Se connecterDu point de vue de Caroline
L’air me semble lourd lorsque j’approche du café. Mes mains tremblent légèrement, mais je m’efforce de garder les bras le long du corps et de ne rien laisser paraître. J’ai imaginé cette rencontre des dizaines de fois, répété dans ma tête ce que j’allais lui dire et comment j’allais garder mon calme. Mais maintenant que le moment est venu, une boule désagréable me serre la poitrine. Je pousse la porte. La petite clochette au-dessus tinte doucement, un son léger qui contraste avec le poids qui m’oppresse.
Dolly est déjà là, installée dans un coin, les jambes croisées. Elle semble tout droit sortie d’un magazine. Sa coiffure est impeccable, son maquillage parfait, et ses lèvres affichent un sourire qui n’atteint pas ses yeux.
— Caroline, lance-t-elle d’une voix mielleuse, comme si nous étions de vieilles amies. Tu es pile à l’heure. Assieds-toi. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.
Je ne prends même pas la peine de lui répondre et entre directement dans le vif du sujet.
— Tu es de retour, et je veux savoir pourquoi. Qu’est-ce que tu mijotes ?
Elle s’adosse à son siège, son sourire narquois s’élargissant.
— Oh, Caroline... soupire-t-elle, comme si ma question la décevait. Ce n’est pas une question de ce que je compte faire, mais de ce qui s’est déjà passé.
Elle marque une pause, les yeux pétillants d’amusement, comme si elle savourait le moment.
— J’ai couché avec Knoxx. Le soir même de mon retour.
Ses paroles me frappent de plein fouet. Ce n’est pas tant une surprise qu’une blessure profonde qu’on vient de rouvrir. Au fond, je ne suis pas vraiment incrédule. Ses aveux ne font que confirmer ce que je soupçonne depuis longtemps, ce qui ronge notre mariage depuis des mois. Pourtant, l’entendre de sa bouche rend tout cela terriblement réel.
J’avale difficilement ma salive et m’efforce de garder une voix posée.
— Ce soir-là ? Il n’est pas rentré à la maison.
Ce n’est pas une question, mais Dolly hoche tout de même la tête, sans perdre son sourire narquois.
— Tu ne le savais pas ? C’est justement le soir où il t’a laissée seule pour venir me retrouver.
Elle hausse les épaules, comme si cela n’avait aucune importance. Comme si j’aurais dû m’en douter depuis le début.
J’ai envie de lui hurler dessus, mais un étrange calme s’empare de moi. D’une certaine façon, tout s’explique. Ses retours tardifs, ses excuses, sa façon d’éluder mes questions et son attitude distante... Je m’étais persuadée que tout cela était dû au travail, au stress. Peut-être espérais-je encore qu’il ne s’agissait que d'un problème passager, que je pourrais résoudre en faisant suffisamment d’efforts.
Mais ça... Ce n’est pas quelque chose qu’on peut réparer.
Je serre les mâchoires.
— Alors, tu es venue jusqu’ici uniquement pour m’annoncer que tu as couché avec mon mari ?
Dolly laisse échapper un petit rire moqueur.
— Oh, Caroline, ce n’est que le début. Je voulais simplement te faire comprendre quelle est ta place.
Elle se penche vers moi, les yeux plissés.
— Je t’ai vue, tu sais. Le soir de votre anniversaire de mariage, assise toute seule dans ce restaurant pendant qu’il était avec moi. Il était venu fêter mon anniversaire.
Ses paroles me blessent, même si je devrais m’y être préparée. Je me souviens parfaitement de cette soirée. Mais maintenant que Dolly est devant moi et qu’elle me raconte tout cela avec autant de désinvolture, j’ai l’impression qu’elle prend un malin plaisir à me faire revivre cette humiliation.
— Je suis enceinte de lui, ajoute-t-elle d’une voix froide et calculatrice. Il t’a déjà prouvé qu’il se fichait de toi, Caroline. Il est temps que tu me cèdes ta place.
Je ne bronche pas. Mon regard se durcit tandis que je l’observe, cherchant à démêler la vérité de ses provocations. Est-ce qu’elle me dit tout cela pour m’informer de la situation ou simplement pour me faire souffrir davantage ?
— Tu t’attends vraiment à ce que je te croie ?
Elle fouille dans son sac, en sort un document et le fait glisser sur la table avec un sourire satisfait.
— Regarde par toi-même.
J’hésite un instant avant de saisir le document, les mains légèrement tremblantes. C’est un compte rendu médical qui confirme sa grossesse. Les résultats sont sans appel : elle dit la vérité. Je repose le document sur la table, tandis que le poids de cette révélation semble m'écraser peu à peu.
Mon esprit s’emballe, mais je me force à garder mon calme et à ne pas me laisser submerger par mes émotions.
— Tu crois que ça va me pousser à partir ? demandé-je d’une voix calme, malgré la tempête qui fait rage en moi.
Le sourire de Dolly s’élargit.
— Je n’ai pas besoin que tu partes, Caroline. Il m’a déjà choisie. Tu n’es plus qu’un obstacle entre nous.
Je la regarde attentivement et, pour la première fois, tout me paraît étrangement clair. C’est donc cette femme avec qui Knoxx entretient une liaison, celle avec qui il a choisi de me trahir. Mais tandis que je l’écoute se réjouir de ma souffrance, je ne ressens ni surprise ni incrédulité. Seulement du dégoût.
Le sourire méprisant de Dolly s’accentue, révélant toute sa satisfaction.
— Je suis le premier amour de Knoxx, Caroline. Il s’est contenté de toi parce qu’il ne pouvait pas m’avoir. Mais dès mon retour, tout a changé. Il s’est jeté sur moi comme si votre mariage n’avait jamais existé. C’est moi qu’il a toujours voulue.
J’avale difficilement ma salive. Ses paroles me blessent bien plus que je ne veux l’admettre.
— Mais c’est moi qu’il a épousée.
Dolly se renverse dans son siège, visiblement satisfaite d’elle-même.
— Et alors ? Tu étais peut-être simplement le meilleur choix à l’époque. Mais dès mon retour, tu es passée au second plan. Tu l’as vu de tes propres yeux, non ? Le soir de votre anniversaire de mariage, c’est moi qu’il a choisie.
Ma respiration s’accélère tandis que je prends conscience du temps que j’ai passé à me convaincre que les choses finiraient par changer, que Knoxx finirait un jour par m’aimer. Mais à présent, j’ai l’impression que toutes mes illusions s’effondrent, une à une, me laissant face à une vérité insupportable.
Je savais que notre mariage était loin d’être parfait, mais une trahison pareille... Je n’étais pas préparée à ça.
La voix de Dolly vient brusquement interrompre mes pensées.
— Maintenant que tu sais que nous allons avoir un enfant, tu dois renoncer à ton mariage avec lui, poursuit-elle d’un ton suffisant, sans la moindre honte. C’est la moindre des choses.
Je ne réponds pas.
Dolly m’observe attentivement, les yeux brillants de triomphe. Puis elle éclate d’un rire cruel et sans retenue.
— Réfléchis-y, Caroline. Il sera bien plus heureux sans toi. Tu n’es qu’un fardeau pour lui, un mal dont il doit se débarrasser.
Je garde le silence.
Elle se lève pour partir. Sa voix se fait alors venimeuse.
— Si tu ne le quittes pas rapidement, je te ferai vivre un véritable enfer. À ses yeux, tu n’es qu’une croqueuse de diamants, Caroline. N’oublie jamais ça.
Point de vue de DollyAdossée à mon fauteuil, je fais défiler les commentaires sous ma dernière publication promotionnelle, un sourire satisfait aux lèvres. On me qualifie de « créatrice de bijoux la plus belle et la plus talentueuse », de « partenaire idéale » pour Knoxx. Les commentaires se succèdent : Knoxx et moi formons un couple magnifique, nous sommes faits l’un pour l’autre, nous constituons un duo de choc. Je souris en imaginant à quel point ma vie sera parfaite une fois que tout sera en place. Chaque compliment flatte mon ego et me conforte dans l’idée que je suis exactement là où je mérite d’être.Je ferme les yeux et repasse mentalement les derniers mois. Tout m’a menée à cet instant. Pourtant, les choses n’ont pas toujours été aussi idylliques. Il fut un temps où j’ai bien failli tout perdre.J’avais Knoxx à mes pieds, mais à l’époque, cela ne me suffisait pas. J’en voulais davantage. Plus d’argent, plus de prestige. Knoxx avait beau être un homme accompli, un autre homme
Point de vue de CarolineLorsque je vois Lisa apparaître sur le seuil de mon bureau, je remarque aussitôt son air coupable et inquiet. Elle serre nerveusement son téléphone dans sa main, le regard fuyant, comme si elle cherchait ses mots.« Caroline, commence-t-elle d’une voix tremblante. J’ai vu le communiqué de presse. »Je sais déjà de quoi elle parle. Cet article tapageur qui présente Dolly comme « la créatrice de bijoux la plus belle et la plus talentueuse ». Toute cette mise en scène destinée à la faire passer pour un génie de la création, une étoile montante de la joaillerie. Sans oublier les photos : Dolly trône au premier plan, portant le collier en rubis que Knoxx avait acheté aux enchères pour moi.Lisa entre dans mon bureau, le visage toujours marqué par la culpabilité.« J-Je suis allée voir Dolly, avoue-t-elle en bégayant. J’ai essayé de récupérer ton dessin. Je ne pouvais pas rester les bras croisés à la regarder s’attribuer tout le mérite de ton travail. »Ses mains tr
Point de vue de CarolineKnoxx se redresse et se frotte la nuque.« Caroline, j’ai besoin d’un peu de temps pour réfléchir. »Je hoche la tête en croisant les bras.« Je comprends. Tu as jusqu’à la finale du concours pour prendre ta décision. Mais je tiens à ce que tu comprennes bien ce que je te demande. »« D’accord. J’ai compris. » Il détourne le regard, une pointe d’incertitude dans les yeux. « C’est beaucoup à encaisser. Je vais y réfléchir. Laisse-moi juste un peu de temps. »« C’est tout le temps que je peux t’accorder. »Je prends une profonde inspiration, puis me dirige vers la porte.« Je te laisse réfléchir. »Sur ces mots, je quitte la salle, le laissant seul avec ses pensées.Une fois rentrée chez moi, je consulte machinalement mon téléphone. Presque aussitôt, je découvre une avalanche de notifications provenant des réseaux sociaux, d’articles et de commentaires. Mon cœur se serre lorsque je constate que le nom de Dolly fait une nouvelle fois le buzz. Intriguée, je clique
Point de vue de CarolineKnoxx fait irruption dans le bureau, et toutes les conversations s’interrompent aussitôt. Sa seule présence suffit à attirer l’attention. L’atmosphère change instantanément, comme si chacun ressentait la tension qui accompagne son arrivée. Mes collègues tournent vers moi des regards étonnés, avant de reporter les yeux sur lui. Ce n’est pas tous les jours que le roi en personne débarque à l’improviste dans mon espace de travail, surtout après des semaines passées à nous éviter. Autour de moi, mes collègues échangent des regards nerveux et chuchotent entre eux, visiblement déconcertés par cette visite inattendue.Je me redresse sur ma chaise, bien décidée à garder un visage impassible, même si une pointe d’angoisse me parcourt l’échine. Mon cœur s’accélère et mes doigts se crispent légèrement sur le bord de mon bureau. C’est bien la dernière chose dont j’ai besoin en ce moment : une nouvelle confrontation avec Knoxx. Surtout ici, devant tout le monde.Knoxx ne p
Point de vue de KnoxxDolly est assise en face de moi, dans mon bureau. Son regard affiche cette arrogance habituelle qui m’exaspère au plus haut point. Cela fait dix minutes qu’elle parle sans interruption, enchaînant les plaintes, mais je n’ai pratiquement pas retenu un seul mot. Mon esprit est ailleurs, accaparé par des choses bien plus importantes que le nouveau problème qu’elle est en train de monter en épingle.« Knoxx, tu m’écoutes au moins ? »Sa voix sèche et autoritaire me tire de mes pensées.Je lève les yeux vers elle et m’efforce de me concentrer.« Qu’est-ce que tu veux, Dolly ? »Elle plisse les yeux, visiblement agacée que j’aie besoin de le lui demander.« Je te parle de Caroline. Elle m’attaque en justice pour plagiat. Tu te rends compte ? Après tout ce que j’ai fait ! »Ses paroles me font marquer une pause. La dernière fois, elle prétendait que Caroline avait volé ses créations. Et maintenant, elle m’affirme que c’est Caroline qui l’accuse de plagiat. Un doute fuga
Point de vue de CarolineAlors que je rassemble mes affaires pour quitter le bureau, j’entends le claquement familier de talons sur le sol ciré. Je sais déjà de qui il s’agit avant même de lever les yeux.Dolly entre d’un pas assuré, comme si le monde lui appartenait. Les épaules rejetées en arrière, le menton haut, elle affiche une arrogance jusque dans sa démarche. C’en est presque risible de voir à quel point elle s’efforce de paraître intouchable, comme si personne n’était de taille à lui tenir tête.« Caroline », lance-t-elle d’une voix faussement aimable, tandis que son regard acéré trahit ses véritables intentions. Elle n’est manifestement pas venue pour bavarder. « Il faut que je te parle. »Je soupire intérieurement, pose mon sac et me tourne vers elle.« Qu’est-ce que tu me veux, Dolly ? »Son sourire se fige, dissimulant à peine son irritation. Elle prend une profonde inspiration et croise les bras. Le silence du bureau n’est troublé que par le léger cliquetis de son sac.«







