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CHAPITRE 13 – Les silences qui tuent

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-07-13 19:17:23

Il était stressé par son travail. Voilà. C’était cela. Éric avait beaucoup de pression en ce moment. Ses affaires étaient compliquées. Ses associés étaient exigeants. La concurrence était féroce. Il passait ses journées à prendre des décisions difficiles, à gérer des crises, à éteindre des incendies. Alors forcément, le soir, il était fatigué. Forcément, il n’avait plus l’énergie de parler, de sourire, d’aimer. Ce n’était pas contre elle. Ce n’était pas personnel. C’était juste la vie. La vie moderne. La vie trépidante d’un homme d’affaires brillant.

Elle répéta ce discours intérieurement des dizaines de fois. Elle le répéta comme on récite une prière, comme on psalmodie un mantra, en espérant que la répétition finirait par transformer le mensonge en vérité. Et à force de le répéter, elle finit presque par y croire. Presque.

Mais le jeudi, quelque chose se produisit qui ébranla ses certitudes.

Elle était sortie faire des courses en ville. Le ciel était gris, bas, menaçant. Elle marchait vite, son cabas à la main, quand elle aperçut soudain une silhouette familière au détour d’une rue. C’était Éric. Il sortait d’un café, un téléphone collé à l’oreille, le visage souriant. Il riait même. Il riait aux éclats, d’un rire franc, spontané, joyeux, qu’elle ne lui avait pas entendu depuis des mois.

Elle s’arrêta net sur le trottoir, le cœur battant. Il ne l’avait pas vue. Il était trop absorbé par sa conversation téléphonique. Il gesticulait en parlant, le visage animé, les yeux brillants. Il avait l’air heureux. Vraiment heureux. Radieux, même.

Nina resta pétrifiée, incapable de faire un pas. Elle le regarda s’éloigner dans la rue, son téléphone à la main, son rire qui résonnait entre les façades. Et soudain, une pensée la frappa comme une gifle. Une pensée qu’elle repoussa immédiatement, qu’elle essaya d’étouffer avant qu’elle ne prenne racine, mais qui s’installa malgré tout dans un coin de son esprit.

Si Éric pouvait rire ainsi au téléphone, c’est qu’il n’était pas dépressif. S’il pouvait sourire avec autant de naturel, c’est que son silence n’était pas dû à la fatigue ou au stress. Il était silencieux avec elle. Uniquement avec elle. Le silence était un choix. Un choix délibéré. Un choix cruel.

Cette pensée la poursuivit toute la journée. Elle tournait dans sa tête comme un poison lent, diffus, qui contaminait tout ce qu’elle touchait. Elle essaya de la chasser, de la raisonner, de la noyer sous un flot d’excuses et de justifications. Mais elle revenait toujours, lancinante, insistante, douloureuse.

Le soir, quand Éric rentra, elle l’observa avec des yeux nouveaux. Elle remarqua des détails qui lui avaient échappé jusque-là. La façon dont il posait son téléphone sur la table, toujours face contre le meuble, comme pour cacher l’écran. La façon dont il s’éloignait pour répondre à certains appels, prétextant une mauvaise réception. La façon dont il souriait en lisant certains messages, puis effaçait rapidement la conversation quand elle s’approchait.

Tout cela, elle l’avait déjà vu, bien sûr. Mais elle ne l’avait jamais vraiment regardé. Elle avait détourné les yeux par peur, par lâcheté, par confort. Mais maintenant qu’elle avait ouvert les yeux, elle ne pouvait plus les refermer. L’alarme silencieuse qui dormait au fond d’elle depuis des mois venait de se réveiller. Elle sonnait doucement, faiblement, mais elle sonnait. Et Nina savait qu’elle ne s’arrêterait plus.

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