LOGIN~ VITTORIA ~
'Présent' « À quoi tu pensais, espèce de salope ?! Aller poignarder un Argentero ?! » J'avais l'habitude qu'il me traite de salope. Je pourrais presque parier qu'il lui arrivait d'oublier mon prénom pour de bon. Et quand j'y pensais, comment une salope était-elle censée se comporter ? Exactement comme telle. Comme une garce. J'ai levé les yeux au ciel face à mon père, Tiziano, sachant que cela allait l'énerver encore plus qu'il ne l'était déjà. J'ai détaché ma main de mes jambes croisées et j'ai observé mes ongles d'un air ennuyé. S'il savait seulement pour moi et Roman Argentero, il m'aurait été reconnaissant d'avoir au moins tenté de lui infliger la plus petite des douleurs. « Tu essaies de déclencher une guerre, Vittoria ?!! » a-t-il hurlé à mon oreille, menaçant légèrement la santé de mes tympans. C'était une agréable surprise. J'ai ricané. « Un point pour avoir prononcé mon prénom. Qui sait, avant la fin de l'année, tu en auras peut-être gagné un de plus. » Il a frappé de la main sur la table devant lui, mais je n'ai pas bronché. J'avais l'habitude de ses manières. Et j'avais l'habitude de tout ça. « Si nous n'avions pas le même sang, ta langue serait sur cette putain de table en ce moment même ! » a-t-il juré. Je voyais ses oreilles virer au rouge sous le coup de la colère. C'était bien là sa seule façon de montrer sa force : uniquement quand il s'agissait de sa propre famille. Dès qu'il s'agissait des Argentero, il devenait soudainement impuissant. Nous étions seuls tous les deux dans le salon, tandis que ses hommes attendaient dehors sur le perron avec Nicola. Après l'incident sur le territoire des Argentero il y a deux jours, pour une raison qu'il était le seul à connaître, il avait bizarrement attendu ce moment précis pour régler la situation. « J'imagine que c'est encore mon jour de chance », ai-je murmuré avant de reposer ma main et de lever les yeux vers lui. « Je devrais commencer à rédiger mon testament au cas où tu changerais d'avis un jour. » Être une femme née dans la Cosa Nostra — et dans la famille de Tiziano en particulier — était déjà une malédiction et un châtiment en soi depuis la naissance, mais essayer de plaire à Tiziano et d'obtenir son approbation pour une fois revenait à tomber dans un trou noir en espérant y trouver un bouquet de fleurs multicolores. Tiziano et moi n'avions jamais eu de relation père-fille affectueuse depuis que j'avais compris ce que des couteaux pouvaient faire à un corps humain, et je n'avais que six ans à l'époque. Il n'avait jamais manqué de me rappeler à quel point j'étais inutile pour ne pas être le fils dont il avait besoin pour reprendre ses affaires au sein de la mafia. Grandir avait simplement consisté à apprendre à être l'enfant qu'il voulait, à me endurcir et à vivre pour lui. Mais clairement, Tiziano était un homme insatiable. Chaque fois que je plongeais mon regard dans le sien, la haine me fixait en retour. Et bien qu'il ait été odieux du vivant d'Isabelle et de Mère, il était devenu encore pire à leur mort. Désormais, on aurait dit qu'il aurait apprécié que je parte avec elles. « Tu as interdiction de causer le moindre ennui jusqu'à ce que nous dîniez chez les Argentero pour organiser ton mariage avec le fils aîné », a-t-il déclaré d'une voix menaçante, sa carrure trapue et enchaînée faisant un pas vers l'endroit où j'étais assise. J'ai tourné brusquement la tête vers lui et j'ai haussé un sourcil. Tout commençait enfin à avoir du sens, et cela me hors de moi. C'était donc pour ça qu'il m'avait ramenée sans faire d'histoires à ce moment-là. Il avait été impuissant, une fois de plus. Et pour faire quoi ? Me marier dans la famille Argentero ? Et sans compter qu'il s'agissait de Roman Argentero, entre tous ? L'homme que je détestais le plus parmi tous les Argentero ? Il devenait complètement fou. « Qu'est-ce que tu entends par épouser le fils aîné de la famille Argentero ? » ai-je sifflé en le fusillant du regard. « Pourquoi ?! » « Tu ne mérites aucune explication ! Tu fais simplement ce qu'on te dit !! » a-t-il rugi. « Je ne ferai pas ça. Tu me brades chez eux ? Tout comme tu l'as fait avec Isabelle ? Tu n'as donc aucune putain de honte et aucun remords ?! » ai-je répliqué en hurlant à mon tour, me levant d'un bond. Ma mâchoire était crispée par la fureur, et je détestais le fait d'avoir également hérité du caractère impulsif et de la colère de Tiziano. Il s'est approché de moi et, avant même que je puisse réfléchir, il m'a giflée deux fois au visage. « Parle-moi sur ce ton une dernière fois et je ne tiendrai plus compte du fait que nous partageons le même sang. Sois prête demain à dix-sept heures ou tu le regretteras le reste de ta vie », a-t-il craché en me bousculant de l'épaule pour se diriger vers son bureau. Mes joues me brûlaient sous le coup des gifles alors que je me précipitais hors de la maison pour rejoindre ma voiture avec Nicola. Certains des hommes de Tiziano, qui travaillaient aussi pour moi, se sont empressés de me suivre. « Démarrez cette foutue caisse ! » leur ai-je lancé avec impatience, et ils se sont empressés d'obéir. Ce n'était pas comme si j'avais le choix quand il s'agissait de Tiziano et de ce qu'il voulait. Tout tournaient toujours autour de lui. Même le fait que je finisse par prendre la tête de la moitié de ses affaires n'était dû qu'au fait que ses deux frères n'en étaient pas capables : alors que l'un était si insouciant et impulsif que l'entreprise s'effondrerait en quelques semaines, le second n'avait pas le cœur assez dur pour traiter avec les gens exactement comme Tiziano le voulait. Et quoi de pire ? Aucun d'eux n'avait donné naissance à un garçon non plus. C'était une bien triste poisse pour nous, au point que certains murmuraient que nous étions frappés par ce qu'ils appelaient 'la malédiction des Bellucci'. Je ne pouvais pas le nier, j'étais arrivée depuis longtemps à la conclusion évidente et misérable qu'un jour je finirais avec quiconque il choisirait dans le cadre d'un mariage transactionnel ou arrangé, pe importe le nom qu'on lui donnait. Un mariage fondé sur les affaires. Mais je ne m'en étais jamais réjouie et je n'avais jamais pensé que ce serait au sein de la famille Argentero. Et certainement pas après la mort d'Isabelle. Le court et pitoyable passé que j'avais partagé avec Roman Argentero n'arrangeait rien non plus. Et de tout ce que j'avais entendu sur lui après ce que je qualifiais toujours d'erreur, rien n'était suffisamment plaisant pour qu'on puisse l'apprécier. Non pas que j'aime beaucoup de monde à la base, mais lui m'inspirait une haine d'un tout autre genre. Je suis montée dans la voiture et j'ai immédiatement plaqué un couteau sur le cou de l'un des hommes de Tiziano qui s'apprêtait à nous conduire, appuyant légèrement sur sa peau jusqu'à y laisser une fine entaille sanglante. « Découvre ce que les Argentero ont offert à Tiziano en échange de ma personne. Et si Tiziano l'apprend ou si je te prends à me balancer, tu sais que tu es mort dans les deux cas », l'ai-je menacé, et il a hoché la tête. « Fais-moi ton rapport avant demain », ai-je conclu en retirant mon couteau, le regardant prendre une grande inspiration. « Oui, Ma’am. » Il a posé ses mains tremblantes sur le volant, et la légère pellicule de sueur sur sa peau ne m'a pas échappé lorsqu'il a bougé ses doigts. Ma colère bouillonnait tellement que je pouvais sentir la chaleur s'échapper de mon visage. Et pour une raison quelconque, je me suis immédiatement rappelée des derniers mots de Roman Argentero deux jours plus tôt, lorsqu'il disait que j'habiterais bientôt chez lui. J'ai pris une grande inspiration en fermant les yeux. Je n'allais pas laisser les Argentero me menacer, et certainement pas Roman. Et je n'allais pas me laisser détruire comme Isabelle. J'allais me préparer à tout ce qu'ils compteraient me faire subir, et s'ils prévoyaient d'une quelconque manière de m'éliminer, il était bien juste que je m'en charge la première. Pour moi-même, et pour Isabelle.~ VITTORIA ~Quelques mois s'étaient écoulés et la vie reprenait un cours plus paisible. Personne ne retrouvait la trace de North ni son cadavre, si bien que nous ignorions s'il était encore en vie. Zaed Stokes, son complice, s'était lui aussi évaporé dans la nature, ne nous laissant la moindre piste. Chaque semaine, une équipe d'intervention sondait les profondeurs de l'océan, pour revenir à chaque fois bredouille.Les obsèques de Simeon avaient eu lieu quelques jours après sa mort. Mon incapacité à venger Isabelle n'avait finalement pas été un choix dicté de ma propre volonté. Mais en même temps, je ne parvenais ni à me réjouir du trépas de Simeon, ni à le pleurer.Pour Roman, les choses étaient bien différentes. Je l'avais observé pendant la cérémonie : les épaules droites, le regard sec, regardant le cercueil descendre en terre avec une rage sourde qui émanait de toute sa personne. Je doutais qu'il ait ressenti la moindre trace de chagrin. Je savais qu'il avait tant de choses à
~ VITTORIA ~« Je l'ai fait pour nous, Vittoria », a rétorqué Tiziano, le ton montant d'un cran. « Nous sombrions, nous étions sur le point de tout perdre. Je voulais nous offrir un avenir meilleur. Pour nous. Pour toi ! »« Et à quel prix ? » ai-je hurlé en retour. « La vie de maman et celle d'Isabelle ! »La rage me consumait. J'étais folle de furie contre lui, contre Simeon, contre North, et contre moi-même. J'en voulais à maman d'être partie, d'avoir choisi de rejoindre Isabelle au lieu de rester se battre pour moi. Le venin de cette colère parcourait mes veines, brûlant d'une ardeur dévastatrice.Tiziano m'a foudroyée du regard, ses lèvres tremblant sur des mots qu'il a finalement ravalés. Sans un mot de plus, il a fait volte-face et s'est éloigné, encadré de près par ses gardes du corps.« Tiziano t'aime, Vittoria », m'a glissé l'oncle Quinto dès son départ, le regard empreint d'un profond repentir. « Il s'y prend de la pire des manières, et ses actes sont inexcusables. Mai
~ VITTORIA ~C'était les premières heures de la matinée, et le jour se faisait désormais plus éclatant. Le brouillard s'était dissipé, laissant place à une atmosphère fraîche et une brise légère. Une heure s'était écoulée, et une équipe d'urgence était déjà à pied d'œuvre au bas de la falaise, s'affairant dans les eaux de l'océan pour secourir North et repêcher sa carcasse de métal.Roman était assis à mes côtés, observant le manège qui se déroulait sous ses yeux tout en recevant les premiers soins pour sa blessure par balle. Le saignement s'était atténué, et les secouristes s'évertuaient à extraire le projectile logé dans sa chair.J'ai vu sa main valide se crisper violemment sur son genou tandis que de fines gouttes de sueur perlaient sur son front avant de ruisseler le long de ses tempes.Le tintement métallique de la balle retombant dans le plateau en Inox a forcé mon regard à s'y poser, suivi d'un gémissement étouffé de Roman. Il était évident qu'il luttait contre cette doule
~ VITTORIA ~« Ce n'est pas vraiment des vacances tous frais payés », a grommelé Roman alors que nous nous précipitions vers le parking, scrutant chaque recoin à la recherche de North.« Ça veut simplement dire qu'il faut le retrouver rapidement », ai-je répliqué en balayant les lieux d'un regard impatient. Je ne savais pas ce que Roman avait en tête ni ce qu'il comptait lui faire une fois face à lui. Mais de mon côté, j'étais fixée. Je savais pertinemment ce que je voulais. Je le voulais mort, une balle logée en plein milieu du crâne.Un crissement de pneus déchirant la nuit a aussitôt capté notre attention. Nous avons aperçu North qui s'élançait hors de l'enceinte de l'hôtel au volant de sa voiture.« Pas question de le laisser filer. La voiture est juste là », a lancé Roman en braquant le bip vers son véhicule. Il a appuyé sur le bouton et les feux ont clignoté deux fois, signalant le déverrouillage.Nous nous sommes engouffrés à l'arrière en toute hâte tandis que Diego et Nic
~ ROMAN ~Du dégoût.C'est un profond dégoût qui m'a envahi. En fixant North, en le regardant sourire et s'efforcer d'agir comme si ses paroles n'avaient rien d'abominable, je le connaissais si bien. Je l'avais vu tant de fois, au bout du couloir, observer maman se détruire à coup de bouteilles et enchaîner cigare sur cigare.Je me souvenais de ces matins où je l'avais surpris endormi sur le paillasson devant sa chambre, se hâtant de filer au moindre bruit de pas pour ne pas être vu. Je savais tout cela, alors quand il avait cessé de lui rendre visite à l'hôpital, j'avais bêtement cru qu'il s'agissait de sa manière à lui de lui faire payer son manque d'affection durant notre enfance.Mais là, face à lui, je le découvrais sous un jour nouveau : un être abject, prêt à sacrifier toute morale sur l'autel de son intérêt personnel. Je ne parvenais pas à concevoir qu'il ait pu être au courant d'une telle horreur et la laisser se produire, simplement parce qu'il tenait le vieux entre ses
~ VITTORIA ~J'ai senti la main de Roman se resserrer sur la mienne, comme s'il n'avait déjà pas assez de prise. Mais cette étreinte ne suffisait pas à contenir la vague de rage qui m'envahit en découvrant le visage de North. Le sentiment de trahison me transperça les veines, provoquant une douleur physique en plein cœur. Je n'aurais jamais dû lui accorder ma confiance. Je n'aurais jamais dû faire confiance à l'assassin d'Isabelle.« Putain de salopard. Tu as fini de te cacher ? C'est tout ce dont tu es capable ? Isabelle ? C'était toi depuis le début ? C'est toi qui l'as tuée ? » ai-je lâché avant d'avoir pu reprendre le contrôle de mes mots.North s'avança d'un pas nonchalant, poussant un sifflement étouffé avant de lever les yeux au ciel. « Tu as toujours été une Bellucci bien trop bruyante. Je suis désagréablement surpris que ces bons à rien de crétins n'aient pas réussi à t'éliminer plus tôt. Pourtant, je leur avais filé un sniper à plusieurs reprises. » Il laissa échapper un







