Mag-log inElenaLe téléphone sonne dans le bureau de Vincenzo.Je suis seule dans la pièce , privilège rare, obtenu après des années de patience. Mon mari est à Naples pour la journée, Flavio avec lui, et les gardes ont reçu l'ordre de ne pas me déranger. Officiellement, je fais l'inventaire des archives. Officieusement, je m'apprête à commettre la plus grande trahison de ma vie.Je décroche le combiné, compose le numéro de mémoire. Un numéro que j'ai appris il y a trois jours, qu'Adam m'a fait répéter cent fois avant que je ne le grave dans mon cerveau. Un numéro qui relie directement à sa hiérarchie, au service des opérations spéciales, à Paris.Deux sonneries. Trois. Une voix d'homme, neutre, professionnelle.— Allô ?— Je souhaite parler au dire
Je prends une profonde inspiration. C'est le moment de vérité. Le moment que j'ai préparé, redouté, espéré depuis des semaines. Depuis que j'ai compris qu'Adam n'était pas un simple jardinier, et qu'il pouvait devenir bien plus qu'un pion sur mon échiquier.— Quand ma mère a été arrêtée, le clan Orsini a été démantelé. Mais pas entièrement. J'ai gardé des contacts. Des fidèles. Des gens qui croyaient en moi, ou qui détestaient Vincenzo, ou les deux. Pendant sept ans, j'ai reconstitué un réseau, dans l'ombre, sans que personne ne s'en aperçoive. Pas même Vincenzo. Surtout pas Vincenzo.— Quel genre de réseau ?— Des avocats, des banquiers, des policiers véreux, des hommes d'affaires. Des gens qui détenaient des informations, des preuv
ElenaLe salon est baigné de la lumière dorée de l'après-midi. Un soleil timide filtre à travers les voilages, dessinant des motifs mouvants sur le parquet ciré, sur les meubles lourds, sur l'échiquier de marbre qui trône au centre de la pièce.C'est moi qui ai demandé à Adam de venir ici. Dans le salon principal, la pièce la plus exposée de la villa. Un choix délibéré. Un choix stratégique. Si quelqu'un nous voit, nous aurons l'air de ce que nous sommes censés être : la femme du patron qui donne des instructions à un domestique. Rien de suspect. Rien de compromettant.Mais ce que j'ai à lui dire n'a rien d'innocent.Adam entre, le dos courbé, l'attitude humble du jardinier qu'on convoque. Il s'est changé , une chemise propre, un pantalon sans taches. Il a fait un effort, et j'appr&eac
Je me lève, les poings serrés. La colère est là, maintenant, une colère noire qui balaie tout sur son passage.— Donc tu m'as utilisé. Comme tu utilises tout le monde. Je n'étais qu'un pion dans ton jeu. Un moyen de t'échapper.— Au début, oui.— Et après ?— Après, je suis tombée amoureuse. Vraiment. Contre toute prudence, contre toute logique, contre tous mes plans. Je suis tombée amoureuse de toi, Adam. De tes mains calleuses, de tes yeux noirs, de ta façon de lire Homère en cachette. De ta maladresse quand tu m'as embrassée la première fois. De ta force quand tu m'as protégée. De ta vulnérabilité quand tu m'as avoué ton secret.— Menteuse. Tu m'as menti depuis le début.— Toi aussi, tu m'as menti. Nous sommes quittes.&mdas
AdamLa serre est plongée dans l'obscurité quand j'arrive. Pas de bougie, pas de lampe torche, pas de lune pour éclairer les vitres sales. Les nuages ont tout avalé, même les étoiles. Le vent s'est calmé, remplacé par un silence lourd, oppressant, qui donne l'impression que le monde retient son souffle avant l'orage.Elena est là, debout près de l'établi, une silhouette pâle dans l'ombre. Elle porte une robe sombre, un châle sur les épaules, et elle n'a pas entendu mes pas. Ou peut-être que si. Peut-être qu'elle m'attendait, immobile, comme une statue dans un temple abandonné.Je m'arrête à trois mètres d'elle. Je n'allume pas de lumière. Je ne veux pas voir son visage. Pas tout de suite. Je veux d'abord entendre sa voix. Je veux d'abord savoir si elle va continuer à jouer la comédie.&mda
AdamLa nuit est tombée depuis deux heures quand je me glisse hors du garage. Le vent est toujours là, un vent mauvais qui fait grincer les volets et gémir les cyprès. La villa est éclairée, toutes les fenêtres du rez-de-chaussée brillent dans l'obscurité. Vincenzo est rentré. J'ai entendu le bruit de sa voiture vers vingt heures, puis des éclats de voix, des ordres aboyés, des portes qui claquent. La colère du Parrain est tombée sur la maison comme une chape de plomb.Je ne vais pas à la serre. Elena m'attend peut-être là-bas, mais j'ai autre chose à faire avant. Quelque chose que j'aurais dû faire depuis longtemps.Je traverse le parc, courbé, silencieux, évitant les zones éclairées. Les gardes sont nombreux ce soir — j'en compte au moins six autour du périmètre, sans par
Il rit. Un rire amer, sans joie.— Tu es comme toutes les autres. Tu crois que l'amour donne des droits. Tu crois que parce que je t'ai dit je t'aime, tu peux tout savoir, tout comprendre, tout contrôler.— Ce n'est pas ce que...— Sors, Camille. Je ne veux plus
CamilleHuit heures sonnent au clocher du village.Je monte l'escalier en colimaçon pour la troisième fois. Mes jambes tremblent, mais pas de peur d'impatience. Chaque marche me rapproche de lui. Chaque tour de l'escalier me rapproche de l'eau, de la chaleur, de ses mains.Soixante et une marches.
CamilleJe reste trois jours chez ma mère.Trois jours à ne rien faire. Trois jours à regarder le feu, à écouter sa toux, à lui préparer des tisanes avec les herbes que Margot m'a données. Trois jours à essayer de ne pas penser à lui.Je n'y arrive pas.La nuit, dans le lit trop petit, je me tourne
CamilleJe marche dans la boue sans la voir.Mes pieds connaissent le chemin , la grand-rue du village, la place avec son puits, le sentier qui grimpe vers les chaumières des pauvres. Je pourrais le faire les yeux fermés. Et c'est un peu ce qui arrive : mes yeux regardent sans voir, mes oreilles en







