LOGINChapitre 4
Le lendemain matin, je suis réveillée par des coups frénétiques à ma porte. Je titube hors du lit, encore ensommeillée, et ouvre sans réfléchir.
Anaïs se tient devant moi, ses yeux rouges, son maquillage coulé. Elle a l'air d'avoir passé une nuit terrible.
— Tu as reçu mon message ? crache-t-elle sans préambule.
Je cligne des yeux, complètement perdue.
— Quoi ?
— Le mot. Je sais que tu l'as reçu. Et tu devrais l'écouter.
Elle entre dans mon appartement sans y être invitée, se retournant pour me faire face.
— Matthieu n'est pas celui que tu crois. Il est... il est compliqué. Dangereux, même.
— Anaïs, il est dix heures du matin...
— Je l'aime ! crie-t-elle soudain, des larmes coulant sur ses joues. Je l'aime depuis des années, et il me revient toujours. Toujours. Peu importe combien de femmes passent dans sa vie.
Sa voix se brise.
— Et elles passent toujours, Léa. Toutes. Tu n'es qu'une de plus. Dans un mois, deux peut-être, il sera revenu vers moi, et tu seras juste un autre nom dans sa longue liste.
Je devrais ressentir de la pitié. De la compassion. Mais tout ce que je ressens, c'est de l'agacement.
— Anaïs, je suis désolée que tu souffres. Vraiment. Mais ce n'est pas mon problème.
— Ça le sera quand il te brisera le cœur !
— Peut-être. Ou peut-être pas. Mais c'est mon choix à faire. Pas le tien.
Je me dirige vers la porte et l'ouvre.
— Maintenant, s'il te plaît, va-t'en. J'ai un déjeuner prévu.
Elle me fixe, incrédule, puis éclate d'un rire amer.
— Tu es déjà accro. Mon Dieu, il t'a vraiment bien eue.
Elle passe devant moi, s'arrêtant sur le seuil.
— Ne dis pas que je ne t'ai pas prévenue.
Et elle part, me laissant avec un malaise qui refuse de se dissiper.
À midi pile, Matthieu frappe à ma porte. Quand j'ouvre, mon souffle se bloque. Il porte un costume sombre impeccablement coupé, la veste jetée négligemment sur son épaule. Ses yeux me parcourent de la tête aux pieds, s'attardant sur la robe d'été légère que j'ai choisie jaune pâle, bretelles fines, boutons sur le devant.
Des boutons faciles à défaire.
Son sourire devient prédateur.
— Parfait, murmure-t-il.
— Quoi ?
— Ta robe. Elle est parfaite.
Il s'avance, une main glissant possessivement autour de ma taille pour m'attirer contre lui.
— Et exactement ce que j'avais demandé. Facile à retirer.
Ses doigts effleurent le premier bouton, et je retiens mon souffle.
— Matthieu... les voisins...
— Qu'ils regardent, murmure-t-il contre mes lèvres avant de m'embrasser.
C'est un baiser lent, profond, qui me fait oublier mes inquiétudes, mes doutes, l'avertissement d'Anaïs. Tout disparaît sauf lui, sauf ses mains sur moi, sauf sa bouche qui dévore la mienne.
Quand il se retire, nous sommes tous les deux à bout de souffle.
— Bonjour, dit-il avec un sourire en coin.
— Bonjour, je réponds, étourdie.
— Prête pour le meilleur déjeuner de ta vie ?
— Présomptueux, encore.
— Non. Simplement confiant.
Il me tend la main.
— Viens. J'ai quelque chose de spécial prévu.
Je prends sa main, et nous descendons ensemble les escaliers, nos doigts entrelacés.
Je ne sais pas où tout cela va nous mener. Je ne sais pas si Anaïs a raison, si je suis en train de faire une terrible erreur. Mais quand Matthieu me regarde comme ça, comme si j'étais la seule femme au monde, je m'en fiche. Pour l'instant, je veux juste profiter.
Le reste, on verra bien.
La voiture de Matthieu est exactement ce à quoi je m'attendais : une Audi noire élégante qui sent le cuir et son parfum. Il conduit d'une main assurée à travers les rues de Paris, l'autre posée sur ma cuisse de façon possessive.
— Où allons-nous ? je demande alors qu'il s'engage sur le périphérique.
— C'est une surprise.
Ses doigts tracent des cercles paresseux sur ma peau nue, remontant dangereusement haut sous l'ourlet de ma robe.
— Tu aimes les surprises, Léa ?
— Ça dépend.
— De quoi ?
— De qui les organise.
Il me lance un regard de côté, ses yeux sombres brillant d'amusement.
— Et tu me fais confiance ?
La question est plus lourde qu'elle n'en a l'air. Je pense à Anaïs ce matin, à son avertissement, à ses larmes. À la note glissée sous ma porte.
— Je ne sais pas encore, je réponds honnêtement.
Son sourire s'élargit.
— Bonne réponse. La confiance, ça se mérite. Mais je compte bien la gagner.
Sa main remonte encore un peu, son pouce frôlant le bord de ma culotte. Mon souffle s'accélère.
— Matthieu...
— Oui ?
Son ton est innocent, mais ses doigts sont tout sauf ça.
— On est dans une voiture. En plein jour.
— Et alors ? Les vitres sont teintées.
Il s'engage sur une petite route bordée d'arbres, nous éloignant de la ville. La campagne française s'étend autour de nous, verdoyante et paisible.
— Détends-toi, murmure-t-il. Profite du voyage.
Mais comment me détendre quand sa main fait des choses qui me rendent folle ? Quand chaque caresse envoie des vagues de chaleur à travers mon corps ?
Après une vingtaine de minutes, il quitte la route principale et s'engage dans un chemin privé. Au bout se dresse une magnifique maison de campagne en pierre, entourée de vignes.
— C'est... magnifique, je souffle.
— C'est à moi. Enfin, c'était la maison de campagne de mes grands-parents. J'y viens quand j'ai besoin de m'échapper de Paris.
Il se gare devant la maison et se tourne vers moi, son regard intense.
— Je n'amène jamais personne ici. Jamais.
Mon cœur fait un bond.
— Pourquoi moi ?
— Parce que depuis que je t'ai vue, je ne peux penser à rien d'autre. Parce que je voulais t'avoir pour moi tout seul. Sans interruptions. Sans urgences au restaurant. Sans...
Il s'interrompt, sa mâchoire se crispant.
— Sans Anaïs qui débarque ?
Il soupire.
— Elle est venue te voir, n'est-ce pas ?
— Ce matin. Elle m'a dit que j'étais juste une de plus. Que tu finirais par retourner vers elle.
Matthieu me prend le visage entre ses mains, me forçant à le regarder.
— Écoute-moi bien, Léa. Ce qui s'est passé entre Anaïs et moi est terminé depuis longtemps. C'était une erreur dès le début. Elle refuse de l'accepter, mais ce n'est pas mon problème. Et ce ne sera pas le tien non plus.
— Elle t'aime.
— Elle aime l'idée de moi. Le chef célèbre. Le statut. Pas l'homme réel.
Ses pouces caressent mes joues.
— Toi, tu me regardes différemment. Comme si tu voyais... plus.
— Je ne te connais même pas vraiment.
— Alors laisse-moi te montrer qui je suis.
Il sort de la voiture et vient m'ouvrir la portière, me tendant la main. Je la prends, et il m'attire contre lui, m'embrassant profondément avant de murmurer contre mes lèvres :
— Aujourd'hui, pas de masques. Pas de façades. Juste toi et moi.
L'intérieur de la maison est chaleureux et accueillant. Des poutres apparentes, des murs en pierre, des meubles anciens mais confortables. C'est personnel d'une façon que son appartement parisien ne l'est pas.
— C'est magnifique, je dis en explorant le salon. On sent l'histoire dans ces murs.
— Ma grand-mère adorait cette maison. C'est elle qui m'a appris à cuisiner, ici même, dans cette cuisine.
Il me guide vers une grande cuisine rustique avec une immense cheminée et un vieux fourneau.
— Elle disait que la nourriture, c'était de l'amour qu'on peut goûter. Que chaque plat devait raconter une histoire.
Il y a quelque chose de vulnérable dans sa voix, quelque chose qui me touche profondément.
— Elle te manque ?
— Tous les jours. Elle est morte il y a cinq ans. Cette maison était dans un état terrible, mais je l'ai restaurée. Je ne pouvais pas la laisser tomber en ruine.
Il ouvre le réfrigérateur, révélant une sélection impressionnante d'ingrédients frais.
— J'ai tout préparé hier soir. Enfin, entre deux urgences au restaurant.
— Tu as pris le temps de préparer un déjeuner pour moi ?
Il se retourne, me regardant avec une intensité qui me coupe le souffle.
— J'aurais déplacé des montagnes pour aujourd'hui, Léa. Un peu de shopping, ce n'était rien.
Mon cœur se serre. C'est trop. Trop intense, trop rapide. Et pourtant, je ne veux pas que ça s'arrête.
— Laisse-moi cuisiner pour toi, dit-il en remontant ses manches. Assieds-toi et regarde-moi travailler.
— Je peux aider.
— Non. Aujourd'hui, tu es mon invitée. Ma seule. Ma... précieuse invitée.
Il hésite sur le dernier mot, comme s'il voulait dire autre chose.
Je m'installe sur un tabouret au comptoir, un verre de vin blanc à la main, et je le regarde cuisiner. C'est hypnotisant. Chaque geste est précis, élégant, presque comme une danse. Il hache, mélange, assaisonne avec une confiance née de milliers d'heures de pratique.
— Parle-moi de toi, dit-il sans lever les yeux de sa planche à découper. Tout ce que tu veux que je sache.
— Qu'est-ce que tu veux savoir ?
— Tout. Ta famille. Ton enfance. Tes rêves. Tes peurs.
C'est étrange, cette intimité. Nous nous sommes embrassés, touchés, désirés, mais nous ne savons presque rien l'un de l'autre.
— Je suis fille unique, je commence. Mes parents sont enseignants dans le sud. Ils m'adorent mais ne comprennent pas vraiment mes choix. Je travaille dans le marketing digital. C'est stable, bien payé, mais...
— Mais ?
— Mais ce n'est pas une passion. C'est juste... un travail.
Il lève les yeux vers moi, et je vois de la compréhension dans son regard.
— Tu veux plus.
— Je ne sais même pas ce que je veux. C'est pathétique, non ? J'ai trente ans et je n'ai aucune idée de ce que je veux vraiment de ma vie.
— Ce n'est pas pathétique. C'est humain.
Il verse quelque chose dans une poêle qui grésille immédiatement, libérant un arôme divin.
— Moi, j'ai toujours su. Depuis que j'ai cinq ans et que ma grand-mère m'a laissé casser des œufs dans un bol. La cuisine, c'était... magique. Créer quelque chose de beau et de délicieux à partir de rien. Voir les gens sourire, gémir de plaisir en goûtant ce que j'avais fait.
Il se tourne vers moi, une lueur dans les yeux.
— C'est un pouvoir, tu sais. Toucher les gens à travers leurs papilles. Les émouvoir. Les séduire.
— C'est ce que tu fais ? Tu me séduis avec ta cuisine ?
Son sourire est carnassier.
— Oh, je te séduis de bien d'autres façons, chérie. La cuisine n'est qu'un... bonus.
Il s'approche de moi, se glissant entre mes jambes. Ses mains se posent sur mes cuisses, remontant lentement.
— Mais oui, j'espère te séduire avec tout ce que je suis. Chaque partie de moi.
Il se penche, sa bouche frôlant la mienne.
— Ça marche ?
— Trop bien, j'admets dans un souffle.
Il m'embrasse, lentement, profondément, et je me perds dans la sensation. Ses mains remontent sous ma robe, explorant, caressant. Je gémis contre sa bouche, mes doigts s'agrippant à ses épaules.
" Ding ! "
Le minuteur du four nous interrompt. Matthieu jure doucement, arrachant un rire de ma gorge.
— Continue, je murmure. Laisse brûler.
— Jamais, dit-il avec un sourire. Un chef ne laisse jamais brûler sa cuisine. Même pour la plus belle femme du monde.
Il retourne à son four, mais je vois la tension dans ses épaules, le désir évident dans la façon dont ses mains tremblent légèrement.
Le déjeuner est une révélation.
Chaque plat est une œuvre d'art, mais plus que ça, c'est personnel. Il me raconte l'histoire derrière chaque recette celle-ci venait de sa grand-mère, celle-là est inspirée d'un voyage en Italie, cette autre est une création pure née d'une nuit d'insomnie.
— Goûte ça, dit-il en me tendant une fourchette. Et ferme les yeux.
J'obéis, et une explosion de saveurs envahit ma bouche. Sucré, salé, avec une touche d'acidité qui équilibre le tout parfaitement.
Un gémissement m'échappe malgré moi.
Quand j'ouvre les yeux, Matthieu me fixe avec une intensité brûlante.
— Ce son, dit-il d'une voix rauque. J'ai envie de te l'entendre faire encore et encore. Mais pas pour de la nourriture.
La chaleur monte dans mon bas-ventre.
— Matthieu...
— Dis mon nom encore.
— Matthieu, je répète, et sa mâchoire se crispe.
Il se lève brusquement, contourne la table et m'attire hors de ma chaise. Ses lèvres capturent les miennes dans un baiser désespéré, affamé.
— J'ai essayé d'être patient, gronde-t-il contre ma bouche. D'être un gentleman. De te courtiser correctement. Mais tu me rends fou, Léa. Complètement fou.
Ses mains descendent vers les boutons de ma robe, et cette fois, je ne l'arrête pas. Je l'aide même, mes doigts tremblants défaisant sa chemise.
— Dis-moi d'arrêter, murmure-t-il en embrassant mon cou, ma clavicule, la naissance de ma poitrine. Dis-le maintenant, parce que dans une minute, je ne pourrai plus.
— Ne t'arrête pas, je halète. S'il te plaît, Matthieu. Ne t'arrête pas.
C'est tout ce qu'il avait besoin d'entendre.
Chapitre 41 : Les Premiers Pas Le point de vue de ClaudeLe cabinet du Dr. Armand se trouvait au troisième étage d’un vieil immeuble en pierre, loin des tours de verre de mon ancien monde. L’ascenseur sentait la cire et le temps. J’étais en avance. Je suis resté planté dans le couloir silencieux, à fixer la plaque dorée sur la porte, mon cœur battant comme si j’allais affronter un tribunal. En un sens, c’était le cas. Le tribunal de ma propre conscience.La salle d’attente était petite, chaleureuse, avec des livres anciens et un fauteuil profond en cuir usé. Pas de magazines clinquants. Pas de musique d’ascenseur. Juste le tic-tac solennel d’une horloge et le poids du silence.« Monsieur Martin ? »Le Dr. Armand était un homme d’une soixantaine d’années, aux yeux calmes derrière des lunettes fines. Il ne m’a pas tendu la main avec un sourire commercial. Il a simplement incliné la tête et m’a fait signe d’entrer.Le fauteuil face au sien était moelleux, enveloppant. Une invitation à
Chapitre 40 : Le Chemin de Cendres Le point de vue de BellaQUELQUES SEMAINES PLUS TARD Les jours qui ont suivi la découverte ont été un blanc. Un paysage lunaire de douleur pure où le temps n’avait plus de sens. Je fonctionnais en automate : changer les serrures, consulter un avocat, signer des papiers dont les mots glissaient sur moi sans pénétrer. La rage et les larmes avaient laissé place à un froid intérieur, une fatigue des os.Puis, le silence de Claude a commencé à peser autrement. Pas son silence à lui – il avait tenté d’appeler, une fois, depuis un numéro inconnu. J’avais laissé sonner. Non, c’était le silence des autres. Thomas, son associé, a fini par m’appeler, la voix embarrassée. Pas pour prendre parti. Pour m’informer, avec une gêne palpable, que Claude avait commis une erreur professionnelle catastrophique. Qu’il avait été mis en congé. Qu’il… ne semblait pas bien.« Il ne vient plus au bureau, Bella. Et quand il y est, ce n’est plus lui. »Je n’ai rien répondu. J’a
Chapitre 39 : L'Effondrement Le point de vue de ClaudeLa nuit a été un long tunnel de froid et de vide. J'ai marché sans but, les pavés glacés martelant mes semelles fines, le vent traversant ma chemise comme si je n'étais déjà plus qu'un fantôme. Pas de portefeuille. Pas de téléphone. Rien dans les poches à part les clés du duplex de Rosy, un objet métallique qui me brûlait la peau. Je les ai jetées dans un caniveau, le cliquetis a été englouti par le silence.L'hôtel « L'Étape », une façade décrépie près de la gare de marchandises. La lumière néon clignotante a souligné la moquette tachée et l'odeur de renfermé. J'ai payé la nuit avec les derniers billets froissés que j'avais oubliés dans une poche de mon pantalon. La chambre était une cellule : un lit dur, une télé cathodique, une fenêtre sale donnant sur un mur de brique.Je me suis effondré sur le lit, sans même enlever mes chaussures. Le sommeil n'est pas venu. Juste un tourbillon d'images : le visage décomposé de Bella. Les é
Chapitre 38 : L'Appel Nocturne Le point de vue de RosyLe sommeil était une mer calme et noire, le genre de sommeil profond des conquérants satisfaits. L’appartement était silencieux, seulement habité par le souvenir de la soirée, de la daube, du vin, de son corps contre le mien. Je souriais dans mon sommeil, les draps neufs enveloppant ma victoire.Puis le téléphone a déchiré le silence.Le son, strident et insistant dans le noir, m’a arrachée à mes rêves. J’ai grogné, une main tâtonnant sur la table de nuit, cherchant l’écran lumineux. 3h17. Une heure de fantôme.C’était lui.Une bouffée d’irritation d’abord. Il pouvait être possessif, mais jamais à ce point. Jamais à cette heure. Puis, une seconde plus tard, un petit frisson d’excitation. Peut-être qu’il ne pouvait pas dormir. Peut-être qu’il était obsédé, qu’il avait besoin de moi maintenant, tout de suite, au milieu de la nuit. L’idée était puissante.J’ai glissé mon doigt sur l’écran, la voix encore pleine de sommeil.« Allô ?
Chapitre 37 : Les Décombres Le point de vue de BellaLe claquement de la porte a résonné dans la maison vide comme un coup de canon. Puis le silence est tombé. Un silence plus lourd, plus épais que tous ceux qui l’avaient précédé. Un silence peuplé de fantômes.Je suis restée debout au milieu du hall, tremblant de tous mes membres, les poings encore serrés, la joue mouillée de larmes que je ne sentais même pas couler. L’adrénaline de la colère, de la violence, s’est retirée d’un coup, me laissant vidée, légère et pourtant écrasée par un poids immense.Puis le choc a cédé la place à la douleur.Elle est arrivée par vagues, montant de mon ventre, serrant ma poitrine à m’en étouffer. Une douleur si aiguë, si totale, que j’ai dû m’accrocher à la rampe de l’escalier pour ne pas m’effondrer. Ce n’était pas une métaphore. Mon cœur, mon vrai cœur physique, semblait se tordre, se déchirer sous mes côtes.Je l’ai vu partir. J’ai vu son dos, courbé, traverser la porte. L’homme de ma vie. L’amo
Chapitre 36 : L’Abîme Le point de vue de BellaLe monde s’est réduit à la lumière bleutée de l’écran dans mes mains. Le froid du métal et du verre a pénétré mes paumes, mais c’était une brûlure de glace comparée à ce qui a suivi.Les mots ont dansé devant mes yeux, puis se sont fixés, nets, cruels, dans un ordre qui a défait l’univers.Rosy : " Merci pour la soirée, mon amour. C’était parfait. La daube, le vin… et toi. Je t’aime. À bientôt dans NOTRE nid. "Chaque syllabe a été un coup de marteau.Rosy.Mon sang s’est figé dans mes veines. Le nom, familier, doux, celui de ma sœur, collé à des mots d’amant. Mon amour. Je t’aime. NOTRE nid.La daube. L’odeur imperceptible qui flottait sur lui. Je l’avais mise sur le compte d’un restaurant. C’était elle. Elle avait cuisiné pour lui.Ce soir. Il était avec elle. Pas en réunion. Pas à régler un dossier. Avec Rosy. Ma Rosy.Et puis le puzzle s’est assemblé avec une violence qui m’a arraché un son, un gémissement d’animal blessé. La carte







