Se connecterDu point de vue de Caroline
— Ma belle, laisse-moi t’emmener quelque part pour te changer les idées, propose Penelope, ma meilleure amie, d’une voix douce et réconfortante.
Elle est appuyée contre sa toute nouvelle voiture de sport, un sourire complice aux lèvres, comme si elle voyait clair dans mon jeu et devinait tout ce que je m’efforce de dissimuler.
Je sors de la maison, espérant laisser derrière moi tout ce qui me pèse. Mais la douleur est toujours là. Le regard de Penelope se pose soudain sur quelque chose près de la pelouse. Elle se baisse pour le ramasser.
— Qu’est-ce que c’est ? demande-t-elle en examinant le petit écrin noir qu’elle tient à la main. Ses lettres dorées brillent dans la lumière déclinante du soir.
Mon estomac se noue. Je sais exactement de quoi il s’agit. Un écrin à bijoux, du même genre que celui dans lequel Knoxx a offert son collier de rubis à Dolly lors de la vente aux enchères. Je le prends des mains de Penelope, les doigts tremblants, et l’ouvre. À l’intérieur se trouvent deux boucles d’oreilles en diamants. Elles sont magnifiques, mais leur éclat ne me fait rien. Elles ne sont pas pour moi.
Je referme brusquement l’écrin, la poitrine serrée.
— Elles étaient sûrement destinées à Dolly, marmonne-je avec dégoût.
Je jette l’écrin dans la poubelle près de la porte. Il tombe au fond dans un bruit sourd qui résonne étrangement à mes oreilles.
Penelope hausse un sourcil, mais ne pose aucune question. Elle me connaît trop bien pour insister alors que je ne suis pas prête à parler. Elle se contente de me faire signe de monter dans sa voiture et m’adresse un clin d’œil.
— Allez, viens. On va oublier ce salaud pendant quelque temps.
Nous roulons en silence. Les lumières de la ville défilent derrière les vitres, se mêlant à mes pensées qui s’emballent. Les enseignes au néon et les fenêtres illuminées ne sont bientôt plus qu’un flou de couleurs. Tout cela me rappelle la vie que je pensais autrefois avoir parfaitement maîtrisée.
Penelope et moi arrivons à notre refuge habituel : ma suite VIP chez Hermès. Dès que nous ouvrons les portières, l’odeur familière du cuir et des parfums de luxe nous accueille. J’ai presque l’impression de pénétrer dans un autre monde, où tout est parfait et où rien ne vient troubler le chaos de ma vie.
Penelope me tend une coupe de champagne, les yeux pétillants de malice.
— Une petite séance de shopping, ma belle ! Il n’y a rien de mieux pour soigner un cœur brisé.
Je lui adresse un sourire, mais il manque de naturel. Autrefois, cet endroit, avec ses étoffes somptueuses et ses articles hors de prix, était pour moi un véritable havre de paix. J’adorais flâner parmi les vitrines élégamment agencées, le cœur battant à l’idée de m’offrir un nouveau bijou ou un sac de créateur. Et j’aimais particulièrement être traitée comme une reine par le personnel. Cela me donnait l’impression d’être quelqu’un d’important.
Penelope tourne sur elle-même devant un miroir. Sa robe en soie épouse parfaitement ses courbes. Elle rayonne de bonheur.
— Ça, c’est la belle vie, Caroline ! Toi, ici, entourée de tout ce luxe... C’est là que tu es à ta place. Alors pourquoi le cacher à Knoxx ?
Ses paroles me prennent au dépourvu. Je m’arrête au milieu de ma gorgée, soudain incapable d’avaler mon champagne. Je repose ma coupe et passe les doigts sur un sac en peau de crocodile qui ne m’intéresse même pas.
— Je ne lui cache rien, réponds-je à voix basse, sans grande conviction. C’est juste qu’il ne se soucie pas assez de moi pour s’intéresser à qui je suis vraiment.
Le sourire insouciant de Penelope s’efface, laissant place à une expression inquiète. Elle vient s’asseoir à côté de moi et cherche mon regard.
— Pourquoi tu restes avec lui ? Pourquoi tu continues à te faire autant de mal ?
Je baisse les yeux vers ma coupe, observant les bulles remonter à la surface tandis que les souvenirs affluent. Je revois le regard glacial de Knoxx ce soir, la façon dont il m’a regardée comme si je n’étais qu’un vulgaire problème dont il aurait préféré se débarrasser.
— Trois ans, Penelope. Trois ans que j’essaie de faire fonctionner notre mariage, et il ne m’aime toujours pas. Il ne me voit même pas. Je lui ai tout donné, et tout ce qu’il trouve à faire, c’est me repousser.
Penelope se rapproche de moi, sa voix s’adoucissant.
— Tu mérites tellement mieux que ça, Caroline. Tu es une femme forte, et regarde tout ce que tu as accompli. Pourquoi le laisser te faire perdre confiance en toi ?
Ses paroles font naître un peu d’espoir en moi, mais je reste prisonnière de mes doutes. Je prends une profonde inspiration.
— Je pensais qu’il finirait par changer. Je croyais que l’amour lui ouvrirait les yeux.
Penelope secoue la tête, le regard déterminé.
— L’amour ne devrait pas être un combat. Tu ne devrais pas avoir à te battre pour que quelqu’un reconnaisse ta valeur.
J’acquiesce, mais le nœud dans mon estomac se resserre. Même au milieu de tout ce luxe, impossible d’échapper à ma triste réalité. Je laisse échapper un souffle tremblant, m’efforçant de garder contenance.
— Il m’a accusée de le tromper. Tu te rends compte ? De le tromper !
Penelope ouvre de grands yeux.
— Toi ? Mais avec qui ?
— Il a vu des photos de moi au restaurant... avec mon père, dis-je en secouant la tête, toujours incrédule. Il ne m’a même pas posé de questions. Il a simplement... tiré ses propres conclusions. Il s’est imaginé que j’étais avec un autre homme. Un homme aux cheveux argentés, en plus ! C’est complètement absurde.
Penelope serre les poings, la colère brillant dans ses yeux.
— Il a complètement perdu la tête ! Comment peut-il ne pas voir à quel point tu lui es dévouée ? Tout ce que tu as sacrifié pour lui ?
— Et comme si ça ne suffisait pas... Dolly est de retour, avoué-je dans un murmure. Elle a toujours été dans les parages, mais maintenant, elle est... elle est de nouveau là.
Le visage de Penelope s’assombrit.
— Quelle garce sournoise ! Elle n’est donc jamais vraiment partie ? Toujours à rôder dans l’ombre, à attendre le moment idéal pour frapper...
Elle marque une pause, puis reprend d’une voix plus douce :
— Pourquoi tu t’accroches encore à lui, Caroline ? Il ne te mérite pas.
J’ouvre la bouche pour répondre, mais aucun mot ne me vient. Avant que je puisse reprendre mes esprits, mon téléphone vibre sur la table. Mon attention se porte aussitôt sur l’écran.
Un message de Dolly.
Ma poitrine se serre. Je déverrouille mon téléphone, le ventre noué par l’angoisse. Ses mots me frappent de plein fouet. Pendant un instant, le monde semble s’arrêter. La main tremblante, je fixe l’écran, relisant le message sans parvenir à en croire mes yeux.
[Je suis enceinte de Knoxx. Il faut qu’on parle.] — Dolly
Point de vue de DollyAdossée à mon fauteuil, je fais défiler les commentaires sous ma dernière publication promotionnelle, un sourire satisfait aux lèvres. On me qualifie de « créatrice de bijoux la plus belle et la plus talentueuse », de « partenaire idéale » pour Knoxx. Les commentaires se succèdent : Knoxx et moi formons un couple magnifique, nous sommes faits l’un pour l’autre, nous constituons un duo de choc. Je souris en imaginant à quel point ma vie sera parfaite une fois que tout sera en place. Chaque compliment flatte mon ego et me conforte dans l’idée que je suis exactement là où je mérite d’être.Je ferme les yeux et repasse mentalement les derniers mois. Tout m’a menée à cet instant. Pourtant, les choses n’ont pas toujours été aussi idylliques. Il fut un temps où j’ai bien failli tout perdre.J’avais Knoxx à mes pieds, mais à l’époque, cela ne me suffisait pas. J’en voulais davantage. Plus d’argent, plus de prestige. Knoxx avait beau être un homme accompli, un autre homme
Point de vue de CarolineLorsque je vois Lisa apparaître sur le seuil de mon bureau, je remarque aussitôt son air coupable et inquiet. Elle serre nerveusement son téléphone dans sa main, le regard fuyant, comme si elle cherchait ses mots.« Caroline, commence-t-elle d’une voix tremblante. J’ai vu le communiqué de presse. »Je sais déjà de quoi elle parle. Cet article tapageur qui présente Dolly comme « la créatrice de bijoux la plus belle et la plus talentueuse ». Toute cette mise en scène destinée à la faire passer pour un génie de la création, une étoile montante de la joaillerie. Sans oublier les photos : Dolly trône au premier plan, portant le collier en rubis que Knoxx avait acheté aux enchères pour moi.Lisa entre dans mon bureau, le visage toujours marqué par la culpabilité.« J-Je suis allée voir Dolly, avoue-t-elle en bégayant. J’ai essayé de récupérer ton dessin. Je ne pouvais pas rester les bras croisés à la regarder s’attribuer tout le mérite de ton travail. »Ses mains tr
Point de vue de CarolineKnoxx se redresse et se frotte la nuque.« Caroline, j’ai besoin d’un peu de temps pour réfléchir. »Je hoche la tête en croisant les bras.« Je comprends. Tu as jusqu’à la finale du concours pour prendre ta décision. Mais je tiens à ce que tu comprennes bien ce que je te demande. »« D’accord. J’ai compris. » Il détourne le regard, une pointe d’incertitude dans les yeux. « C’est beaucoup à encaisser. Je vais y réfléchir. Laisse-moi juste un peu de temps. »« C’est tout le temps que je peux t’accorder. »Je prends une profonde inspiration, puis me dirige vers la porte.« Je te laisse réfléchir. »Sur ces mots, je quitte la salle, le laissant seul avec ses pensées.Une fois rentrée chez moi, je consulte machinalement mon téléphone. Presque aussitôt, je découvre une avalanche de notifications provenant des réseaux sociaux, d’articles et de commentaires. Mon cœur se serre lorsque je constate que le nom de Dolly fait une nouvelle fois le buzz. Intriguée, je clique
Point de vue de CarolineKnoxx fait irruption dans le bureau, et toutes les conversations s’interrompent aussitôt. Sa seule présence suffit à attirer l’attention. L’atmosphère change instantanément, comme si chacun ressentait la tension qui accompagne son arrivée. Mes collègues tournent vers moi des regards étonnés, avant de reporter les yeux sur lui. Ce n’est pas tous les jours que le roi en personne débarque à l’improviste dans mon espace de travail, surtout après des semaines passées à nous éviter. Autour de moi, mes collègues échangent des regards nerveux et chuchotent entre eux, visiblement déconcertés par cette visite inattendue.Je me redresse sur ma chaise, bien décidée à garder un visage impassible, même si une pointe d’angoisse me parcourt l’échine. Mon cœur s’accélère et mes doigts se crispent légèrement sur le bord de mon bureau. C’est bien la dernière chose dont j’ai besoin en ce moment : une nouvelle confrontation avec Knoxx. Surtout ici, devant tout le monde.Knoxx ne p
Point de vue de KnoxxDolly est assise en face de moi, dans mon bureau. Son regard affiche cette arrogance habituelle qui m’exaspère au plus haut point. Cela fait dix minutes qu’elle parle sans interruption, enchaînant les plaintes, mais je n’ai pratiquement pas retenu un seul mot. Mon esprit est ailleurs, accaparé par des choses bien plus importantes que le nouveau problème qu’elle est en train de monter en épingle.« Knoxx, tu m’écoutes au moins ? »Sa voix sèche et autoritaire me tire de mes pensées.Je lève les yeux vers elle et m’efforce de me concentrer.« Qu’est-ce que tu veux, Dolly ? »Elle plisse les yeux, visiblement agacée que j’aie besoin de le lui demander.« Je te parle de Caroline. Elle m’attaque en justice pour plagiat. Tu te rends compte ? Après tout ce que j’ai fait ! »Ses paroles me font marquer une pause. La dernière fois, elle prétendait que Caroline avait volé ses créations. Et maintenant, elle m’affirme que c’est Caroline qui l’accuse de plagiat. Un doute fuga
Point de vue de CarolineAlors que je rassemble mes affaires pour quitter le bureau, j’entends le claquement familier de talons sur le sol ciré. Je sais déjà de qui il s’agit avant même de lever les yeux.Dolly entre d’un pas assuré, comme si le monde lui appartenait. Les épaules rejetées en arrière, le menton haut, elle affiche une arrogance jusque dans sa démarche. C’en est presque risible de voir à quel point elle s’efforce de paraître intouchable, comme si personne n’était de taille à lui tenir tête.« Caroline », lance-t-elle d’une voix faussement aimable, tandis que son regard acéré trahit ses véritables intentions. Elle n’est manifestement pas venue pour bavarder. « Il faut que je te parle. »Je soupire intérieurement, pose mon sac et me tourne vers elle.« Qu’est-ce que tu me veux, Dolly ? »Son sourire se fige, dissimulant à peine son irritation. Elle prend une profonde inspiration et croise les bras. Le silence du bureau n’est troublé que par le léger cliquetis de son sac.«







