Le secret de portofino

Le secret de portofino

last updateLast Updated : 2026-04-29
By:  Les écrits d'une Mariam Updated just now
Language: French
goodnovel12goodnovel
Not enough ratings
5Chapters
2views
Read
Add to library

Share:  

Report
Overview
Catalog
SCAN CODE TO READ ON APP

Le secret de Portofino Après avoir surpris sa cousine dans les bras de son fiancé, **Zelmira Ardovini** quitte Vérone pour oublier sa douleur lors d’une soirée à Portofino. Cette nuit-là, elle rencontre un mystérieux inconnu avec qui elle partage une seule nuit avant de disparaître au lever du jour. Quelques semaines plus tard, Zelmira découvre qu’elle est enceinte. Décidée à recommencer sa vie seule, elle accepte un poste d’assistante à Milan auprès du redoutable **Alvise Nerucci**, un milliardaire froid et inaccessible. Mais en croisant son regard, Zelmira comprend immédiatement qu’Alvise est l’homme qu’elle n’a jamais réussi à oublier… tandis que lui recherche depuis des mois la femme qui s’est volatilisée après cette nuit.

View More

Chapter 1

Chapitre 1

Chapitre 1 : Le fil d'or et de soie

Zelmira

Je m'applique, le front penché sur mon ouvrage, laissant l'aiguille tirer un fil d'or à travers le velours bleu nuit, et je sens mon cœur battre au rythme lent et régulier de ce geste que je répète depuis l'enfance, un rythme qui d'ordinaire m'apaise mais qui, aujourd'hui, se charge d'une vibration nouvelle, une note aiguë et douce qui résonne jusqu'au bout de mes doigts et qui transforme chaque point en une petite décharge d'impatience et de félicité mêlées, car l'étoffe que je brode est destinée à mon corsage de mariée, à ce vêtement unique qui sera le témoin textile de mon passage de l'état de jeune fille à celui d'épouse, et chaque percussion de l'aiguille contre le dé de cuivre qui coiffe mon index me semble frapper à la porte de mon avenir comme on frappe à la porte d'une maison où l'on est ardemment attendu. L'odeur de la laine chauffée par le soleil de cette fin d'après-midi véronais se mêle au parfum de la cire d'abeille dont ma mère frotte les fils de trame pour les rendre plus solides, et cet effluve composite est pour moi l'odeur même de l'enfance, l'odeur de la sécurité, du foyer, de tout ce que je m'apprête à quitter tout en le recréant ailleurs, sous une autre forme, dans un autre atelier, avec un autre homme que mon père.

Je pense à Stefano, à la manière dont ses yeux noisette se plissent lorsqu'il sourit, à la chaleur de sa main lorsqu'elle enveloppe la mienne lors de nos promenades dominicales le long de l'Adige, quand les saules pleureurs trempent leurs branches dans l'eau verte et que les cloches de San Zeno sonnent à toute volée, et une vague de reconnaissance mêlée d'une impatience presque douloureuse me submerge tout entière, car comment ai-je pu mériter un tel bonheur, comment le destin a-t-il pu tisser pour moi, simple fille d'artisans sans fortune ni naissance illustre, une trame si lumineuse faite de fils d'amour, de soie et d'or ? Je revois la première fois que nos regards se sont croisés, il y a trois ans déjà, lors de la procession de la Santa Lucia, quand j'avais levé les yeux vers la galerie des hommes et que j'avais rencontré ce regard noisette pailleté d'or qui m'avait transpercée comme une flèche, non pas d'une blessure douloureuse mais de cette douceur violente que l'on ressent lorsque l'on comprend, en une fraction de seconde, que sa vie vient de basculer dans une direction inconnue et irréversible. Stefano était déjà orfèvre à cette époque, associé à son père dans l'atelier familial du Corso Sant'Anastasia, et il portait ce jour-là un pourpoint de velours brun qui faisait ressortir la carnation olivâtre de son visage aux traits réguliers et paisibles, un visage qui inspirait confiance, un visage sur lequel on avait envie de poser sa joue et de fermer les yeux en sachant qu'aucun malheur ne pourrait vous atteindre.

De l'autre côté de la grande table de travail, j'entends le cliquetis régulier du métier à tisser de ma mère, un bruit de bois et de corde qui a bercé toute mon existence, des premières lueurs de l'aube où je me glissais hors du lit d'enfant pour la regarder travailler, jusqu'à ces après-midi interminables où, adolescente, je rêvassais en écoutant ce rythme obstiné qui semblait dire « la vie continue, la vie continue, la vie continue » comme un mantra rassurant contre lequel aucune angoisse ne pouvait prévaloir. Je sais, sans lever les yeux, qu'elle observe chacun de mes mouvements, non pas avec la sévérité d'un maître d'apprentissage qui traque la faute et l'imperfection, mais avec la tendresse songeuse de celle qui voit sa propre jeunesse se refléter dans sa fille comme dans un miroir que les années n'auraient pas encore terni, et je devine qu'elle aussi pense à son propre mariage, à ses propres noces célébrées vingt-cinq ans plus tôt dans la petite église de San Giovanni in Valle, quand elle avait mon âge et que mon père était un jeune artisan aux mains calleuses et au regard ardent qui lui avait offert, non pas un collier de joyaux, mais un dé à coudre en argent gravé qu'elle porte encore aujourd'hui à l'auriculaire gauche et qu'elle ne quitte jamais, même pour dormir.

Mon père, lui, est penché sur une commande prestigieuse, un pourpoint de brocart destiné à un seigneur de la maison Della Scala, et l'air autour de lui vibre de cette concentration absolue que je lui ai toujours connue, une tension sereine qui transforme nos modestes murs crépus par la chaux en un sanctuaire de beauté où les fils deviennent des fleurs, des rinceaux, des armoiries, tout un monde de splendeur qui jaillit de ses doigts comme par miracle, alors qu'il n'est que le fruit d'un labeur acharné et d'un talent que personne ne songerait à lui contester dans toute la ville de Vérone. Bernardo Ferrandi, mon père, est ce qu'on appelle un brodeur d'exception, capable de reproduire en soie polychrome les tableaux des plus grands maîtres, et les nobles de toute la Vénétie se disputent ses services, lui envoyant des messagers chargés de velours à travailler et de pièces d'or en acompte, ce qui fait de nous, non pas des riches, mais des artisans prospères dont la réputation dépasse les frontières de notre province. Pourtant, ce cocon familial paisible, cette existence douce et prévisible rythmée par les saisons et les commandes, par les fêtes carillonnées et les deuils discrets, par les naissances des voisins et les enterrements des anciens, vacille doucement sous mes pieds comme une barque quittant le quai, car je m'apprête à quitter ce foyer pour en fonder un autre, et cette pensée est à la fois une promesse exaltante et une déchirure secrète que je n'ose m'avouer à moi-même.

_ « Mère, lorsque vous avez épousé père, avez-vous eu peur que le bonheur que vous ressentiez soit trop vaste pour tenir à l'intérieur de votre poitrine, peur qu'il déborde et se brise comme une coupe trop pleine, parce que c'est exactement ce que je ressens à l'instant même où je vous parle, ce mélange d'exaltation et de terreur qui me fait trembler les doigts et qui menace de me faire rater mes points de feston ? »

Ma mère suspend son geste au-dessus de la navette qui court entre les fils de chaîne, ses mains habiles, rougies par les lessives et piquetées de minuscules callosités aux endroits où le fil a usé la peau pendant des décennies, s'immobilisent dans une attitude suspendue qui la fait ressembler à une statue de la Vierge de l'Annonciation, une statue qui hésiterait entre l'acceptation et l'effroi devant la nouvelle apportée par l'archange. Elle tourne vers moi son visage doux marqué par les ans, un visage où je peux lire comme dans un livre ouvert l'histoire de ses propres joies et de ses propres peines, les sillons légers de ses rides d'expression qui racontent ses sourires passés, et elle me sourit avec une lenteur pleine de mélancolie joyeuse, une lenteur qui semble dire que le temps n'est pas une flèche mais un fleuve, et que nous sommes toutes, elle et moi, la même eau qui coule sous des visages différents.

_ « Ma Zelmira, ma colombe, ce que tu ressens est le signe le plus pur que ton amour est véritable, car l'amour qui ne porte pas en lui la crainte de sa propre immensité n'est qu'une affection tiède comme l'eau de vaisselle qui ne réchauffe ni ne nourrit, et cette crainte n'est pas une prophétie de malheur mais la conscience aiguë du prix infini de ce que tu t'apprêtes à vivre, une conscience qui te gardera vigilante et reconnaissante, et qui fera de toi, non pas une épouse satisfaite et endormie, mais une amante éveillée qui chaque matin redécouvrira le miracle de l'homme endormi à ses côtés, comme je le redécouvre moi-même chaque jour depuis un quart de siècle. »

Ses mots se déposent sur mon cœur comme un baume composé des herbes les plus rares, de celles que les apothicaires vendent à prix d'or dans leurs bocaux de verre soufflé, et pourtant, je ne peux empêcher une petite voix de s'insinuer dans les replis de mon esprit, une voix qui n'appartient qu'à moi, qui est ma compagne la plus intime et la plus importune, et qui me dit que la soie la plus précieuse est aussi la plus fragile, que l'or le plus pur est aussi le plus malléable, et qu'un bonheur parfait porte en lui-même la terreur secrète de sa propre fin. Cette voix, je la connais depuis l'enfance, c'est celle qui me réveillait en pleine nuit pour me chuchoter que mes parents pourraient mourir, que la peste pourrait revenir comme elle était revenue du temps de mon grand-père, qu'un incendie pourrait dévorer l'atelier et nous réduire à la mendicité, et j'ai appris à vivre avec elle, à l'écouter sans la croire, à lui accorder l'aumône de mon attention sans jamais lui donner les clés de ma volonté. Aujourd'hui, elle murmure à propos de Stefano, elle insinue que la perfection même de notre amour est suspecte, qu'un homme si bon, si beau, si talentueux ne saurait exister sans quelque défaut caché qui se révélera après les noces, et je la repousse d'un mouvement de tête presque imperceptible, je pique mon aiguille avec une détermination renouvelée dans le velours, dessinant le pétale d'une fleur imaginaire, une fleur qui n'existe dans aucun herbier de botaniste mais qui symbolise pour moi la promesse d'un éternel printemps, d'un amour qui ne connaîtra ni l'automne ni l'hiver.

La lumière décline doucement, passant du blond au miel, et les ombres s'allongent sur le carrelage de terre cuite, déformant les motifs du tapis usé que ma grand-mère avait tissé de ses propres mains il y a un demi-siècle, et je pense soudain à cette grand-mère que je n'ai pas connue, qui s'appelait aussi Zelmira, et dont on m'a dit qu'elle était une femme d'une beauté saisissante et d'une bonté proverbiale, morte en couches en donnant naissance à mon père. Ce prénom que je porte, ce prénom hérité d'une morte que je n'ai jamais vue, est un lien étrange avec un passé qui est à la fois le mien et celui d'une autre, et je me demande parfois si les prénoms ne sont pas des prophéties, si ma propre vie ne suivra pas le même chemin que la sienne, une vie brève et lumineuse interrompue dans l'accomplissement même de sa féminité. Mais non, je refuse cette pensée, je la chasse comme on chasse une mouche importune un jour d'été, et je me concentre sur les pétales de ma fleur imaginaire, sur ce velours bleu qui sera bientôt coupé, assemblé, cousu, pour former le corsage que je porterai devant l'autel.

Mon père lève soudain la tête de son ouvrage, repousse ses besicles sur son front où elles forment une couronne burlesque de verre et de fer, et me regarde avec cette expression de gravité tendre qui est la sienne depuis que l'annonce de mes fiançailles a été officialisée, il y a six mois de cela.

_ « Ma fille, je vois bien que ton aiguille court plus vite que ta pensée aujourd'hui, et que tes yeux regardent non pas le velours qui est sous tes doigts, mais les images qui défilent derrière ton front, ces images d'un avenir que tu appelles de tes vœux et que tu redoutes tout à la fois, et je voudrais te dire que cette impatience qui te fait trembler, je la connais, je l'ai vécue, j'ai tremblé comme toi la veille de mes noces, et ce tremblement est le sel de la vie, ma fille, il est la preuve que ton cœur n'est pas un organe endormi qui se contente de battre la mesure, mais un oiseau sauvage qui bat des ailes contre les barreaux de sa cage en attendant qu'on lui ouvre la porte, et la porte s'ouvrira bientôt, la porte s'ouvrira dans vingt jours exactement, et tu t'envoleras vers un bonheur que ton vieux père te souhaite aussi vaste que le ciel qui s'étend au-dessus de nos montagnes. »

Je pose mon ouvrage sur mes genoux, l'aiguille piquée en travers du velours comme une épée minuscule, et je regarde mon père avec une intensité que je n'avais pas prévue, une intensité chargée de toute la gratitude et de tout l'amour que je n'ai jamais su exprimer pleinement, parce que mon éducation m'a appris la pudeur des sentiments plus encore que celle du corps, et que les grandes déclarations sont réservées aux poètes et aux amants, non aux filles sages qui brodent des corsages de noces dans la lumière du soir.

_ « Père, comment fait-on pour quitter ceux qu'on aime sans les trahir, comment fait-on pour embrasser l'avenir sans lâcher le passé qui nous a façonnés, et comment ferez-vous, vous et mère, pour ne plus entendre mon pas dans l'escalier, pour ne plus voir ma place à la table du dîner, pour ne plus sentir la chaleur de mon corps dans le lit que je partage avec Bianca depuis que nous sommes assez grandes pour ne plus dormir dans le berceau, et qui est le seul lit que j'aie jamais connu ? »

Ma voix s'est brisée sur ces derniers mots, et je sens les larmes monter à mes yeux, ces larmes que je retenais depuis des heures, ces larmes de joie et de peine mêlées qui brouillent ma vision et transforment l'atelier en un tableau flou de Rembrandt, tout en clairs-obscurs et en ombres dansantes. Ma mère s'est levée de son métier, elle a contourné la table de ses pas feutrés de femme menue, et elle est venue s'agenouiller près de moi pour prendre mes mains dans les siennes, ses mains rugueuses et douces, ses mains de travailleuse qui n'ont jamais porté de gants de soie mais qui connaissent la texture exacte de tous les tissus du monde.

_ « Ma petite fille, ma Zelmira, on ne quitte jamais vraiment ceux qu'on aime, on les emporte avec soi comme le colimaçon emporte sa coquille, et chaque point que tu broderas dans ton nouveau foyer sera un peu le mien, chaque plat que tu cuisineras aura le goût de ceux que je t'ai appris à préparer, et chaque enfant que tu mettras au monde sera un peu le mien aussi, puisque c'est mon sang qui coule dans tes veines et qui coulera dans les leurs, et quant à ta place à notre table, elle restera vide jusqu'à ce que tu reviennes la remplir pour les fêtes et les dimanches, car la place d'une fille dans le cœur de ses parents ne se referme jamais, elle reste béante comme une porte qu'on laisse ouverte, même en hiver, même dans la tempête, parce que l'espoir du retour est plus fort que le froid. »

Je me jette dans ses bras, et je pleure enfin, je pleure toutes les larmes que j'avais accumulées depuis l'annonce des fiançailles, des larmes chaudes et salées qui imbibent le col de sa robe de laine grise, et je sens la main de mon père se poser sur ma tête, une main large et calleuse qui sent le cuir et le métal, une main qui a tant travaillé pour nous nourrir, pour nous vêtir, pour nous offrir cette vie paisible dont je vais m'éloigner comme un navire s'éloigne du port, toutes voiles dehors, le cœur gonflé d'espérance et les cales remplies des provisions accumulées pendant vingt années d'amour familial.

Expand
Next Chapter
Download

Latest chapter

More Chapters

To Readers

Bienvenue dans Goodnovel monde de fiction. Si vous aimez ce roman, ou si vous êtes un idéaliste espérant explorer un monde parfait, et que vous souhaitez également devenir un auteur de roman original en ligne pour augmenter vos revenus, vous pouvez rejoindre notre famille pour lire ou créer différents types de livres, tels que le roman d'amour, la lecture épique, le roman de loup-garou, le roman fantastique, le roman historique et ainsi de suite. Si vous êtes un lecteur, vous pouvez choisir des romans de haute qualité ici. Si vous êtes un auteur, vous pouvez obtenir plus d'inspiration des autres pour créer des œuvres plus brillantes. De plus, vos œuvres sur notre plateforme attireront plus d'attention et gagneront plus d'adimiration des lecteurs.

No Comments
5 Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status