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Chapitre 9 : L’Incendie 2

Penulis: Darkness
last update Terakhir Diperbarui: 2025-12-05 20:01:13

ADRIEN

La soirée à la maison est un exercice de haute torture.

Claire parle. Sa voix est un ruisseau clair, froid, prévisible. Elle parle de réception, de robe, de protocole. Je vois ses lèvres bouger. Je n’entends que le souvenir du gémissement de Jade. Je vois son visage lisse. Je ne vois que les yeux verts noyés de désir dans la pénombre de la réserve.

Mon téléphone vibre à ma hanche pendant le dessert. Une décharge électrique.

Un message. Une adresse. Un code.

Mon poing se serre autour de la fourchette. Les jointures blanchissent. La nappe est en lin parfait. Le cristal scintille. Tout est ordre. Tout est glacé. Et moi, je suis un volcan en fusion.

— Quelque chose ne va pas, Adrien ?

Sa voix me transperce. Son regard, acéré comme un scalpel, se pose sur moi.

— Une fatigue. L’installation. Plus complexe que prévu.

Le mensonge sort, huilé, parfait. Elle hoche la tête, déjà ailleurs. Elle ne voit pas la fissure. Elle ne voit pas l’homme qui va tout dynamiter pour une heure de vérité chaude et sale.

Plus tard, dans mon bureau, je prépare les trahisons. Réunion imprévue. Nuit de travail. Des mots vides pour endormir la gardienne de ma prison dorée.

Minuit passé. La voiture est garée loin. Le quartier dort. La cour est sombre. La porte en bois est lourde, ancienne. Le code. Le cliquetis de la serrure.

Un souffle.

Je pousse.

Et je bascule.

JADE

Il entre.

Il apparaît dans l’encadrement, silhouette d’ombre et d’élégance dissonante dans mon chaos. Veste et cravate absentes. Chemise blanche ouverte. Il regarde. Pas en visiteur. En connaisseur. En frère de l’artisanat. Son œil balaie les blocs de marbre, les soudures violentes, les esquisses punaisées comme des blessures. Puis son regard se pose sur moi. Et ce n’est plus le chirurgien. Ce n’est plus l’homme marié. C’est une faim. Une vulnérabilité si crue qu’elle me vole l’air. Et une reconnaissance. Comme s’il se voyait enfin, reflet perdu, dans ce désordre.

— Bienvenue dans mon antre.

— C’est ici que tu nais.

Sa voix est un murmure qui caresse les murs. Il ne dit pas que c’est joli. Il dit :

— Ce n’est pas un atelier. C’est un chantier de vérité.

Le mot vérité explose dans l’air chargé de poussière. Il me frappe en plein plexus.

Il traverse la pièce. Il ne vient pas à moi. Il va à la pierre. À l’ébauche de marbre. Sa main de chirurgien se lève. Longs doigts précis. Il ne touche pas. Il effleure l’air, à millimètres de la surface rugueuse. Il épouse la forme naissante. Il la lit avec sa peau.

— On sent la tension. La force contenue qui cherche à sortir. Tu ne sculptes pas, Jade. Tu libères.

Je ne respire plus. Personne n’a jamais vu ça. Personne n’a jamais regardé mon travail, mon âme étalée, avec cette acuité-là. C’est une violation. Une intrusion plus intime que tout ce qui a précédé.

— Plus de bureau. Plus de Fondation. Plus de… femme.

Je lance les mots pour me raccrocher à notre précipice, à notre terrain brûlant.

Il se tourne. Ses yeux gris sont des lacs d’orage.

— Plus d’artiste à mécéner. Plus de jeu. Ici, c’est toi l’artisan. Et moi… qu’est-ce que je suis, ici ?

Il s’approche. La chaleur de son corps irradie. L’odeur propre de son savon se mêle à celle, plus fondamentale, masculine, de sueur et d’énergie contenue. Une odeur de combat.

— Tu es la matière.

Ma voix est rauque, striée de sable et de désir.

— La plus résistante. La plus précieuse. Celle que je ne comprends pas, mais que mes mains brûlent de travailler.

Un frisson violent le parcourt. Ce n’est pas une métaphore. C’est un fait. Une loi physique entre nous.

— Alors travaille-moi.

Défi. Supplication. Acte de foi.

L’incendie change de nature. Il ne s’agit plus de se dévorer. Il s’agit de se dévoiler.

Je lève ma main. Je ne la pose pas pour caresser. Je la pose en diagnostic. Mes doigts se logent contre sa tempe. Je sens la veine battre, fragile, sous la peau lisse d’homme du monde.

— Ici, tu es tendu. La pensée qui tourne. Le calcul permanent.

Mes doigts glissent le long de sa mâchoire. Muscles noués.

— Ici, tu retiens les mots. Tous ceux que tu ne dis jamais.

Ma paume s’aplatit sur sa poitrine, sous la chemise ouverte. La peau est chaude. Les côtes, solides. Et sous elles, le cœur. Un galop sauvage, affolé.

— Et ici… le séisme.

Il ferme les yeux. Un gémissement étouffé, rauque, déchirant, lui échappe. Il est nu. Pas par l’absence de vêtements. Par ce que je vois. Par ce que je dis. Il est l’œuvre en tension. Le bloc de marbre aux veines secrètes, prêt à se fendre.

Ses mains se referment sur mes hanches. Ce n’est pas la voracité de la réserve. C’est une intention différente. Sacrée. Inéluctable. Il me soulève. Mes jambes s’enroulent autour de sa taille. Il me porte jusqu’au grand établi de bois massif. D’un geste large, doux et implacable, il balaie tout ce qui s’y trouve. Ciseaux, maillets, esquisses volent, tombent avec un bruit de catastrophe sur le sol bétonné.

Il m’allonge sur le bois nu, poli par des années de travail. La surface est dure, froide, absolument réelle sous mon dos. Il se penche sur moi. Ses bras encadrent ma tête. Son corps forme une voûte au-dessus du mien. Une cage. Un sanctuaire.

— Et toi, Jade ? Si je suis la matière… qui es-tu ?

Son souffle est chaud sur mes lèvres. Je sens chaque particule d’air qu’il expire.

— Je suis le feu.

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