MasukChapitre 3
Point de vue de Sofía Castillo
Je taillais les roses dans mon jardin, le soleil espagnol caressant ma peau, la brise légère jouant avec mes cheveux et les pétales. Un chant léger s’échappait de mes lèvres, un air ancien que Miguel et moi aimions. Même à cinquante ans, je me sentais élégante et pleine de vie. Mes mains, fines et sûres, effleuraient les fleurs, redonnant forme et éclat aux boutons fanés, et je souriais à chaque détail, chaque couleur. Tout semblait parfait. Comme si le monde entier me reconnaissait dans ces gestes simples, dans cette précision.
Je suis mère d’une fille magnifique, Catalina. Elle est mon trésor, mon orgueil, ma fierté. Elle a grandi avec grâce et humilité, malgré notre richesse, héritant de ce que Miguel et moi avons toujours valorisé : la bonté, l’intelligence et la simplicité. Elle est mon cœur à ciel ouvert. Son père, Miguel de la Vega, paix à son âme, et moi étions autrefois parmi les plus riches d’Espagne. Depuis sa mort, je n’ai jamais envisagé de me remarier et je sais que cela n’arrivera jamais. Mon cœur appartient encore à mon unique amour, et aucune autre présence masculine ne pourra jamais combler ce vide.
J’ai appris à être douce, mais aussi à être forte et intelligente. Depuis la disparition de Miguel, je me suis occupée de nos nombreuses entreprises. J’ai délégué certaines responsabilités à des directeurs compétents, mais je suivais tout de près, scrutant chaque décision, chaque rapport. J’avais toujours su conjuguer douceur et autorité, et j’avais perfectionné cette compétence pour naviguer dans le monde des affaires avec rigueur et sagesse.
Mon esprit dérivait souvent vers mon amie qui se trouvait en Grèce. Comme elle me manquait… Comme j’avais hâte de la revoir, de rire avec elle, de partager nos secrets et nos pensées les plus intimes. La vie sans elle semblait incomplète.
Soudain, un cri joyeux fendit l’air :
— *¡Mamá !*
Je levai les yeux et vis Catalina courir vers moi, ses talons dans les mains, les cheveux flottant derrière elle. Son visage rayonnait de bonheur et d’excitation, et mon cœur se gonfla de fierté et d’amour. Elle était belle, rayonnante et lumineuse, et pourtant humble, si humble malgré notre richesse. Je sentis mon cœur se serrer de tendresse.
— *¡Catalina !* m’exclamai-je, ouvrant mes bras.
Elle se jeta dans mes bras, haletante, et je la serrai fort, sentant son cœur battre contre le mien, rapide et irrégulier. Un de ces instants où le monde semble disparaître, où tout se résume à ce lien unique entre mère et fille.
— *Mamá, regarde !* s’exclama-t-elle, en me tendant un petit écrin étincelant.
Mon cœur fit un bond. Instinctivement, je compris de quoi il s’agissait. Je pris l’écrin avec précaution, mes mains tremblantes, et l’ouvris doucement. La bague brillait, éclatante sous le soleil, et mon souffle se coupa.
— *Georges… Georges t’a demandé en mariage ?* murmurai-je, le cœur battant à tout rompre.
Catalina hocha la tête, les yeux brillants de larmes de bonheur.
— *Oui, maman… je suis tellement heureuse… il m’a demandé de l’épouser…*
Mon cœur rata un battement. L’heure de vérité venait de sonner. La vie de ma fille allait changer, et j’avais le sentiment que je devais lui dire quelque chose avant qu’elle ne franchisse ce pas. Je caressai doucement sa joue, le contact silencieux, tendre, protecteur, exprimant tout l’amour que je ressentais pour elle.
— *Catalina… ma chérie… il y a quelque chose que tu dois savoir avant… avant que tu fasses ce pas…* dis-je d’une voix douce, tremblante.
Elle me regarda, surprise et inquiète, fronçant légèrement les sourcils.
— *Quoi ? Maman… pourquoi tu parles ainsi ?* demanda-t-elle, les yeux brillants.
Je pris une profonde inspiration, essayant de calmer le nœud qui s’était formé dans ma poitrine. Chaque mot allait peser lourd, chaque syllabe risquait de briser quelque chose.
— *Cette bague… celle que tu portes depuis l’enfance…* commençai-je, mes mains serrant les siennes avec douceur.
Je la regardai dans les yeux, sentant l’intensité de notre relation, la profondeur de notre lien. Elle méritait la vérité, même si cela risquait de lui briser le cœur.
— *Cette bague… c’est une bague de fiançailles.*
Elle cligna des yeux, ses lèvres tremblantes. Je vis l’incrédulité et la stupeur se mélanger sur son visage. À cet instant, je savais que j’avais accompli mon devoir de mère. La vérité était sortie. Elle devait savoir.
Point de vue de Catalina
Je titubais sur mes pieds, incapable de croire ce que ma mère venait de me révéler. Les mots semblaient s’éloigner dans l’air comme si je les avais entendus dans un rêve. Mes talons glissèrent de mes mains et tombèrent au sol, mais je n’en avais cure. Tout autour de moi s’effondrait.
— *Non… non… non…* murmurais-je, les yeux embués de larmes. *Elle blague… elle ne peut pas… ce n’est pas possible…*
Je clignai des yeux, essayant de reprendre mes esprits, mais rien ne faisait sens. Mon cœur battait à tout rompre. Mon souffle était court, mes jambes flageolaient.
— *Répète… répète…* murmurais-je, presque suppliant.
— Tu es déjà fiancée depuis l’enfance… à Zeus Kosta, le futur duc de Grèce…* répéta t'elle.
Je regardai ma mère, le visage figé, les larmes roulant sur mes joues. Mon monde entier venait de basculer. Comment pouvais-je être fiancée depuis l’enfance, sans le savoir ? Comment pouvais-je avoir été laissée tomber amoureuse de Georges pendant toutes ces années alors qu’un destin était déjà tracé pour moi ? Tout s’effondrait, tout ce que j’avais construit avec Georges semblait disparaître dans un instant.
— *Comment… comment pouviez vous me fiancer… sans même me demander ?!* hurlai-je, la colère et la douleur se mêlant dans ma voix.
Ma mère tenta de m’approcher, de poser sa main sur mon épaule, mais je reculai violemment, mes jambes tremblantes, mon souffle saccadé.
— *Je n’accepterai jamais ! Je ne l’aimerai jamais !* criai-je, le visage rouge, les yeux remplis de larmes.
Elle tenta de m’expliquer que c’était un accord entre mon père et le défunt duc, au nom de leur amitié indestructible, une promesse à respecter, la dernière volonté de mon père… mais tout cela semblait s’éteindre dans mon esprit. Cinq années d’amour, de patience et de bonheur avec Georges semblaient disparaître comme un château de sable sous les vagues.
Je la regardai, incrédule, en colère. Elle m’avait toujours dit la vérité sur tout, elle m’avait toujours protégée, mais cette fois… elle s’était tue. Elle m’avait laissée construire un lien avec un homme alors que mon destin était déjà décidé. La souffrance m’envahit, brûlante et totale.
— *Je ne te pardonnerai jamais… et je ne pardonnerai pas non plus à papa !* hurlai-je, la voix tremblante, les poings serrés. *Comment pouvait-on décider de ma vie avant même que je sois née ?!*
Elle tenta de me rassurer, de me convaincre que c’était pour mon bien, que Zeus était celui qu’il me fallait… mais je secouai la tête, furieuse et désespérée.
— *Ne me parle pas de cet inconnu ! Je ne l’aimerai jamais !* hurlais-je.
Je tournai le dos à ma mère, le cœur battant si fort que j’avais l’impression qu’il allait éclater. Mes jambes me portèrent à toute vitesse jusqu’à ma chambre. Je claquai la porte derrière moi, laissant derrière moi le jardin, la lumière, et toutes les illusions de bonheur.
Je m’effondrai sur le lit, haletante, le souffle court, le visage noyé de larmes. Tout ce que j’avais construit avec Georges me semblait s’effondrer, toutes nos années d’amour et de patience… anéanties.
Mon Dieu… comment vais-je lui annoncer la nouvelle à Georges ? Je me sentais brisée, incapable de penser à autre chose. Mon monde venait de s’écrouler, et je n’avais plus aucune réponse, aucun refuge.
### **Chapitre 100**### **Épilogue**#### **Point de vue de Catalina**Des mois ont passé.Et aujourd’hui…Tout semble différent.Plus doux.Plus calme.Plus… vivant.Je suis assise dans un transat, bercée par la légère brise qui traverse le jardin. Le soleil caresse ma peau avec une douceur presque irréelle, et pour la première fois depuis longtemps… je me sens en paix.Mon regard glisse lentement vers mon ventre.Arrondi.Imposant.Magnifique.Je pose instinctivement ma main dessus, caressant doucement la courbe qui témoigne de tout ce que je suis en train de vivre.Mon enfant.Notre enfant.Un léger sourire étire mes lèvres.Mais malgré cette beauté… cette magie…La grossesse ne m’a pas épargnée.Je laisse échapper un petit soupir en ajustant ma position sur le transat.— Tu me fais voir de toutes les couleurs, toi… murmuré-je en caressant mon ventre.Fatigue.Nausées.Sautes d’humeur.Envies soudaines.Et parfois… des larmes sans raison.Oui.Ce n’est pas facile tous les jours.M
### **Chapitre 99**#### **Point de vue de Sofía**Je n’arrive pas à tenir en place.Impossible.Je marche.Encore.Et encore.De long en large dans ce salon devenu soudainement trop étroit pour contenir mon angoisse.Mes mains sont crispées.Mon cœur bat trop vite.Beaucoup trop vite.— Sofía, calme-toi… tu me rends nerveuse.La voix d’Elena me parvient, mais elle semble lointaine, comme étouffée par le bruit de mes propres pensées.Je m’arrête net.Je tourne la tête vers elle.Mon regard trahit tout.Mon inquiétude.Ma peur.— Je ne peux pas…Ma voix tremble légèrement malgré moi.— Je n’y arrive pas.Je passe une main sur mon front, tentant de reprendre contenance.Mais c’est inutile.— Et si c’était quelque chose de grave ?Les mots sortent tout seuls.Bruts.Sincères.Parce que c’est ça, la vérité.C’est cette peur qui me ronge depuis qu’elle est montée là-haut dans les bras de Zeus.Cette image ne me quitte pas.Ma fille.Faible.Pâle.Fragile.Je ferme brièvement les yeux.Non.
### **Chapitre 98**#### **Point de vue de Catalina**Je suis allongée sur le lit.Le regard fixé au plafond.Mais je ne vois rien.Je ne pense à rien de clair.Tout est flou.Confus.Mon corps est encore faible, légèrement tremblant, et pourtant… ce n’est pas ça qui me perturbe le plus.C’est cette attente.Ce moment suspendu.Ce silence dans la pièce.Le médecin est là.À côté de moi.Concentré.Professionnel.Ses gestes sont précis, méthodiques.Trop calmes à mon goût.Parce que moi…Je ne le suis pas.Pas du tout.Ma main est serrée dans celle de Zeus.Fort.Très fort.Comme si j’avais peur de tomber.Ou de disparaître.Je tourne légèrement la tête vers lui.Son regard est posé sur moi.Intense.Inquiet.Je le vois.Je le sens.Et ça me fait encore plus peur.Parce que s’il est inquiet…Alors c’est que quelque chose ne va pas.Mon cœur accélère.De plus en plus.Chaque seconde qui passe me semble interminable.— Zeus…Ma voix est faible.Presque un souffle.Il resserre légèrement
### **Chapitre 97**#### **Point de vue de Sofía**Le silence qui suit la question d’Elena est… brutal.Lourd.Presque étouffant.Je sens immédiatement que quelque chose vient de se briser dans l’atmosphère.Et pourtant… je savais que ça arriverait.Je savais que cette question allait déranger.Mais à ce point…— Non mais quelle question ?!La voix de Zeus claque dans la pièce comme un coup de tonnerre.Je sursaute légèrement.Même moi, je ne m’attendais pas à une réaction aussi vive.Je tourne instinctivement la tête vers lui.Son regard est dur.Fermé.Brûlant.Et pendant une seconde… je me dis qu’on est peut-être allées trop loin.Je jette un coup d’œil à ma fille.Catalina.Elle nous regarde, complètement surprise.Ses yeux passent de moi à Elena, comme si elle cherchait à comprendre ce qui vient de se passer.Puis lentement…Son expression change.De la surprise…À quelque chose de plus doux.Plus compréhensif.Mais aussi… légèrement blessé.Et ça me serre le cœur.Je baisse briè
### **Chapitre 96**#### **Point de vue de Catalina**Le voyage du retour me semble interminable.Et pourtant… je suis là.En Grèce.Chez nous.Dès que je pose le pied à l’intérieur de la maison, une étrange sensation m’envahit. Un mélange de soulagement… et d’épuisement.Un épuisement profond.Plus profond que d’habitude.Je ferme légèrement les yeux en inspirant lentement. Mon corps me semble lourd, presque étranger, comme si chaque mouvement demandait un effort supplémentaire.Quelque chose ne va pas.Je le sens.Je ne peux plus l’ignorer.*Je suis vraiment malade…*Cette pensée s’impose à moi avec une clarté troublante.Et demain…Oui, demain, je n’aurai plus le choix.Je devrai voir un médecin.Je devrai savoir.— Catalina…Sa voix.Douce.Proche.Je rouvre les yeux et je tourne la tête vers lui.Zeus.Debout face à moi.Son regard est posé sur moi, attentif, presque inquiet.— Est-ce que ça va ?Je le regarde.Et malgré la fatigue, malgré cette faiblesse qui tente de me submerge
### **Chapitre 95**#### **Point de vue de Georges**Trois jours.Trois longs jours à attendre.Trois jours à fixer mon téléphone comme un imbécile, espérant voir apparaître son nom sur l’écran.Catalina.Je serre la mâchoire en me laissant tomber dans le canapé de mon salon, le regard sombre, les nerfs à vif.Rien.Pas un appel.Pas un message.Pas même une tentative.C’est impossible.Je passe une main dans mes cheveux, frustré, agacé… furieux.— Elle devrait être là… je marmonne entre mes dents.À mes pieds.En train de supplier.En train de pleurer.En train de regretter.Un sourire mauvais étire lentement mes lèvres.Parce que je sais.Je sais ce que j’ai entre les mains.Cette vidéo…Cette nuit…Même si elle ne se souvient de rien, même si elle nie, même si elle se débat…Les images, elles, ne mentent pas.Et dans ce monde…Les images suffisent à détruire une vie.Encore plus une réputation.Encore plus celle d’une duchesse.Je me redresse légèrement, attrapant mon téléphone pos
### **Chapitre 94**#### **Point de vue de Zeus**Ça me détruit de la voir comme ça.Je la regarde, assise sur ce lit, le regard perdu, le corps fragile, comme si toute son énergie l’avait quittée… et mon cœur se serre violemment dans ma poitrine.Ma femme.Dans cet état.À cause de lui.Ma mâchoir
Chapitre 92#### **Point de vue de Georges**La gifle claque.Sèche.Violente.Parfaite.Ma tête pivote légèrement sur le côté sous l’impact, mais je ne bouge pas davantage. Je reste là, immobile, le regard fixé sur elle.Et lentement…Un sourire étire mes lèvres.Je relève les yeux vers Catalina.
### **Chapitre 91**#### **Point de vue de Georges**Enfin.Je ne cligne même pas des yeux.Je la regarde… se laisser aller sous mes yeux, comme une fleur qui se referme lentement, incapable de lutter davantage. Son corps cède, ses épaules s’affaissent, et sa tête bascule doucement sur le côté.Sil
### Chapitre 90#### Point de vue de GeorgesJe ne le quittais pas des yeux.Assis en face d’elle, je la regardais comme si je redécouvrais une œuvre d’art que j’avais perdue… et que je venais enfin de retrouver.Catalina.Ma Catalina.Elle était là, juste devant moi.Encore plus belle.Encore plus







