Après le divorce il est devenu obsédé

Après le divorce il est devenu obsédé

last updateLast Updated : 2026-04-29
By:  Les écrits d'une Mariam Updated just now
Language: French
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Après le divorce il est devenu obsédé Mariée durant quatre longues années à Gael Montemayor,Ximena Salazar a supporté l’indifférence et les humiliations d’un mari qui ne l’a jamais aimée. Après une trahison de trop, elle demande le divorce et retourne à Mexico auprès de sa puissante famille. Loin de son ancien mariage, Ximena retrouve enfin sa véritable place : héritière brillante, admirée et libre. Alors qu’elle reconstruit sa vie, Gael réalise trop tard qu’il vient de perdre la seule femme qui l’aimait sincèrement. Et cette fois, Ximena refuse de revenir vers lui.

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Chapter 1

Chapitre 1

Chapitre 1 : Les bougies de minuit

Ximena

Je dispose la dernière rose blanche au centre de la table, et le geste de mes doigts qui effleurent les pétales est presque une prière  une prière que je n'ose plus formuler à voix haute, que je n'ose même plus penser, tant j'ai peur qu'elle soit entendue par le silence de cette maison qui n'en peut plus d'être silencieuse. La tige est fraîche, coupée ce matin chez le fleuriste de la Gran Vía, un petit homme bossu qui m'a reconnue et qui m'a demandé des nouvelles de monsieur Montemayor avec cette déférence un peu obséquieuse qu'ont les commerçants de Madrid pour les familles riches et malheureuses. Je lui ai répondu que tout allait bien, que monsieur Montemayor était très occupé mais qu'il se portait à merveille, et j'ai payé les roses avec la carte de crédit que Gael m'a laissée comme on laisse un pourboire à une domestique silencieuse. La rose se love entre ses sœurs, et je recule d'un pas pour contempler mon ouvrage avec cette satisfaction amère de l'artisan qui sait que personne ne verra son chef-d'œuvre. La nappe en lin ivoire que j'ai fait venir de Bruges il y a trois semaines, qui a traversé l'Europe dans un carton capitonné, tombe en plis parfaits sur l'acajou massif de la table que nous avons choisie ensemble dans une brocante de Ségovie ,c'était il y a quatre ans, un matin de printemps, et Gael m'avait tenu la main en marchandant avec l'antiquaire, un moment si rare et si doux que je l'ai enfermé dans ma mémoire comme on enferme un bijou dans un écrin dont on perdra la clé.

Les bougies sont des cierges en cire d'abeille que j'ai dénichés chez un artisan de la Plaza Mayor, un vieil homme aux doigts jaunis par la cire fondue qui m'a raconté que chaque bougie renfermait une intention, un vœu, un secret, et qu'il fallait les allumer en pensant très fort à ce qu'on désirait le plus au monde. J'ai pensé à Gael quand j'ai craqué la première allumette, j'ai pensé à ses yeux noirs que j'ai vus briller une seule fois ,une seule ,pendant cette nuit à Acapulco où il m'avait invitée à danser, où ses doigts tremblaient sur ma taille, où il m'avait regardée comme si j'étais la première femme qu'il voyait vraiment. Les bougies brûlent maintenant depuis deux heures, et leurs flammes tremblotent chaque fois que le vent de mars s'engouffre sous la porte-fenêtre du balcon, malgré les joints que j'ai fait poser l'année dernière sans en parler à personne, parce que les courants d'air sont froids et que Gael est toujours enrhumé, et que je veux qu'il soit bien dans cette maison même s'il ne remarque jamais rien de ce que j'y fais.

Je devrais peut-être commencer par le commencement, mais quel est le commencement d'une histoire qui n'a jamais vraiment commencé ? Le jour où nos pères ont signé le contrat d'alliance dans le bureau lambrissé de don Alejandro Salazar, à Mexico, sous le regard sévère des portraits d'ancêtres qui nous jugeaient depuis leurs cadres dorés ? Le jour où j'ai enfilé ma robe de mariée, une merveille de dentelle française que ma mère avait fait venir exprès de Paris, et où j'ai marché vers l'autel avec la certitude que l'amour viendrait, que ma tendresse patiente aurait raison de ses silences, que nos familles réconciliées par notre union écriraient une nouvelle page de l'histoire industrielle des deux continents ? Ou ce matin même, ce matin de mes vingt-six ans, quand je me suis réveillée seule dans mon lit trop grand et que j'ai décidé de préparer ce dîner comme on prépare une dernière bataille, une dernière chance, un dernier espoir avant la reddition ?

Je me suis coiffée comme il aimait autrefois , autrefois, ce mot me brûle les lèvres comme une gorgée d'alcool trop fort , un chignon bas qui dégage ma nuque et que j'ai piqué d'un peigne en écaille hérité de ma grand-mère Salazar, une femme que je n'ai pas connue mais dont on dit qu'elle était la seule à tenir tête aux hommes de la famille, la seule à ne jamais courber l'échine, la seule à oser dire non dans un monde où les femmes disaient toujours oui. Le peigne est froid contre mon cuir chevelu, et je me demande ce qu'elle penserait de moi, cette aïeule légendaire, si elle me voyait aujourd'hui , à genoux métaphoriquement devant un homme qui ne m'a jamais vue, qui ne me voit pas, qui ne me verra jamais. La robe que je porte, je l'ai achetée pour ce soir, une soie sauvage bleu nuit qui épouse mes hanches sans les contraindre et qui, j'ose encore l'espérer, lui rappellera la couleur du ciel de Mexico au crépuscule, ce ciel immense et vibrant que nous aimions tous les deux sans le savoir, sans nous le dire, sans partager autre chose que des silences pleins de tout ce que nous n'osions pas prononcer.

J'ai passé trois jours à tout préparer , et quand je dis tout, je pèse chaque syllabe de ce mot minuscule qui contient l'océan de ma solitude. Le menu, d'abord : un ceviche de dorade comme celui qu'on sert dans les restaurants de la côte pacifique, avec du citron vert et de la coriandre fraîche, un plat qui évoque les étés de mon enfance et que Gael avait goûté une fois, une seule fois, il y a des années, en disant que c'était bon sans plus, mais je l'avais vu fermer les yeux en mâchant et j'avais su que ce "sans plus" était un mensonge d'homme trop fier pour avouer qu'il aimait quelque chose. Ensuite, un jarret d'agneau confit aux épices, une recette que j'ai volée à la cuisinière de ma mère et que j'ai adaptée. Enfin, le gâteau, un gâteau de mariage miniature que j'ai confectionné de mes mains parce que je voulais qu'il y ait du vrai, du simple, du sincère dans cette soirée, et que rien de ce qui sort d'une pâtisserie de luxe ne peut remplacer la maladresse d'une femme qui pétrit la pâte en pensant à l'homme qu'elle aime.

Le vin, je l'ai choisi avec le sommelier du Ritz, un Français à moustache qui m'a regardée avec une pitié qui m'a fait détourner les yeux. Un Ribera del Duero 2015, l'année de notre mariage, un vin profond et tannique qui a le goût des promesses non tenues et des lendemains qui ne chantent jamais. Le sommelier m'a demandé si c'était pour une grande occasion, et j'ai répondu que oui, une très grande occasion, sans préciser que cette occasion était peut-être la dernière, l'ultime, celle où je saurais définitivement si je devais continuer à espérer ou commencer à faire mes valises.

Les heures ont passé, et je me suis affairée dans cette cuisine qui est la seule pièce vraiment vivante du penthouse, la seule où je me sens utile, la seule où mes gestes ont un sens et un résultat. J'ai haché, émincé, mijoté, goûté, rectifié l'assaisonnement avec des gestes de prêtresse officiant un rite ancien dont elle connaît chaque variation. La vapeur des casseroles embuait les vitres, et je me surprenais à sourire en pensant au visage de Gael quand il découvrirait la table, les bougies, les roses, le gâteau et ses vingt-six petites flammes tremblotant dans la pénombre. J'imaginais sa surprise, son regret peut-être, ses excuses pour les années d'indifférence, ses bras qui s'ouvriraient enfin, ses lèvres qui prononceraient les mots que je n'ai jamais entendus ,"Ximena, je suis désolé, Ximena, j'ai été aveugle, Ximena, je t'aime." J'imaginais tout cela avec une précision qui me fait honte maintenant que je l'écris, avec une naïveté qui me serre la gorge et me donne envie de rire et de pleurer en même temps, un rire amer de femme qui a passé quatre ans à construire des châteaux en Espagne littéralement, des châteaux de farine et de sucre que la réalité a toujours fini par balayer d'un revers de main indifférent.

Vingt heures. Je dispose les assiettes, les couverts en argent massif, les verres en cristal qui tintent doucement quand mes doigts les frôlent. Je vérifie une dernière fois la cuisson de l'agneau, la fraîcheur du ceviche, la tenue du gâteau sous sa cloche de verre. Tout est prêt, parfait, impeccable, comme ces magazines de décoration que je feuillette le dimanche après-midi en attendant que Gael rentre de ses réunions interminables. Vingt heures trente. Je monte me changer, j'enfile la robe bleu nuit, j'ajuste le peigne d'écaille, je mets une touche de rouge à lèvres , un rouge discret, élégant, celui que ma mère appelle le rouge des grandes occasions. Vingt-et-une heures. Je descends, allume les bougies, m'assieds sur le canapé du salon et attends.

L'horloge murale égrène les secondes avec un tic-tac de condamné, et je ne peux m'empêcher de penser à ce film que j'ai vu enfant, où un prisonnier attend son exécution et le temps qui s'étire, s'étire, s'étire, jusqu'à ce que l'aube se lève et que la porte de la cellule s'ouvre. Sauf que moi, je ne sais pas si la porte s'ouvrira. Je ne sais pas si Gael rentrera. Je ne sais même pas s'il se souvient de mon anniversaire, malgré la carte que j'ai laissée ce matin sur sa table de chevet, malgré le message que j'ai dicté à sa secrétaire, malgré les allusions que j'ai semées depuis quinze jours comme des cailloux dans la forêt obscure de son indifférence. Vingt-deux heures. Les bougies ont brûlé d'un tiers, et leur cire commence à couler sur les chandeliers en gouttelettes dorées qui figent en chemin. Je me lève, marche jusqu'à la fenêtre, regarde la ville qui scintille en contrebas, Madrid la belle, Madrid l'indifférente, Madrid qui abrite des millions d'histoires d'amour heureuses et une seule histoire d'amour qui n'a jamais commencé.

Je pense à ma mère, à ses mots de ce matin quand je l'ai appelée pour lui dire que tout allait bien, que Gael travaillait beaucoup mais qu'il était attentionné, que nous irions peut-être à Mexico cet été. J'ai menti avec un aplomb qui m'a donné envie de vomir, et ma mère a écouté sans m'interrompre, elle a toujours su écouter, elle a toujours su entendre derrière mes mots le contraire de ce que je disais. "Quand tu seras prête à rentrer, mi vida, la maison t'attend", elle a dit avant de raccrocher, et sa voix était douce comme une caresse sur un front fiévreux. La maison t'attend. Ces quatre syllabes résonnent encore en moi comme une promesse venue d'une autre vie, la vie d'avant le mariage, quand j'étais Ximena Salazar et non madame Montemayor, quand je peignais dans l'atelier du jardin et que mes frères me taquinaient sur mes amours adolescentes.

Vingt-trois heures. Le téléphone n'a pas sonné, la porte n'a pas claqué, l'ascenseur n'a pas grincé. Gael n'est pas rentré, et je commence à comprendre qu'il ne rentrera pas, qu'il a oublié, qu'il est peut-être avec elle, cette femme dont je devine la présence depuis des mois sans vouloir la nommer, cette femme qui laisse son parfum sur ses vestes et son rouge à lèvres sur ses cols de chemise, cette femme qu'il regarde peut-être comme il ne m'a jamais regardée. Vingt-trois heures quarante-sept. Puis minuit. Les douze coups sonnent dans l'appartement désert, et je comprends avec une clarté qui ne doit rien à la raison et tout à l'instinct que quelque chose vient de se briser, quelque chose qui ne se réparera jamais, quelque chose qui était déjà cassé depuis longtemps mais que je m'obstinais à croire réparable.

Alors je m'assieds lentement sur la chaise que j'avais destinée à mon mari, je rapproche le gâteau nappé de chocolat amer, je plante les vingt-six bougies une à une dans la crème encore onctueuse, je les allume avec le briquet de la cuisine que je tiens dans une main qui tremble à peine, et je les souffle seule, dans le silence de notre penthouse madrilène, en retenant mes larmes comme une petite fille qui a depuis longtemps cessé de croire aux vœux exaucés. La cire chaude coule sur le glaçage et trace des rigoles dorées qui ressemblent à des cicatrices. Je ne sais pas encore que ce gâteau, ces bougies, cette nuit de solitude sont le point final d'une histoire qui n'a jamais vraiment commencé. Je sais seulement que j'ai vingt-six ans, que mon mari ne rentre pas, et que je suis fatiguée ,si fatiguée que mes doigts tremblent en essuyant la cire sur le rebord du plat, si fatiguée que je n'ai même plus la force d'espérer qu'il poussera la porte avant l'aube, si fatiguée que je m'endors sur le canapé du salon, recroquevillée dans ma robe de soie bleu nuit, le visage tourné vers la porte d'entrée qui ne s'ouvrira pas. Les roses blanches, dans leur vase de cristal, penchent déjà la tête comme des danseuses épuisées à la fin d'un ballet sans spectateur.

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