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MathisJe ne devrais pas être dans cette chambre.Je le sais parfaitement, et pourtant je suis là, debout au milieu de la chambre d'amis où Juliette dort depuis deux semaines, en plein après-midi, pendant qu'elle est à l'hôpital avec son fils. Je me sens comme un cambrioleur dans ma propre maison.Je me répète que j'ai une raison. Une raison rationnelle. La cicatrice sur son bras, la brûlure que j'ai vue l'autre matin quand sa manche s'est relevée. Ce mot qu'elle a laissé tomber, on s'est déjà rencontrés, avant de se reprendre et de parler d'autre chose. Le détective que ma mère a engagé, et si elle cache quelque chose, je dois le savoir avant eux. C'est de la protection. C'est de la diligence. Ce sont des mots d'homme d'affaires, des mots que j'ai appris à prononcer sans rougir.Ce sont des mensonges.Je commence par la commode, parce que c'est le geste le plus logique, et parce que tant que mes gestes sont logiques, je peux prétendre qu
JulietteJe suis assise par terre, dans la cuisine, le dos contre le placard froid. Il est une heure du matin, peut-être deux. L'appartement de Mathis est immense, silencieux, trop beau pour moi, et je suis assise par terre comme une enfant perdue dans un magasin après la fermeture.Lucas dort à l'hôpital cette nuit. Une nuit d'observation de routine, m'a dit l'infirmière, rien d'inquiétant. Routine. Ce mot me révulse. Il n'y a rien de routinier dans un enfant branché à des machines, rien de routinier dans les chiffres qui montent et descendent sur un écran, rien de routinier dans le fait que mon fils de cinq ans connaisse le prénom de tous les infirmiers du service d'hématologie.Je serre mes genoux contre ma poitrine. Mes joues sont mouillées depuis un moment, je ne sais plus quand j'ai commencé à pleurer. Cela fait des semaines que je tiens. Des semaines que je souris à Lucas, que je mens à tout le monde, que je joue à la fiancée parfaite devant de
Mathis22 octobre.Ma mère nous convoque. Elle nous convoque toujours. Elle nous convoque pour une photo. Une photo de couple. Une photo de fiançailles. Une photo de mensonge. Une photo de mort. Une photo d'amour. Une photo de haine. Une photo de rien.Nous arrivons. Le photographe. Un homme petit. Un homme chauve. Un homme triste. Un homme mort. Un homme qui ne voit rien. Un homme qui ne sait rien. Un homme qui ne comprendra jamais. Il nous installe. Il nous place. Il nous dirige. Il nous tue. Il nous sauve. Il nous aime. Il nous hait.— Plus près. Plus près. Encore plus près.Je m'approche de Juliette. Je m'approche de son corps. Je m'approche de sa chaleur. Je m'approche de sa vie. Je m'approche de sa mort. Je sens son parfum. Un parfum léger. Un parfum de pauvre. Un parfum de rien. Un parfum que j'aime. Un parfum que je déteste. Un parfum qui me tue. Un parfum qui me sauve. Un parfum qui me hante. Un parfum qui me hantera toujours.— Souriez.Je souris. Un sourire faux. Un sourire
Juliette20 octobre.Nous sommes dans le salon. Un salon froid. Un salon blanc. Un salon mort. Nous regardons la télévision. Une télévision allumée. Une télévision éteinte. Une télévision qui ne dit rien. Une télévision qui ne montre rien. Une télévision qui ne vit pas. Une télévision qui ne m'aime pas. Une télévision qui ne l'aime pas. Une télévision qui ne nous aime pas.Je suis assise sur le canapé. Il est assis sur le canapé. À côté de moi. À quelques centimètres. À quelques millimètres. À quelques secondes. Je le regarde. Il ne me regarde pas. Il regarde la télévision. Il regarde le vide. Il regarde sa vie. Il regarde sa mort. Il regarde son amour. Il regarde mon amour. Il ne me regarde pas.Je regarde sa main. Sa main posée sur le canapé. Sa main longue. Sa main fine. Sa main vivante. Sa main morte. Sa main qui m'a sauvé. Sa main qui m'a aimé. Sa main qui m'aime encore. Sa main qui m'aimera toujours. Je regarde sa main. Je veux la toucher. Je ne peux pas. Je ne dois pas. Je ne v
Mathis18 octobre.Je la regarde. Elle est dans la cuisine. Elle prépare le petit-déjeuner. Un petit-déjeuner simple. Un petit-déjeuner de pauvre. Un petit-déjeuner de rien. Du café. Du pain. Du beurre. Un petit-déjeuner que je n'ai jamais mangé. Un petit-déjeuner que je ne mérite pas. Un petit-déjeuner que je ne peux pas. Un petit-déjeuner que je voudrais. Un petit-déjeuner que je voudrai toujours.Elle porte un tee-shirt. Un tee-shirt blanc. Un tee-shirt à manches courtes. Un tee-shirt qui dévoile ses bras. Ses bras fins. Ses bras pâles. Ses bras vivants. Ses bras morts. Ses bras qui m'ont sauvé. Ses bras qui m'ont traîné. Ses bras qui m'ont aimé. Ses bras qui m'aiment encore. Ses bras qui m'aimeront toujours.Je regarde ses bras. Je regarde sa peau. Je regarde sa cicatrice. Une cicatrice. Une longue cicatrice. Une cicatrice qui traverse son avant-bras. Une cicatrice qui me dit quelque chose. Une cicatrice qui me rappelle quelque chose. Une cicatrice qui me tue. Une cicatrice qui me
Je le regarde. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce qu'il dit. Je ne comprends pas ce qu'il veut. Je ne comprends pas ce qu'il offre. Je ne comprends pas ce qu'il tue. Je ne comprends pas ce qu'il sauve.— Quoi ?— Je peux être son père. Pas pour de vrai. Pour le contrat. Pour un mois. Pour lui. Pour vous. Pour nous.Je le regarde. Je pleure. Je pleure encore. Je pleure toujours. Je pleure sans fin. Je pleure sans espoir. Je pleure sans vie.— Pourquoi ?— Parce que je vous connais. Parce que je le connais. Parce que je vous aime. Parce que je l'aime. Parce que je vous ai attendue. Parce que je l'attends. Parce que je vous attendrai toujours. Parce que je l'attendrai toujours.Je le regarde. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce qu'il dit. Je ne comprends pas ce qu'il veut. Je ne comprends pas ce qu'il offre. Je ne comprends pas ce qu'il tue. Je ne comprends pas ce qu'il sauve.— Vous ne m'aimez pas. Vous ne me connaissez pas.— Je vous connais depuis cinq ans. Je vous ai







