INICIAR SESIÓNChapitre 145NoamJe restai un long moment immobile sur le parvis de la faculté, les mains dans les poches de mon manteau, les yeux fixés sur les portes de l'amphithéâtre qui s'étaient refermées derrière Livia comme un rideau de théâtre à la fin du premier acte. Le vent d'automne faisait tourbillonner les feuilles mortes sur les pavés, des feuilles de platane et de marronnier qui crissaient sous les pas des étudiants, et le ciel était d'un gris tendre, chargé de nuages qui s'effilochaient vers l'horizon en longues traînées cotonneuses. Les étudiants continuaient de se presser autour de moi, leurs rires, leurs conversations, leurs pas pressés sur le gravier, mais je ne les entendais plus, je ne les voyais plus. Tout mon être était tendu vers cette porte close, vers cette silhouette gracile que je venais de voir disparaître, vers cette petite fille qui avait grandi trop vite et qui, aujourd'hui, entrait dans le monde des adultes.Je ne sais pas combien de temps je restai ainsi, debout,
Chapitre 144LiviaLivia entra à l'université par une matinée d'automne, sous un ciel lavé de pluie, les bras chargés de livres et le cœur gonflé d'espoir. Elle avait dix-huit ans, des yeux gris hérités de Noam, des boucles brunes héritées de moi, et une détermination qui n'appartenait qu'à elle. Elle avait choisi la médecine, comme sa mère, et s'était inscrite à la faculté d'Aix-en-Provence, où elle pourrait étudier tout en restant proche du mas, à moins d'une heure de route par les collines. Ses yeux brillaient d'une flamme que je connaissais bien, cette flamme qui m'avait animée trente ans plus tôt, quand j'étais à sa place, jeune, brillante, passionnée, et que le monde s'ouvrait devant moi comme un livre aux pages vierges. Elle portait une blouse blanche toute simple, un jean, des baskets, et elle avait relevé ses boucles brunes en un chignon approximatif qui s'effondrait déjà, des mèches folles s'échappant de l'élastique pour danser autour de son visage.La faculté de médecine d'
Chapitre 143ÉlinaLe rire de Noam, ce rire rare et précieux qui creusait une fossette sur sa joue droite, résonnait encore dans mes oreilles tandis que nous quittions la réception, main dans la main, et que nous montions dans la voiture qui devait nous ramener au mas. La nuit était douce, une de ces nuits de septembre où l'air est si tiède qu'il caresse la peau comme un tissu de soie, les étoiles brillaient au-dessus des collines par milliers, et je sentais mon cœur si plein de bonheur qu'il semblait prêt à déborder. Monsieur Delarive-Vauclerc. Il avait dit cela avec une simplicité désarmante, sans ironie, sans orgueil, comme une évidence, et cette évidence me bouleversait plus que tous les discours, plus que toutes les médailles, plus que tous les honneurs que j'avais reçus.La voiture filait à travers les collines endormies, les oliviers défilaient derrière la vitre comme des ombres argentées, et le chant des cigales se mêlait au ronronnement du moteur. Noam conduisait en silence,
Chapitre 142NoamLa réception battait son plein dans le hall du Centre Ivoire-Delarive, ce bâtiment de verre et d'acier que nous avions inauguré quelques années plus tôt et qui était devenu le cœur battant de la recherche médicale européenne. Les lustres de cristal jetaient des éclats sur les robes de soirée et les costumes sombres, et un quatuor à cordes jouait du Mozart dans un coin de la salle, leurs archets glissant sur les cordes avec une précision qui forçait l'admiration. Les murs étaient ornés de photographies retraçant l'histoire d'Aurora Labs, depuis les premières cultures cellulaires jusqu'à la remise du prix Nobel, et des écrans diffusaient en boucle les témoignages de patients guéris, ces visages souriants qui rappelaient à tous pourquoi nous étions là. L'air embaumait le champagne et les fleurs, un mélange de roses blanches et de lys, et le brouhaha des conversations formait un fond sonore joyeux, ponctué de rires et d'exclamations.Je me tenais en retrait, adossé à une
Chapitre 141ElinaLes distinctions se mirent à pleuvoir comme une averse d'honneurs, une pluie d'or et de lumière qui venait couronner des décennies de travail acharné, de nuits blanches passées à éplucher des données, de sacrifices consentis dans le silence et la solitude. L'Académie des sciences lui décerna sa plus haute distinction, la Médaille d'or de la recherche médicale, lors d'une cérémonie solennelle sous les ors de la Coupole, dans cet Institut de France où les fantômes des grands savants semblaient murmurer entre les colonnes de marbre. Les lustres de cristal jetaient des feux multicolores sur les robes de soirée et les habits verts des académiciens, et l'air sentait la cire d'abeille, le vieux cuir et le parfum des fleurs qui ornaient les travées. Élina, vêtue d'une robe de velours bleu nuit, le pendentif de météorite brillant à son cou, écouta l'éloge que prononça le président de l'Académie d'une voix tremblante d'émotion, et quand elle monta sur l'estrade pour recevoir
Chapitre 140SuccèsLa nouvelle arriva un matin de juin, alors que le soleil se levait à peine sur les collines de Provence et que les premiers rayons, encore timides, caressaient les pierres blondes du mas. J'étais dans la cuisine, pieds nus sur les dalles fraîches, une tasse de café fumant à la main, quand le téléphone sonna. C'était Thomas, et sa voix tremblait tellement que je crus d'abord à une mauvaise nouvelle.— Docteur Delarive, dit-il, la voix étranglée, c'est approuvé. La thérapie génique est approuvée. L'Agence européenne du médicament vient de donner son feu vert. Nous avons réussi.Je restai pétrifiée, la tasse de café suspendue entre mes doigts, le cœur battant à tout rompre. Dehors, les merles chantaient dans les cyprès, le vent faisait frémir les branches des oliviers, et le monde continuait de tourner comme si de rien n'était, comme si la plus grande avancée médicale du siècle n'avait pas été annoncée. Noam, qui lisait son journal sur la terrasse, leva les yeux vers
Chapitre 10AdrienQuelque chose a changé chez Élina, mais je serais bien incapable de dire quoi exactement. C’est une impression diffuse, une ombre qui flotte dans son sillage, une manière qu’elle a de me regarder — ou plutôt de ne pas me regarder — qui n’est plus la même. Avant, elle baissait les
Chapitre 9ÉlinaLes papiers du divorce sont arrivés ce matin, déposés sur le bureau de la bibliothèque comme un colis ordinaire, une enveloppe de papier kraft épais au dos de laquelle le notaire a apposé son cachet de cire rouge. Je les ai trouvés en descendant prendre un livre que je n’avais pas
Chapitre 8AdrienLe lendemain matin, le soleil perce à peine les nuages bas qui traînent sur la vallée, et la lumière qui entre par les fenêtres du petit salon est une lumière d’étain, froide, sans éclat, qui fige les meubles dans une immobilité minérale. Je me suis levé avec une gueule de bois so
Chapitre 7ÉlinaLe gala s’est achevé tard dans la nuit, et le manoir a retrouvé son silence de tombeau, ce silence que je connais si bien, qui suinte des murs et rampe sur les parquets comme une brume glacée. Je n’ai pas trouvé le sommeil, je ne le trouve jamais après ces soirées où je dois porter







