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Chapitre 70 : L'officine 2

Author: Déesse
last update publish date: 2026-09-18 08:53:20

Plus tard, il y a une tisane, il y a deux couvertures de laine, il y a un lit sous les combles avec des poutres si vieilles qu'elles ont vu mourir des gens sous Louis XIV, plus tard, Alexandre monte, enfin sec, enfin changé, avec un pantalon de flanelle trop court qui le fait ressembler à un collégien, et il s'assied sur la chaise au pied du lit, et il me regarde avec le visage d'un homme qui a une heure de retard sur toutes ses phrases.

— Le carnet, dis-
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    Isadora — Explique, dis-je. Il revient s'asseoir. Il verse le café, deux tasses, il sert la mienne d'abord, il a pris les manies de cette maison en une semaine, ou peut-être les avait-il toujours et je ne le connaissais pas. Puis il parle, lentement, comme un homme qui a mûri cette réponse sur l'autoroute, entre Paris et Beaune, et qui sait qu'elle va me déplaire : — L'invisibilité, Isadora, c'est ce que tu demandes parce que c'est ce que tu as appris. Douze ans chez eux t'ont appris que ta seule survie était de n'être pas vue, ne pas faire de bruit dans les escaliers, ne pas faire de scène, ne pas forcer la porte de la chambre de Théo, s'asseoir dehors, compter, attendre. Tu es devenue la meilleure invisible d'Europe. Et c'est vrai que ça t'a sauvée : s'ils t'avaient crue dangereuse, ils t'auraient éliminée plus tôt, et plus proprement. Ton invisibilité est la raison pour laquelle tu es vivante. — Alors. —

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    Reste la deuxième colonne. Je la rouvre, vierge, sous le même titre, parce que le titre était juste et que seule sa matière change : Ce que je dois devenir. Et en dessous, lentement, avec l'encre qui a survécu à l'eau noire : Non plus : quelqu'un qui paraît. Quelqu'un qui est. Non plus : quelqu'un qu'on remercie devant quatre cents personnes. Quelqu'un que quatre cents personnes ne pourront plus oublier, mais pour d'autres raisons. Non plus : une femme qui survit à la nuit. Une femme qui possède le matin. Je m'arrête. Je relis. Et alors seulement, je comprends ce qu'Étienne m'a dit le premier soir, ce que je n'avais pas compris : on n'écrit pas de la même main selon qu'on surveille ou qu'on prépare. C'est vrai. Je viens de le vérifier sur le papier : ma main a changé. Les lettres sont les miennes, mais elles se tiennent autrement, plus droites, plus larges, avec des pleins qui n'ont plus

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