LOGINJade s'approche.
— Ça va ?
— Je sais pas.
— C'était bien ?
— C'était tout. C'était trop. C'était pas assez.
Elle passe son bras autour de ma taille.
— Viens. Rentrons.
Dans la rue, la pluie a cessé. Le ciel est gris, mais plus lumineux. Comme si quelque chose s'était ouvert.
— Elle est belle, dit Jade.
— Oui.
— Et intelligente. Et sensible. Et elle a ton regard.
— Je sais.
— T'as une fille, Léo.<
Maman dit que je dois l'appeler "Samuel" ou "mon frère". Elle répète ce mot comme une prière , frère, frère, frère , en espérant qu'à force de le prononcer, il devienne vrai. Je la regarde quand elle dit ça. Sa bouche remue, ses yeux cherchent les miens, elle veut que je comprenne. Mais je ne comprends pas."Frère", ça veut dire quoi ?Dans les livres qu'on me lit, les frères sont gentils ou méchants. Ils protègent leur petite sœur du loup, ou alors ils la vendent pour trois pièces d'or. Parfois ils meurent à la guerre et la petite sœur pleure pendant des pages et des pages. Mais moi, je n'ai pas choisi Samuel. On me l'a donné. Comme la chambre du fond.La chambre du fond sent le renfermé. Une odeur de poussière qui a dormi trop longtemps, de vernis qui vieillit, de rideaux qu'on n'a pas ouverts dep
Le Poids du SangRésuméLe Poids du Sang raconte l'histoire d'Elena et Samuel, deux enfants devenus frères et sœurs de cœur après le remariage de leurs parents. Elevés ensemble, ils développent un lien fusionnel qui bascule inexorablement vers un désir interdit à l'adolescence. Le roman explore les mécanismes de cette passion dévorante : la jalousie naissante, la tension des regards, le passage à l'acte, puis le secret, la culpabilité, et finalement l'assomption d'un amour que la société rejette. À travers trente chapitres répartis en trois parties, on assiste à la métamorphose d'une complicité enfantine en relation adulte destructrice et salvatrice à la fois, où la domination, la possession et le sacrifice deviennent le langage d'un attachement que rien ne peut défaire.ElenaJ'ai six ans et mes chaussures neuves font un bruit trop fort sur le parquet de l'entrée. TOC. TOC. TOC. Chaque pas résonne comme un marteau contre du bois vide, et j'aurais presque envie de m'arrêter pour faire
Elle pose sa main sur la mienne.— On a le temps, Léo. On n'est pas obligés de décider maintenant. Je voulais juste que tu saches que c'est ce que je veux. Un jour. Avec toi.Je serre sa main.Le soleil a disparu. La nuit tombe. Les premières étoiles s'allument.— On en reparlera, dis-je.— On en reparlera.---L'automne.Je reçois un prix littéraire. Pas le Goncourt, pas le Renaudot. Un petit prix, confidentiel, mais qui me touche. Le jury est composé de libraires. Des gens qui aiment les livres pour de vrai.Jade vient avec moi à la cérémonie. Elle porte une robe noire, simple, élégante. Elle est la plus belle femme de la salle.Quand je monte sur scène pour récupérer mon prix, je regarde l'assistance. Des visages que je ne connais pas, des sourires polis, des applaudiss
La sortie du livre est un tremblement de terre.Les premières critiques tombent le jour même. Le Monde : "Un roman vrai, cruel, nécessaire." Libération : "Girard se dépouille de tout artifice pour livrer le texte le plus nu de sa carrière." Les Inrocks : "À lire d'urgence, même si ça brûle."Les réseaux sociaux s'enflamment. On m'insulte, on me défend, on m'analyse, on me juge. Les femmes disent que je suis un monstre. Les hommes disent que je suis courageux. La vérité, comme toujours, est entre les deux.Je ne lis rien. Jade a confisqué mon téléphone.— Tu as écrit ce que tu avais à écrire. Maintenant, laisse-les parler. Ça ne te regarde plus.Elle a raison. Elle a toujours raison.Le soir de la sortie, on va dîner dans un petit restaurant près de son atelier. Un endroit qu'elle a
LéoSix mois.Cent quatre-vingts jours depuis que Claire a ouvert la porte de l'appartement pour la dernière fois.Cent quatre-vingts nuits dans l'atelier de Jade, à écouter sa respiration, à regarder les ombres des sculptures danser sur les murs de briques, à apprendre à dormir à côté de quelqu'un sans avoir peur du réveil.Le livre est fini.L'Écharde.Trois cent vingt-sept pages. Trois cent vingt-sept fois où j'ai saigné sur le clavier. Trois cent vingt-sept aveux.Mon éditeur l'a lu en une nuit. Il m'a appelé à six heures du matin, la voix cassée.— Léo, c'est... je ne sais pas quoi dire. C'est violent. C'est tendre. C'est vrai. On sort ça quand tu veux.On a choisi une date. Un jeudi de mars. Le printemps, pour un livre d'hiver.---La veille de
Elle referme l'album.— Maintenant, t'es là. C'est ça qui compte.Le lendemain, elle m'emmène à la librairie.Une petite boutique rue Sainte-Catherine. Des rayonnages en bois, des piles de livres partout, une odeur de papier et de café.— C'est ici que je travaille, dit-elle.— C'est magnifique.— C'est petit. Mais c'est chez moi.Elle me présente la patronne, une femme d'une soixantaine d'années aux cheveux blancs et au regard vif.— Alors, c'est vous, le père de Mathilde.— Oui.— Elle parle de vous tout le temps. Vous êtes devenu une star, ici. "Mon père a écrit ce livre", "mon père a dit ça", "mon père pense que". On en peut plus.— Madame, arrêtez, dit Mathilde en rougissant.— C'est la vérité. Vous êtes son héros.Je regarde Mathilde. Elle détourne les yeux.— Je suis pas un héros, dis-je.— Pour elle, si. C'est ce qui compte.On passe l'après-midi à la librairie. Je l'aide à ranger des livres, à conseiller des clients, à faire ce que font les libraires. Personne ne me reconnaît







