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CHAPITRE 5 — LE NOUVEL APPARTEMENT 2

Author: Lumièrelle
last update publish date: 2026-09-28 21:10:11

Sienna

L'appartement est vide, les murs sont blancs, les sols sont en chêne clair, les fenêtres donnent sur Harley Street, c'est propre, c'est neuf, c'est froid, c'est parfait, et je me tiens au milieu du salon, immobile, silencieuse, à regarder ces murs qui ne connaissent rien de moi, ces murs qui ne savent pas qui je suis, ces murs qui ne savent pas d'où je viens, et je me dis que c'est peut-être mieux comme ça, que c'est peut-être mieux de recommencer à zéro, de tout effacer, de tout oublier, de tout reconstruire.

Je défais les valises, une par une, lentement, méthodiquement, comme je fais tout dans la vie, et Oliver range ses livres, par ordre alphabétique, comme moi, il a hérité de mes manies, il a hérité de ma solitude, il a hérité de tout ce que je ne voulais pas lui donner, et je le regarde, je le regarde ranger ses livres avec cette application touchante, avec cette gravité d'enfant qui a déjà compris que la vie est sérieuse, que la vie est dure, que la vie ne fait pas de cadeaux.

Poppy court partout, elle explore, elle découvre, elle rit, elle est la vie, elle est la lumière, elle est tout ce que je ne suis pas, et je la regarde, je la regarde courir dans cet appartement vide, et je me dis que c'est pour elle que je fais tout ça, pour elle, pour Oliver, pour qu'ils aient une vie meilleure, pour qu'ils ne manquent de rien, pour qu'ils soient heureux.

— Maman, c'est ma chambre ? demande-t-elle en ouvrant une porte.

— Oui, ma chérie. C'est ta chambre.

— Et Oliver ?

— C'est la chambre à côté.

— Et toi ?

— Je suis au bout du couloir.

— Pourquoi tu es loin ?

— Pour vous laisser de la place.

— Mais on veut pas de la place. On veut toi.

Elle me prend dans ses bras, elle me serre, elle me serre si fort que je pourrais pleurer, mais je ne pleure pas, pas devant elle, pas maintenant, pas comme ça, et je la serre à mon tour, je la serre contre mon cœur, je la serre comme si ma vie en dépendait, parce que ma vie en dépend, parce qu'elle est ma vie, parce qu'elle est tout.

— Je serai toujours là, ma chérie. Toujours.

— Promis ?

— Promis.

Oliver entre dans sa chambre, il ne dit rien, il regarde, il analyse, il juge, il sort un livre, il le pose sur l'étagère, il le range, par ordre alphabétique, et je le regarde, je le regarde avec cet amour inquiet qui me serre le cœur, parce qu'il est trop sérieux pour son âge, parce qu'il est trop triste pour un enfant de cinq ans, parce qu'il porte déjà le poids du monde sur ses petites épaules.

— Oliver ?

— Oui, maman.

— Ça va ?

— Oui.

— Tu es sûr ?

— Oui.

Il ne dit jamais plus, il ne dit jamais rien, il garde tout, il garde tout en lui, comme moi, comme sa mère, comme toujours, et je me dis que je dois faire attention, que je dois le protéger, que je dois l'aider à s'ouvrir, mais je ne sais pas comment, je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi dire, parce que je suis comme lui, parce que je garde tout, parce que je ne parle jamais.

Je défais ma valise, je sors mes affaires, mes chemisiers blancs, mes pantalons noirs, mes blouses chirurgicales, ma montre, la montre de ma mère, une montre en or, une montre ancienne, une montre qui ne fonctionne plus, mais je la garde, je la garde toujours, je la garde pour me souvenir, pour me souvenir d'où je viens, pour me souvenir de qui je suis, pour me souvenir de tout.

Je la range dans un tiroir, je la regarde, je la sors, je la remets, je ne la porterai que les jours importants, les jours où j'aurai besoin d'elle, les jours où j'aurai besoin de force, les jours où j'aurai besoin de ma mère, et je ferme le tiroir, je ferme les yeux, je respire, je pense à elle, à ma mère, à cette femme formidable qui m'a tout appris, qui m'a appris à me battre, à ne jamais abandonner, à toujours avancer, et je me dis qu'elle serait fière de moi, qu'elle serait fière de la femme que je suis devenue, qu'elle serait fière de la mère que je suis.

Je regarde autour de moi, l'appartement est vide, l'appartement est blanc, l'appartement est froid, mais il est à moi, il est à nous, il est notre nouvelle vie, notre nouvelle chance, notre nouveau départ, et je respire, je ferme les yeux, je pense à lui, je pense à Rupert, je pense à son visage, je pense à sa voix, je pense à ses yeux, je pense à tout, je pense à rien.

Je rouvre les yeux, je regarde Londres, je regarde la ville, je regarde ma vie, je regarde tout, et je souris, pour la première fois depuis longtemps, pour la première fois depuis cinq ans, pour la première fois depuis lui.

Je suis chez moi, je suis libre, je suis vivante.

Je suis Sienna Hartley.

Et je vais y arriver.

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