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FIANCÉE CONTRE NATURE , PRISONNIÈRE MALGRÉ ELLE
FIANCÉE CONTRE NATURE , PRISONNIÈRE MALGRÉ ELLE
Autor: Dledition

CHAPITRE 1 — LA NOUVELLE

Autor: Dledition
last update Data de publicação: 2026-09-20 23:06:30

Mathis

1er octobre.

Je me réveille avec cette douleur familière derrière l'œil gauche, cette barre de fer qui pulse contre mon crâne et qui m'annonce que la journée sera longue. Je reste immobile quelques secondes, le temps que la nausée reflue, puis j'ouvre les yeux sur le plafond blanc de ma chambre, ce plafond que je fixe chaque matin comme s'il pouvait me donner une réponse, comme s'il pouvait m'expliquer pourquoi je suis là, pourquoi je continue, pourquoi je respire encore alors que je n'ai rien demandé.

Il ne me donne rien. Il ne m'a jamais rien donné.

Je me lève lentement, mes pieds touchant le parquet froid qui me fait frissonner. La maison est toujours glaciale, même en octobre, même avec le chauffage à fond, parce que c'est une maison qui ne réchauffe personne, une maison de pierre et de silence où les rires n'ont jamais résonné, où les larmes n'ont jamais coulé, où les mots d'amour n'ont jamais été prononcés.

Je regarde l'heure sur mon téléphone. Six heures quarante-sept. Je n'ai pas besoin de réveil, parce que mon corps sait, parce que mon corps a toujours su, parce que la douleur est mon réveil, ma montre, ma vie.

Je marche jusqu'à la salle de bain, mes pas résonnant dans le couloir interminable aux murs blancs ornés de tableaux chers et morts, et je me regarde dans le miroir. Je ne m'aime pas, mais je ne me déteste pas non plus. Je m'indiffère, ce qui est pire, parce que l'indifférence est le tombeau de l'âme, parce que l'indifférence signifie que je ne suis même plus capable de ressentir quoi que ce soit pour moi-même.

J'ai trente-deux ans. J'ai tout. La fortune, le nom, le pouvoir, l'héritage, les costumes sur mesure, les voitures de collection, les femmes qui se retournent sur mon passage. J'ai tout sauf une chose : le choix.

Je n'ai jamais choisi ma vie, mon travail, mes amis, mes amours. On a toujours choisi pour moi. Mon père, ma mère, le nom, l'empire. Je suis le fils de mon père, le petit-fils de mon grand-père, l'héritier. Je ne suis pas Mathis. Je suis un nom sur des papiers, un nom sur des contrats, un nom sur une tombe future.

Je passe la journée comme un automate, enchaînant les réunions, les appels, les dossiers, signant ce qu'on me demande de signer, approuvant ce qu'on me demande d'approuver, refusant ce qu'on me demande de refuser, sans jamais penser, parce que penser c'est souffrir, parce que penser c'est se souvenir, parce que penser c'est cette femme, cette femme aux yeux clairs que je ne connais pas et qui me hante pourtant chaque nuit.

Le soir, mon père me convoque dans son bureau, ce bureau où j'ai grandi, où j'ai appris à marcher, à me taire, à obéir, ce bureau qui sent la cire et le cuir et la mort.

Il est mourant. Cancer du pancréas. Six mois, peut-être moins. Il le sait, je le sais, mais nous ne parlons jamais de sa mort, nous parlons d'affaires, de chiffres, de tout sauf de ce qui compte, de tout sauf de nous.

J'entre dans son bureau et je le trouve assis derrière son immense bureau en chêne massif, ce bureau qui est une forteresse, une prison, un tombeau. Il a maigri, ses yeux sont enfoncés, ses mains tremblent, mais son regard est toujours le même : dur, froid, calculé, le regard d'un homme qui n'a jamais aimé personne, qui n'a jamais pleuré, qui va mourir seul.

Il me regarde sans sourire, parce qu'il ne m'a jamais souri, parce que je ne me souviens pas d'un seul sourire de cet homme, pas un, pas une fois, pas même quand j'étais enfant, pas même quand j'ai eu mon diplôme, pas même quand j'ai réussi.

— Assieds-toi, dit-il d'une voix rauque que la maladie ronge.

Je m'assieds et j'attends, parce que j'ai appris à attendre, à me taire, à ne rien ressentir.

Il pose une chemise cartonnée devant moi, épaisse et froide comme lui, comme cette maison, comme ma vie. Je l'ouvre et je découvre des photos d'une femme brune, élégante, froide, aux yeux sombres qui ne disent rien, qui ne ressentent rien, des yeux comme les miens, des yeux comme ceux de mon père. Célia.

— Tu l'épouses le 1er novembre, dit-il.

Le 1er novembre. Dans un mois. Dans exactement trente et un jours. Trente et un jours pour apprendre à aimer une femme que je ne connais pas, trente et un jours pour apprendre à vivre une vie que je n'ai pas choisie, trente et un jours pour mourir un peu plus.

Je le regarde sans comprendre, parce que je ne comprends jamais, parce que je ne comprendrai jamais.

— Quoi ?

— Le 1er novembre. Tu l'épouses.

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