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CHAPITRE 11 – Les silences qui tuent

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-07-13 19:16:50

Les jours qui suivirent ce dimanche de confidence brisée furent les plus longs que Nina ait jamais vécus. Elle qui croyait connaître la patience, elle qui pensait avoir apprivoisé l’attente comme on apprivoise un animal sauvage, elle découvrait soudain une nouvelle forme de souffrance, plus sourde, plus profonde, plus insidieuse. Le silence.

Pas le silence paisible des matins tranquilles. Pas le silence complice des vieux couples qui n’ont plus besoin de mots. Non. Un autre silence. Un silence lourd, épais, visqueux, qui s’infiltrait partout, qui remplissait chaque pièce de la maison, qui s’installait entre elle et Éric comme un troisième personnage, invisible mais omniprésent.

Le lundi matin, Éric était parti travailler sans prononcer un mot. Il avait bu son café debout dans la cuisine, le regard fixé sur l’écran de son téléphone, puis avait attrapé sa mallette et avait franchi la porte sans même un regard pour Nina. Elle était restée debout dans l’entrée, sa tasse de café à la main, écoutant le bruit de ses pas décroître dans l’allée, puis le claquement de la portière, puis le ronronnement du moteur qui s’éloignait. Et puis plus rien. Le silence. Le grand silence de la maison vide.

Le soir, il était rentré tard, très tard. Nina avait préparé un dîner qu’elle avait laissé mijoter pendant des heures, un bœuf bourguignon dont elle avait le secret, une recette que sa mère lui avait transmise et qu’elle ne sortait que pour les grandes occasions. Elle avait mis la table avec soin, allumé des bougies, choisi une nappe propre. Elle voulait rattraper ce dimanche raté, effacer les mots malheureux, reconstruire le pont qu’elle sentait se fissurer sous ses pieds. Mais Éric n’était pas rentré dîner. Il avait envoyé un message, un simple texto, laconique et froid : « Ne m’attends pas. Je mange en ville. »

Elle avait lu ce message debout dans la cuisine, le tablier encore noué autour de la taille, la cuillère en bois à la main. Elle l’avait lu plusieurs fois, comme pour s’assurer qu’elle avait bien compris, comme si les mots pouvaient changer de sens à force d’être lus. Mais les mots ne changeaient pas. Ils restaient ce qu’ils étaient : secs, impersonnels, presque administratifs. Elle avait posé son téléphone sur le plan de travail, avait éteint le feu sous la cocotte, avait soufflé les bougies une à une. La fumée des mèches s’était élevée en volutes légères dans la cuisine silencieuse.

Elle avait dîné seule, face à son assiette, dans le grand silence de la salle à manger. Le bœuf bourguignon était bon, pourtant. La viande était tendre, la sauce onctueuse, les légumes fondants. Mais elle ne sentait rien. Elle mastiquait sans goût, sans plaisir, comme on accomplit une corvée. De temps en temps, elle levait les yeux vers la chaise vide en face d’elle, et elle sentait sa gorge se serrer.

Quand Éric était enfin rentré, vers minuit, elle faisait semblant de dormir. Elle avait entendu ses pas dans l’escalier, le grincement de la porte de la chambre, le bruissement de ses vêtements qu’il retirait. Elle avait senti le matelas s’enfoncer sous son poids. Elle avait retenu sa respiration, espérant un geste, un mot, un baiser sur la nuque. Mais rien n’était venu. Éric s’était tourné de l’autre côté et s’était endormi presque immédiatement, la laissant seule dans le noir avec ses pensées qui tournaient en boucle.

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