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Chapitre 8 : L’Incendie 1

Author: Darkness
last update publish date: 2025-12-05 20:00:22

JADE

Une semaine.

Une semaine où chaque seconde est une chute libre, une attente vertigineuse. Une semaine où je deviens étrangère à moi-même, spectatrice de ma propre folie. Mes doigts, habitués à modeler la matière, tremblent sans raison. La nuit, le goût de lui revient, fantôme obsédant sur mes lèvres. Le jour, je fixe mon téléphone, cet objet muet qui tient ma vie en suspens.

Mercredi arrive, sec et froid comme un couperet. L’installation.

ADRIEN

La galerie est un désert blanc et aseptisé où sa sculpture, une forme organique et tourmentée en béton poli, trône comme une météorite tombée d’un autre monde. Mon monde. L’air sent la poussière et le néon, l’odeur stérile de tout ce qui m’entoure.

Elle est là. En jean et pull-over large, les cheveux relevés en un désordre qui me serre la gorge. Elle donne des instructions. Sa voix est neutre. Elle ne me regarde pas. Pas encore.

Nous jouons la comédie. Poignées de main. Discussions sur l’éclairage. Chaque mot est un glaçon que je pose entre nous. Chaque regard que j’évite, une brûlure sur ma peau.

Mon téléphone pèse une tonne dans ma poche. « Fournisseur Lumière ». Je l’ai ouvert, fermé, rouvert. Mes doigts ont plané sur les touches. Lâche.

Puis, le moment. Les ouvriers s’éclipsent. Nos yeux se croisent.

Ce n’est pas du désir. C’est plus grave. C’est la reconnaissance de l’abîme. Dans ses prunelles vertes, je vois le même tourment, la même folie contenue. Le même gouffre.

Elle tourne les talons. Se dirige vers une porte de service. Un hochement de menton vers des cartons. Un prétexte.

Un appel.

Mon cœur cogne contre mes côtes. Un signal d’alarme sourd, étouffé. C’est absurde. C’est dangereux.

Je la suis.

La réserve est petite, exiguë. La porte se referme. Le claquement sourd est celui d’un piège qui se referme. Une ampoule nue éclaire la poussière qui danse.

Nous restons immobiles. Le silence bourdonne à mes oreilles.

— Alors ?

Sa voix est basse, rauque. Tu. Plus de vous. La barrière tombe.

Je ne réponds pas. Je fais un pas. Un autre. La distance se réduit. Je sens la chaleur d’elle avant de la toucher. Je lève une main. Mes doigts effleurent la mèche de cheveux sur sa joue. Elle ferme les yeux. Un frisson la parcourt.

— J’ai décidé que je n’en pouvais plus.

Le chuchotement est un aveu. Une défaite. Un début.

JADE

L’étincelle, c’était le bureau. Ici, c’est l’embrasement total.

Plus de lenteur. Plus de jeu. Sa bouche trouve la mienne avec une urgence sauvage, et je réponds par la même voracité. Je revendique. Je prends. Je mords sa lèvre inférieure, goûtant le métal léger du sang, de l’interdit. Un grognement monte dans sa gorge.

Ses mains sont partout, avides, impatientes. Elles arrachent mon pull, trouvent ma peau. Mes doigts déchirent le bouton de sa chemise. Le tissu craque. Ma bouche suit le chemin, goûtant le sel de son cou, sentant la vie affolée battre sous mes lèvres. Je veux boire son pouls, l’avaler.

— Jade… mon Dieu, Jade…

Il gémit mon nom comme une malédiction, une prière d’agonisant. Il me soulève, m’assoit sur un carton. Le papier froissé crie sous moi. Le monde se réduit à ses mains sous mon dos, à sa bouche sur mon sein à travers le tissu du soutien-gorge, à l’odeur de lui, de poussière et de désir pur.

Dehors, des voix. Des pas qui s’approchent. Nous gelons. Son souffle est chaud et rapide contre ma bouche. Ses yeux, à quelques centimètres, sont des tempêtes de gris. Nous sommes sur le fil. Un murmure nous sépare du scandale.

— Ce soir. Pas ici. Pas comme ça.

Je halète les mots.

— Où ?

Sa voix est un souffle rauque.

— Un atelier. À moi. Je t’enverrai l’adresse.

Il recule. Ses mains se retirent. Le vide qu’il laisse est une amputation. Une douleur aiguë, immédiate.

— Je viendrai.

C’est une promesse. Un pacte scellé dans le souffle chaud et le désir volé.

Nous nous réajustons dans un silence de voleurs. Lui, reboutonnant sa chemise déchirée. Moi, lissant mes cheveux, tentant d’effacer l’empreinte de ses doigts sur ma peau. Nos visages sont des masques empourprés. Nos yeux brillent du feu que nous venons d’allumer.

Quand nous ressortons, l’équipe est là. Personne ne voit rien. Personne ne sent l’orage de culpabilité et de foudre qui circule entre nous. Nous reprenons nos rôles. Mais chaque mot est un code. Chaque regard, une caresse secrète qui me brûle.

Quand il part, un simple signe de tête, je sais. La ligne est franchie. Il n’y a plus de retour. J’ai allumé la mèche. Maintenant, nous attendons l’explosion.

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