ログインEt si le plus grand danger n’était pas de perdre, mais de tomber amoureux ? Ophélie d’Arbanville a tout : une beauté glaciale, une fortune qui fait plier les ministres, et un ennui si profond qu’il en devient un art de vivre. Pour tromper le vide de ses journées, elle collectionne les hommes comme des trophées. Elle les séduit, les consume, puis les abandonne sans un regard. Aucun ne résiste. Aucun ne l’atteint. Jusqu’à Raphaël Costa. Ébéniste de génie, fils d’immigré portugais, il a bâti son atelier à la force de ses mains et ne doit rien à personne. Quand Ophélie débarque dans son modeste atelier avec sa cour et son mépris de classe, il ne se prosterne pas. Il la toise. Il la défie. Pire : il la met à la porte. Humiliée, furieuse, fascinée, Ophélie lance un défi brûlant : « Ose me séduire, monsieur Costa. Et tu verras. » Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que cet homme n’obéit à aucune règle. Il impose les siennes : pas de chéquier, pas de palaces, pas de privilèges. Il l’entraîne dans son monde – les marchés aux puces, les centres d’accueil pour sans-abris, les soirées fado dans les arrière-salles enfumées. Un monde où l’argent ne protège plus, où les mains calleuses valent plus que les bijoux, où chaque geste est une leçon d’humilité. Ce qui commence comme un jeu cruel entre deux orgueils que tout oppose va se muer en une passion dévastatrice. Mais quand l’oncle d’Ophélie, un administrateur véreux prêt à tout pour garder le contrôle de la fortune familiale, déterre un secret enfoui depuis soixante ans, l’amour naissant se retrouve pris dans une tempête de scandales, de trahisons et de révélations explosives. Accusé de manipulation…
もっと見るLe champagne était tiède.
Ophélie d’Arbanville tenait sa flûte entre deux doigts, le poignet légèrement cassé, dans une pose étudiée qu’elle avait perfectionnée bien avant de comprendre à quoi elle servait. Elle ne buvait pas vraiment. Elle laissait le liquide pâle frémir contre le cristal, observant les bulles qui montaient, crevaient, disparaissaient. Comme les conversations autour d’elle.
La salle des fêtes du palace d’Arbanville était une cathédrale de marbre et d’or, un écrin conçu pour écraser le visiteur sous le poids de la beauté et de l’argent. Les lustres descendaient du plafond comme des stalactites de diamant, projetant sur les visages une lumière flatteuse qui gommait les rides et accentuait les sourires carnassiers. Tout était parfait. Absolument parfait. Et c’était précisément cela qui donnait à Ophélie l’envie de hurler.
Elle balaya la foule du regard. Les hommes en smoking, tous taillés dans le même moule, le même nœud papillon légèrement de travers, la même assurance d’héritiers qui n’avaient jamais rien eu à conquérir. Les femmes en robes de créateurs, des silhouettes longues et fluides qui glissaient sur le marbre comme des cygnes anorexiques, le rire calibré pour ne jamais dépasser le seuil du convenable. Ils étaient tous là. Les banquiers, les industriels, les héritières, les comtesses désargentées qui venaient se réchauffer à la flamme des fortunes nouvelles. La faune habituelle. Le cirque mondain dont elle était, selon sa mère, la plus brillante étoile.
— Tu ne bois pas.
La voix était sèche, précise, un scalpel enveloppé dans de la soie. Ophélie tourna la tête. Béatrice d’Arbanville se tenait à côté d’elle, droite comme une lame, le visage lisse malgré ses soixante ans grâce à une armée de dermatologues et à une hygiène de vie qui excluait toute forme de plaisir. Sa robe était d’un bleu si profond qu’elle en paraissait noir, et ses bijoux – des saphirs de Ceylan – pesaient sur sa poitrine comme des chaînes.
— Je bois, répondit Ophélie sans la regarder. Je le tiens dans ma main, tu vois ? C’est un verre. Il contient du champagne. Je suis en train de boire.
— Tu le tiens. Tu ne le bois pas. Il y a une différence.
Ophélie porta la flûte à ses lèvres et en avala une gorgée. Le liquide était fade, éventé. Elle ne broncha pas.
— Voilà. Tu es satisfaite ?
Béatrice ne répondit pas immédiatement. Ses yeux, du même gris que ceux de sa fille, parcouraient la salle avec la précision d’un radar militaire, repérant les conversations utiles, les alliances potentielles, les ennemis à éviter. Elle ne voyait pas les gens. Elle voyait des actifs. Des opportunités. Des menaces.
— Le ministre de la Culture est arrivé, dit-elle finalement. Il est seul près du buffet. Tu devrais aller le saluer.
— Le ministre de la Culture est un imbécile qui confond Monet et Manet. La dernière fois que je lui ai parlé, il m’a expliqué que l’art contemporain était une lubie de bobos.
— C'est un imbécile qui vote le budget des subventions aux fondations culturelles. Va le saluer.
Ophélie sentit un muscle tressauter dans sa mâchoire. Elle ne répondit pas. Elle ne se leva pas. Elle resta là, immobile, sa flûte à la main, tandis que sa mère la fixait avec cette expression qu'elle connaissait depuis l'enfance : un mélange d'incompréhension et de reproche, comme si elle avait donné naissance à une créature étrange dont elle n'arrivait pas à comprendre le mode d'emploi.
— Tu sais ce que ce gala représente, reprit Béatrice d'une voix plus basse, plus dure. Nous avons besoin de ce programme de mécénat. La fondation a besoin de visibilité. Après ce qui s'est passé l'année dernière...
— Je sais ce qui s'est passé l'année dernière.
— Alors agis en conséquence.
L'année dernière. Le scandale. Une sombre histoire de détournements de fonds dans une filiale du groupe, des articles dans la presse, des rumeurs qui couraient encore dans les dîners en ville. Rien qui touchait directement Ophélie – elle n'était pas impliquée dans la gestion – mais assez pour éclabousser le nom d'Arbanville. Assez pour que sa mère décide qu'il fallait une opération de communication. Une fondation qui soutenait les arts, les artisans, le patrimoine. Une image de bienfaisance et de générosité. Et Ophélie comme figure de proue, belle, charismatique, irréprochable. Le rôle de sa vie.
Maria jouait par terre, au milieu des copeaux. Elle avait deux ans maintenant, des boucles brunes, des yeux sombres, et elle ressemblait de plus en plus à son père. Quand elle vit entrer cette dame inconnue, elle s’arrêta de jouer, la regarda avec méfiance, et attrapa un morceau de bois qu’elle serra contre elle.— Maria, dit Ophélie, je te présente ta grand-mère. La dame dont je t’ai parlé. Tu te souviens ?Maria ne répondit pas. Elle continuait de fixer Béatrice avec ses grands yeux sombres, le morceau de bois pressé contre sa poitrine comme un bouclier.Béatrice s’avança, lentement, et s’agenouilla près de la petite. Ce geste, si simple, si inhabituel chez elle, fit tressaillir Ophélie. Sa mère ne s’agenouillait jamais. Sa mère ne se mettait jamais à la hauteur des autres.— Bonjour, Maria, dit Béatrice d’une voix qu’elle voulait douce mais qui restait un peu raide. Je suis ta grand-mère. La mère de ta maman. Tu veux bien me dire bonjour ?Maria hésita, regarda sa mère, puis Raphaë
— Moi aussi, dit Ophélie. Avant, je croyais que la richesse, c’était l’argent, les palaces, les bijoux. Maintenant, je sais que c’est ça. La famille. Les gens qu’on aime.— Alors on est d’accord.— Oui. On est d’accord.Maria sourit, serra sa main plus fort, et reprit sa chanson. Dehors, le soleil déclinait doucement, et la lumière dorée entrait à flots par la verrière. La petite dormait toujours, paisible, un poing minuscule refermé sur le gilet de sa grand-mère.Ophélie les regardait, et elle sentait monter en elle une émotion qu’elle n’avait jamais éprouvée enfant. La chaleur d’un foyer. La présence rassurante d’une mère – pas sa mère biologique, qui restait froide et distante, mais cette mère de cœur qui l’avait adoptée sans condition. Cette femme qui lui avait appris à faire la morue, qui lui racontait des histoires du Portugal, qui l’appelait « menina » avec une tendresse bourrue. Cette grand-mère qu’elle n’avait jamais eue, et qui était devenue, au fil des années, un pilier de
Maria Costa, la grand-mère, avait longtemps hésité avant d’accepter la proposition de Raphaël. Quitter son appartement de la rue des Pyrénées, celui où elle avait vécu pendant plus de quarante ans, celui où son mari Manuel avait rendu son dernier souffle, ce n’était pas une décision facile. Mais la naissance de la petite Maria avait tout changé. Elle voulait être près de sa petite-fille, la voir grandir, lui transmettre ce qu’elle savait. Alors elle avait accepté de s’installer dans un petit appartement à deux rues de l’atelier, un rez-de-chaussée avec une cour minuscule où elle avait déjà planté du basilic et de la menthe.Chaque matin, elle arrivait à l’atelier avec son cabas rempli de courses, un pot de soupe ou une barquette de morue. Elle embrassait son fils, saluait Ophélie, grondait Djibril qui n’avait pas rangé ses outils, et prenait Maria dans ses bras. La petite reconnaissait son pas, son odeur, sa voix, et elle tendait les bras en poussant des cris de joie.— Tu viens avec
Maria continua sa progression, vacillante mais déterminée. Elle écarta un copeau du bout du pied, contourna un pot de colle, et arriva enfin devant Raphaël. Elle leva les bras, et il la saisit, la souleva dans les airs, la fit tourner en riant aux éclats.— Tu marches ! Tu marches, ma fille ! Tu es la plus grande, la plus forte, la plus belle !— Papa, dit Maria.C’était un mot qu’elle connaissait déjà, qu’elle répétait souvent. Mais ce qui suivit était nouveau. La petite regarda autour d’elle, attrapa un copeau de bois qui traînait sur l’établi, et le tendit à son père.— Bois, dit-elle.Raphaël se figea. Ophélie, derrière lui, retint son souffle.— Qu’est-ce que tu as dit ? demanda Raphaël d’une voix étranglée.— Bois, répéta Maria en agitant le copeau.— Tu entends ça ? Elle a dit « bois ». Son deuxième mot, après « papa », c’est « bois ».— J’ai entendu, dit Ophélie en riant. C’est une Costa. Il n’y a pas de doute.Raphaël serra sa fille contre lui, le visage enfoui dans ses cheve
— Bon, assez parlé, dit-il en haussant le ton, une note d’énergie forcée dans la voix. On a du travail. Cette table ne va pas se poncer toute seule. Djibril, tes pieds de chaise. Kylian, ta table de chevet. Et qu’on n’entende plus parler de cette visite. C’était une parenthèse. La parenthèse est fe
Ophélie arqua un sourcil. Elle ne savait pas si cet homme était sérieux ou s’il se moquait d’elle. Dans les deux cas, c’était dérangeant. Dans les deux cas, il ne réagissait pas comme les autres. Il ne rampait pas. Il ne se confondait pas en remerciements. Il ne bafouillait pas d’admiration devant
Ophélie s’avança dans l’atelier, ses talons claquant sur le sol de béton. Elle s’arrêta devant un meuble en cours de fabrication – une commode en merisier, le bois blond encore nu, les assemblages apparents. Elle tendit la main, du bout des doigts, comme on touche un objet dans une brocante, et eff
Elle avait débité sa phrase comme on lit un communiqué, sans respirer, sans ponctuer, sans attendre de réponse. Puis elle se tut, visiblement satisfaite d’avoir accompli son devoir, et attendit que le monde s’incline.Le monde ne s’inclina pas.Raphaël se redressa lentement. Il posa son papier de v


















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