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Gabriel ne me séduit pas. C'est ce qui me trouble le plus, au début. Il ne joue pas, il ne charme pas, il ne déploie pas cette panoplie de gestes et de mots que j'ai appris à reconnaître, à redouter, à décoder. Il est là, simplement. Il me téléphone de temps en temps, d'une voix égale, pour me demander si je vais bien, pour me raconter une restauration en cours, pour me
— ÉlisaGabriel ne me séduit pas. C'est ce qui me trouble le plus, au début. Il ne joue pas, il ne charme pas, il ne déploie pas cette panoplie de gestes et de mots que j'ai appris à reconnaître, à redouter, à décoder. Il est là, simplement. Il me téléphone de temps en temps, d'une voix égale, pour me demander si je vais bien, pour me raconter une restauration en cours, pour me parler d'un ciel, d'un livre, d'une exposition qu'il a vue. Il ne me couvre pas de compliments, il ne me promet rien, il ne me dit pas que je suis unique, que je suis belle, que je suis à lui. Il me dit des choses simples, des choses qui ne pèsent pas. Et moi, j'attends. J'attends le piège, la faille, le retournement. J'attends que la douceur se transforme en exigence, que la patience se change en possession. Mais rien ne vient.Nous nous voyons une fois par semaine,
— ÉlisaLa résidence artistique se tient dans une ancienne abbaye cistercienne transformée en centre culturel, quelque part en Bourgogne, au milieu des vignes et des collines douces qui ondulent sous la lumière de septembre. Je suis venue couvrir l'événement pour la revue, un reportage sur les artistes en résidence, sur leurs processus de création, sur la manière dont le lieu imprègne leur travail. C'est un sujet que j'ai accepté sans enthousiasme, par nécessité professionnelle plus que par désir réel. Depuis un an, je me tiens à distance des mondes de l'art trop bruyants, trop mondains, trop chargés de souvenirs. Mais cette résidence est différente. Il y a dans l'air quelque chose de calme, de recueilli, presque monastique, qui apaise mes nerfs à vif.Les premiers jours, je me contente d'observer. Je note des i
L'affaire, elle, suit son cours. Lentement, comme toutes les affaires judiciaires. Les procédures s'étirent, les audiences se succèdent, les avocats échangent des conclusions. Adrien est toujours sous contrôle judiciaire. Il a changé d'appartement, de galerie, de visage peut-être. Je ne le croise plus. Je ne le cherche plus. Il reste une ombre à la périphérie de ma vie, une ombre qui recule à mesure que j'avance. Parfois, je pense à lui. Pas avec haine, pas avec tendresse. Avec une sorte de neutralité étrange, comme on pense à un orage qu'on a traversé et qui s'est éloigné. Il est devenu une partie de mon passé. Une partie douloureuse, mais une partie seulement. Et le passé, j'apprends à le laisser derrière moi.Je peins toujours. Pas tous les jours, mais régulièrement. Des toiles blanches, des toil
Je hoche la tête, les larmes aux yeux. Je n'ose pas parler. Elle poursuit :— Vous n'avez pas besoin de cesser totalement de l'aimer pour cesser d'être à lui. L'amour n'est pas un interrupteur qu'on éteint. C'est un processus. Un deuil. Et le deuil d'un amour violent est encore plus complexe, parce qu'il mêle le manque et la peur, le désir et le rejet. Ce que vous ressentez est normal. C'est même bon signe. Ça veut dire que vous n'êtes pas dans le déni, que vous êtes en train de traverser, d'intégrer, de transformer.Je l'écoute, et quelque chose se détend en moi. Pas entièrement, mais un peu. Ses mots me donnent une permission que je ne m'accordais pas : celle de ressentir sans me juger, celle d'aimer sans me punir, celle d'être à la fois une survivante et une femme qui se souvient. Je comprends que la guérison n'est pas une amputa
J'appelle Clara. Elle décroche à la troisième sonnerie. Sa voix est ensommeillée, inquiète. Je lui dis que tout va bien, que je viens d'apprendre quelque chose. Je lui répète les mots de Lefèvre. Il y a un silence, puis elle éclate en sanglots. Des sanglots de soulagement, de colère, de fatigue. Elle me dit qu'elle n'y croyait plus, qu'elle avait peur que tout soit classé sans suite, qu'elle pensait que la justice ne ferait rien. Elle me dit qu'elle est fière de moi, que je suis forte, que je mérite ça. Je l'écoute, les yeux fermés, et je sens sa voix me réchauffer, me porter, me rappeler que je ne suis pas seule. Puis elle me dit :— Tu vas pouvoir respirer, Élisa. Enfin. Tu vas pouvoir respirer.Je raccroche, et cette phrase résonne en moi. Respirer. Je ne sais pas si j'en suis capable. Depuis des mois, je respire à moiti&e
— ÉlisaLa nouvelle tombe un mardi matin, par un appel de Lefèvre. Je suis dans ma cuisine, en train de boire un thé, les yeux encore gonflés de sommeil. Le téléphone vibre sur la table, je décroche sans regarder, et la voix de l'officier est différente. Plus grave, plus lente, presque solennelle. Il me demande si je suis seule, si je peux parler. Je réponds oui, le cœur battant. Et il me dit :— Adrien Vance a été mis en examen. Pour harcèlement moral, menaces réitérées, et violences psychologiques. Ce n'est pas encore le procès, mais c'est une étape majeure. Le juge a estimé qu'il y avait des indices graves et concordants.Je ne réponds pas tout de suite. La phrase résonne dans ma tête, se répète, tourne sur elle-même. Mis en examen. Ces trois mots que j'ai attendus
Il hoche la tête, lentement. Ses yeux sont brillants, mais il ne pleure pas. Il lutte, comme toujours, contre cette vulnérabilité qu'il refuse de montrer.— Je vais devenir cet homme. Je te le promets. Je vais me battre contre moi-même, contre
Je m'étire, attrape mon téléphone machinalement sur la table de nuit. L'écran s'allume. Et là, un détail me frappe, me percute de plein fouet.La conversation avec Thomas est ouverte.Je ne l'avais pas laissée ouverte. J
AdrienElle rentre avec une heure de retard. Je suis sur le canapé, un livre à la main, mais je n'ai pas lu une ligne depuis trente minutes. Les mots dansent devant mes yeux, se brouillent, perdent leur sens. J'attendais. Je comptais les minutes. Je me ré
Elle me regarde, hoche la tête. Sophie me connaît depuis quinze ans. Elle a vu mes amours, mes déceptions, mes renoncements. Elle sait que celle-ci est différente.– Tu l'appelles comment, maintenant ?– Quoi ?– Lui.







