LOGIN— EleanorJe le revois trois jours plus tard, dans un restaurant discret, à l'écart de tout, et quand il entre, quand il s'approche de ma table, quand il s'assied en face de moi, je sens mon souffle qui se coupe, qui s'arrête, qui ne revient pas, et je dois m'accrocher au bord de la table, et il me regarde, et il sourit, et son sourire est une lame.— Tu es belle.— Non.— Tu es belle, Eleanor, et tu le sais.— Je ne sais rien.— Tu sais que je te veux.— Non.— Tu sais que je pense à toi.— Non.— Tu sais que je rêve de toi.— Non.— Alors je vais te le prouver.Il se penche, il approche sa bouche de mon oreille, et il souffle, et son souffle est chaud, et son souffle est tout ce que j'ai.— Je rêve de ta bouche, je rêve de tes seins, je rêve de ton ventre, je rêve de tes cuisses, je rêve de ton goût.Je gémis, un gémissement que je n'ai pas autorisé, et je sens ma peau qui brûle, qui brûle partout, et mes tétons qui
— EleanorTrois jours ont passé, trois jours sans un mot, trois jours à regarder mon téléphone comme une idiote, trois jours à sursauter à chaque vibration, à chaque notification, à chaque bruit, et rien, pas un message, pas un appel, rien que le silence, et le silence est pire que tout, le silence est un couteau qui tourne dans la plaie.Je suis sortie parce que je ne pouvais plus rester enfermée, parce que les murs de mon appartement me renvoyaient son odeur, parce que les draps sentaient encore sa peau, parce que tout me ramenait à lui, et je marche dans la rue, je marche sans but, et la foule m'entoure, me presse, me bouscule, et je me dis que c'est ça, la vie, des gens qui passent, qui ne vous voient pas, qui ne vous connaissent pas, et puis je vois un kiosque, et je vois les magazines, et je vois nos deux visages sur la couverture, et je m'arrête, je m'arrête net, au milieu du trottoir, et les gens râlent, les gens me poussent, mais je ne bouge pas, je ne peux pas
Il rit, et il entre, et je crie, je crie parce que c'est grand, parce que c'est chaud, parce que c'est tout, et il attend, il me laisse m'habituer, et puis il bouge, lentement, profondément, et je m'accroche à ses épaules, je m'accroche à lui, et il accélère, et je gémis, et il gémis, et le lit craque, et la ville brille derrière les fenêtres, et je ne vois rien, je ne sens rien, je ne suis rien d'autre que ce moment, que cette peau, que ce corps, et il me prend, il me prend encore, il me prend toujours, et je jouis, je jouis en criant son nom, et il jouit après moi, en grognant, en s'effondrant sur moi, et nous restons là, essoufflés, collés, et je sens son cœur qui bat contre le mien, et je me dis que je viens de commettre une erreur, une erreur magnifique, une erreur irréparable.— Eleanor.— Oui.— Regarde-moi.Je le regarde, et ses yeux sont doux, ses yeux sont tristes, ses yeux sont pleins de quelque chose que je ne comprends pas.— Tu es la premi
Il me regarde longtemps, trop longtemps, et quelque chose change dans ses yeux, quelque chose qui ressemble à de la surprise, à de la reconnaissance, à de la faim.— Vous n'êtes pas comme les autres.— Je suis exactement comme les autres.— Non. Les autres veulent mon argent, mon nom, ma position. Vous, vous voulez être vue.— C'est pire.— C'est pire, oui.Il prend ma coupe, il la pose sur la table de nuit, et il revient, et il pose ses deux mains sur le lit de chaque côté de moi, et il m'enferme, et je sens son souffle sur mon visage, et je sens son corps contre le mien, et il bande, il bande contre ma cuisse, et je gémis, un gémissement que je n'ai pas autorisé, un gémissement qui sort de moi comme un aveu.— Vous me voulez.— Non.— Votre corps dit oui.— Mon corps est une traîtresse.— Votre corps est honnête.Il approche sa bouche de mon oreille, il souffle, et son souffle est chaud, et son souffle est tout ce que j'ai.
Je ferme les yeux, je serre le téléphone, je sens les larmes qui montent, des larmes de colère, de peur, de désir, et je les ravale, je les avale, je les noie dans ma salive.— Vous êtes un monstre.— Oui.— Vous le savez.— Oui.— Et vous ne changez pas.— Non.— Pourquoi ?— Parce que vous ne voulez pas que je change.Je raccroche, je raccroche la première, je raccroche comme j'ai détourné la tête la première, et je reste là, contre le mur, le téléphone contre ma poitrine, et je sens mon cœur qui bat, qui bat trop vite, qui bat pour lui, et je me laisse glisser le long du mur, je m'assois par terre, je pose ma tête contre mes genoux, et je pleure, je pleure parce que je suis humiliée, je pleure parce que je suis exposée, je pleure parce que je suis vue, et je pleure parce que, pour la première fois de ma vie, on me regarde, et que ce regard me brûle et me plaît et me tue.Le téléphone vibre encore, un message cette fois, un message
— EleanorLe lendemain matin, je me réveille avec le goût du champagne dans la bouche et son nom sur les lèvres, et pendant une seconde, une seule, je ne me souviens pas que tout a basculé, et puis je me souviens, et mon ventre se serre, se noue, se tord, et je reste allongée dans mon lit, les draps collés à la peau, la lumière qui filtre à travers les rideaux comme une lame, et je sens encore sa main dans mon dos, sa main qui descendait, qui s'arrêtait juste là où c'était insupportable, et je glisse une main sous les draps, je la pose sur mon ventre, je la fais descendre, et je m'arrête, je m'arrête parce que ce n'est pas ma main que je veux, c'est la sienne, et je gémis dans l'oreiller, un gémissement de frustration, de colère, de désir, tout ça mélangé dans ma gorge comme un cocktail infect.Mon téléphone vibre sur la table de nuit, il vibre encore, il vibre toujours, et je finis par tendre le bras, par le prendre, par regarder l'écran, et je vois les notifications q







