Elle prend une inspiration.— Victoria a été évincée du conseil d'administration. James a tout révélé. En conférence de presse.Je reste figée.Mes doigts se resserrent autour du téléphone.— Quoi ?— C'est partout dans les journaux. Il y a même un gros titre : « Scandale chez les Muller : la matriarche déchue ». James a présenté des preuves de manipulations, de faux témoignages… Il a tout balancé.Je me lève machinalement, puis m'assois sur la chaise la plus proche avant que mes jambes ne décident de trembler pour de bon.— Tout ?— Oui. Même ce qui concernait Clara.Mon cœur accélère.Clara.Après toutes ces années, son nom suffit encore à faire remonter une douleu

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status