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CHAPITRE 2 — LA NOUVELLE 2

Autor: Dledition
last update Data de publicação: 2026-09-20 23:07:05

Je fixe les photos de cette femme qui ne me connaît pas, que je ne connais pas, qui ne m'aime pas, que je n'aime pas. Nous allons nous marier, nous allons nous haïr, nous allons nous enfermer, nous allons mourir ensemble, comme mes parents, comme mes grands-parents, comme tous les gens de cette famille.

— Je ne veux pas me marier, dis-je d'une voix trop calme, parce que je ne crie pas, parce que je ne crie jamais, parce que j'ai appris à ne pas crier, à ne pas ressentir.

— Ce n'est pas une question.

Je serre les dents et ma mâchoire me fait mal, toujours cette douleur qui ne me quitte jamais, cette douleur qui me rappelle que je suis vivant, que je souffre.

— Je ne la connais même pas.

— Tu la connaîtras.

— Pourquoi ?

Il ne répond pas immédiatement. Il tousse, une toux profonde qui vient des entrailles, une toux qui annonce la fin. Il prend un verre d'eau, ses mains tremblant, il boit, il repose le verre, puis il me regarde.

— Parce que je vais mourir, Mathis. Et quand je mourrai, tu devras diriger l'empire. Seul, tu ne tiendras pas. À deux, peut-être.

Ces mots me frappent, me tuent, me disent ce que je sais depuis toujours. Je ne suis rien. Je ne suis pas assez. Je ne serai jamais assez. Je ne suis pas un homme, je suis un fils, un héritier, une faiblesse.

— Et si je refuse ?

Il sourit, un sourire triste, le premier sourire que je vois sur son visage, le premier, et c'est un sourire de pitié, de mépris, de mort.

— Tu n'as jamais rien refusé, mon fils.

Il a raison. Je n'ai jamais rien refusé. Je suis le fils parfait, l'héritier parfait, le pantin parfait. Je n'ai jamais rien refusé parce que je n'ai jamais rien voulu, parce que je n'ai jamais rien pu, parce que je n'ai jamais été.

Je me lève, je prends les photos, je les glisse dans ma poche et je marche vers la porte avant de m'arrêter.

— Un mois, dis-je.

— Un mois.

Un mois. Trente et un jours. Trente et un jours pour apprendre à vivre, à mourir, à aimer une femme que je ne connais pas.

Je sors, je ferme la porte, je marche dans le couloir interminable aux murs blancs et aux tableaux morts, je rentre chez moi, je m'allonge sur mon lit et je fixe le plafond.

Je ferme les yeux et je rêve. Je rêve d'une femme qui n'est pas Célia, d'une femme que je ne connais pas, d'une femme aux yeux clairs comme le ciel, comme la mer, comme la vie. Une femme qui me sourit, un sourire vrai qui ne ment pas, qui ne calcule pas. Une femme qui me tend la main, une main ouverte, chaude, qui ne me demande rien. Une femme qui me sauve.

Je me réveille en sursaut sans savoir qui elle est, sans l'avoir jamais su, sans le savoir peut-être jamais. Mais je la connais. Je la connais depuis toujours, depuis cinq ans, depuis l'accident, depuis que je suis mort, depuis que je vis.

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