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CHAPITRE 12 – Les silences qui tuent

Author: L'encre
last update Petsa ng paglalathala: 2026-07-13 19:17:08

Le mardi fut pire encore. Éric était parti avant qu’elle ne se réveille. Elle avait trouvé la maison vide, le lit froid, la cuisine intacte comme si personne n’y avait mis les pieds. Il n’avait même pas bu son café. Elle avait regardé la cafetière pleine, les tasses propres, le pain de mie entamé, et elle avait senti une boule se former dans sa gorge.

Elle avait erré dans la maison toute la matinée, désœuvrée, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Elle avait essayé de lire, mais les mots dansaient devant ses yeux sans former de sens. Elle avait essayé de regarder la télévision, mais les images lui paraissaient lointaines, irréelles, comme si elles appartenaient à un monde auquel elle n’avait plus accès. Elle avait essayé d’appeler Esther, mais elle avait raccroché avant que son amie ne décroche, de peur de fondre en larmes au téléphone.

Le mercredi, elle avait tenté de briser le silence. Le matin, alors qu’Éric buvait son café debout dans la cuisine, les yeux rivés sur son téléphone, elle s’était approchée de lui et avait posé une main sur son bras. Il avait tressailli, comme si ce contact le surprenait, comme s’il avait oublié qu’elle existait.

— Éric, avait-elle murmuré. Parle-moi. S’il te plaît. Dis-moi ce qui ne va pas.

Il avait levé les yeux vers elle, et dans son regard, elle avait vu quelque chose qui l’avait glacée. Pas de la colère. Pas de la tristesse. Pire que cela. De l’indifférence. Une indifférence totale, absolue, presque clinique. Le regard qu’on pose sur un meuble, sur un objet, sur une chose qui ne compte pas vraiment.

— Tout va bien, avait-il répondu d’une voix plate. Je suis juste fatigué.

— Tu es fatigué depuis des semaines. Depuis des mois. Ce n’est pas de la fatigue, Éric. C’est autre chose. Parle-moi. Je suis là pour toi. Je suis ta compagne. Je t’aime.

Il avait retiré doucement son bras, avait posé sa tasse dans l’évier et avait attrapé sa mallette.

— Je dois y aller. Je suis en retard.

— Éric, s’il te plaît. Ne pars pas comme ça. On ne peut pas continuer à s’ignorer. On ne peut pas continuer à faire semblant que tout va bien. Parle-moi. Dis-moi ce qui se passe dans ta tête. Dis-moi ce que je peux faire pour arranger les choses.

Il s’était arrêté sur le pas de la porte, le dos tourné, la main sur la poignée. Il était resté immobile quelques secondes, et Nina avait retenu son souffle, espérant qu’il allait se retourner, qu’il allait la prendre dans ses bras, qu’il allait lui dire qu’il l’aimait et que tout irait bien. Mais il n’avait rien fait de tout cela. Il avait simplement ouvert la porte et était sorti sans un mot de plus.

La porte avait claqué. Le bruit avait résonné dans toute la maison. Nina était restée debout dans la cuisine, les bras ballants, le cœur en miettes. Elle avait regardé la cafetière encore pleine, la tasse qu’il n’avait pas finie, le pain de mie entamé, et elle avait senti les larmes monter. Mais elle les avait ravalées. Elle ne voulait pas pleurer. Pas encore. Pas maintenant. Pleurer, c’était admettre que quelque chose n’allait pas. Pleurer, c’était reconnaître que son couple était en train de mourir. Et elle n’était pas prête à l’admettre.

Alors elle avait fait ce qu’elle faisait toujours quand la réalité devenait trop dure à supporter. Elle s’était menti à elle-même. Elle s’était inventé des excuses. Des explications rassurantes. Des justifications consolatrices.

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