LOGINLeila, princesse de la mafia marseillaise au sourire solaire, rentre d'exil pour découvrir son destin scellé : épouser Yanis Belmecher, le parrain rival qu'on surnomme "le Serpent". Leur union n'est qu'un marché de paix entre clans ennemis. Lui, froid et calculateur, ne voit en elle qu'un pion à briser. Elle, révoltée, jure de le haïr. Pourtant, prise au piège de ce mariage forcé, Leila comprend qu'elle n'a qu'une arme : toucher le cœur de ce prédateur aux yeux noirs. Mais comment attendrir un serpent ? Alors qu'elle s'enfonce dans son univers de violence, elle découvre avec effroi sa fascination pour les ténèbres... et pour les mains tatouées de celui qui jure de la détruire.
View MoreLEILA
L'avion amorce sa descente vers Marseille et mon estomac se noue comme un poing.
Par le hublot, je vois la Méditerranée s'étendre en dessous de moi, bleue, éternelle, indifférente. Les vagues crèvent contre les rochers blancs des calanques, jettent leur écume dans l'air salé. La côte défile les criques cachées où je me baignais enfant, les pins parasols qui montent vers le ciel, les villages accrochés aux collines comme des nids d'aigles. Puis les immeubles, les toits ocre, les ruelles étroites que j'ai parcourues en cachette, les places où j'ai joué, les églises où j'ai prié pour une vie différente.
Tout est là. Familier. Étranger.
Comme si j'avais rêvé cette ville pendant deux ans et qu'elle me révélait soudain sa vraie nature, débarrassée du voile de l'enfance, de l'insouciance, de l'ignorance.
Plus crue. Plus dure. Plus dangereuse.
L'hôtesse de l'air passe dans l'allée, son sourire professionnel frôle mon épaule sans m'atteindre. Ses cheveux blonds sont impeccablement attachés en chignon bas, pas une mèche ne dépasse. Son uniforme bleu marine est immaculé, ses mains gantées de blanc sont croisées devant elle. Elle est parfaite. Elle est normale. Elle ne sait pas qui je suis. Elle ne sait pas que derrière le visage pâle de la jeune femme assise au hublot se cache le nom qui fait trembler Marseille.
— Mademoiselle Belmecher ? Nous atterrissons dans vingt minutes. Attachez votre ceinture, s'il vous plaît.
Je hoche la tête, incapable de parler. Mes lèvres sont scellées, ma gorge serrée, ma langue comme un bloc de plomb.
Belmecher.
Mon nom.
Le nom de mon père.
Celui qui fait trembler les uns et baisser les yeux des autres. Celui qui ouvre des portes et en ferme définitivement d'autres. Celui qui m'a poursuivie jusqu'à New York, jusqu'à cette chambre d'étudiante que je partageais avec une fille qui ne savait rien de moi, rien de mon passé, rien du sang qui coule dans mes veines.
Pendant deux ans, j'ai été normale.
Pendant deux ans, j'ai cru que je pourrais échapper à mon destin. Que je pourrais devenir quelqu'un d'autre. Que je pourrais oublier les nuits de garde, les portes qui claquent, les hommes en noir qui parlent à voix basse dans le salon. Que je pourrais oublier l'odeur de la peur, le goût du sang, le poids du nom.
Je serre mes mains l'une contre l'autre sur mes genoux. Mes jointures blanchissent, mes doigts tremblent, une goutte de sueur perle à ma tempe et coule lentement le long de ma joue. Pourquoi est-ce que je tremble ? Je suis une Belmecher. On nous apprend à ne pas trembler. On nous apprend à sourire, à tenir nos épaules droites, à regarder nos ennemis dans les yeux, à marcher comme si le sol nous appartenait. On nous apprend à être des rois et des reines dans un monde de pions.
Mais là, à vingt minutes de retrouver mon père, ma mère, cette vie que j'ai fuie comme on fuit un incendie, je tremble comme une feuille emportée par le vent d'automne.
L'avion tangue un peu dans les turbulences. La ceinture me comprime le ventre, mes dents s'entrechoquent, mes mains agrippent les accoudoirs en cuir. Le gars à côté de moi , un homme d'affaires en costume, la cinquantaine, alliance en or, cheveux grisonnants , me jette un regard en coin. Il me sourit. Un sourire commercial, intéressé. Je ne lui rends pas son sourire. Mes yeux restent fixés sur le hublot, sur la terre qui se rapproche, sur le destin qui m'attend.
Je ferme les yeux.
Tu es Leila Belmecher. Tu as survécu à deux ans d'exil. Tu as traversé l'Atlantique toute seule. Tu n'as peur de rien.
C'est un mensonge.
J'ai peur de tout.
Surtout de lui. De mon père. De ce qu'il va m'annoncer. De cette lettre qu'il m'a envoyée il y a trois semaines, aux mots si froids qu'ils auraient pu geler l'encre sur le papier. Je l'ai lue cent fois. Je la connais par cœur, chaque mot, chaque virgule, chaque silence.
Ma chère Leila,
Il est temps de rentrer. Les affaires de la famille exigent ta présence. J'ai arrangé les choses. Ne discute pas. Ne tarde pas. Nous t'attendons.
Ton père.
Arrangé les choses.
Il s'effondre sur moi, haletant, tremblant, ruisselant de sueur. Son poids m'écrase, mais c'est un poids rassurant, une ancre qui me retient à la réalité, une preuve qu'il est là, qu'il est à moi, qu'il est vivant.— Je t'aime, murmure-t-il contre ma peau.— Je t'aime, réponds-je.Mais la nuit ne fait que commencer.Nous reprenons notre souffle, nos corps encore enlacés, nos peaux collées par la transpiration. La lune éclaire la chambre de sa lumière argentée, les étoiles scintillent au-delà de la fenêtre, la mer chante sa berceuse infinie.— Tu n'as pas fini, dit-il soudain, une lueur malicieuse dans les yeux.— Quoi ?— Tu n'as pas fini avec moi. Je te veux encore. Et encore. Et encore.Il roule sur le côté, me tirant avec lui, me faisant basculer sur lui. Me voil&agr
LEILALa villa est silencieuse.Les derniers invités sont partis il y a quelques heures, emportant avec eux les rires, les chansons, les éclats de joie du premier anniversaire de Stella. Les ballons flottent encore au plafond, les guirlandes lumineuses dansent doucement dans la brise nocturne, les restes du gâteau attendent sur la table de la cuisine.Matteo a emmené Stella pour la nuit. Il a insisté, avec un sourire discret et une lueur malicieuse dans les yeux.— Vous avez besoin de repos, Signora. Laissez-moi m'occuper d'elle. Je la ramènerai demain matin.J'ai voulu protester, mais Yanis m'a prise par la taille, ses lèvres contre mon oreille, sa voix un murmure chaud et prometteur.— Laisse-le faire, Leila. On a toute la nuit. Rien que nous.Maintenant, je suis dans notre chambre, debout devant la fenêtre, les yeux fixés sur la Méditerran
À l'hôpital, tout s'accélère. Les infirmières, les médecins, les moniteurs, les perfusions. Yanis est partout, aux côtés des médecins, à poser des questions, à exiger des réponses, à s'assurer que tout est parfait pour moi et pour notre bébé.— Vous pouvez rester avec elle, dit une infirmière. Dans la salle d'accouchement.— Je reste, dit Yanis. Je ne la quitte pas.L'accouchement est long et douloureux.Les contractions se rapprochent, s'intensifient, me déchirent de l'intérieur. Je crie, je transpire, je serre la main de Yanis si fort que je sens ses os craquer.— Je suis là, Leila. Je suis là. Ne me lâche pas.— Je te lâche pas, dis-je, ma voix brisée par la douleur.— Pousse, dit le médecin. Pousse, Leila. Le bébé
Les semaines suivantes, Yanis devient un papa poule angoissé et protecteur.Il m'interdit tout effort, toute fatigue, tout danger. Il me porte dans ses bras, me prépare des repas équilibrés, me masse les pieds quand ils gonflent. Il me couvre de coussins, de couvertures, de soins attentifs.— Tu es enceinte, Leila. Il faut que tu te reposes, que tu manges bien, que tu prennes soin de toi.— Je sais, Yanis. Mais je ne suis pas malade, je suis enceinte. C'est normal, ce n'est pas une maladie.— Pour moi, c'est un miracle. Et je veux que tout soit parfait pour toi et pour notre bébé.La chambre du bébé devient son obsession.Il a choisi lui-même le mobilier, les couleurs, les accessoires. Le bleu, comme la Méditerranée qu'il aime. Des nuances douces, apaisantes, sereines.Mais le montage des meubles est un combat épique.
Ma voix est un cri étranglé, étouffé par la main qui m'écrase la bouche. Je me débats comme une furie, griffant, mordant, donnant des coups de pied. Mais ils sont trop nombreux. Leurs mains sont partout, sur mes bras, mes jambes, ma taille.
Et mon père, dans l'ombre, commence son œuvre de destruction.Il vient me voir dans ma chambre, s'assoit au bord du lit comme il le faisait quand j'étais petite, quand j'avais de la fièvre, quand j'avais peur du noir. Il prend une voix douce et comp
Sa voix est un grondement animal, terrifiant, inhumain. Ce n'est plus Yanis qui parle. Ce n'est plus l'homme qui m'a offert une rose, qui a pleuré dans mes bras, qui m'a murmuré "je t'aime" dans son sommeil.C'est le Serpent. Le prédateur. Le tueur.
ILS S'ARRACHENT LES VÊTEMENTSSes mains s'immobilisent sur la boucle de sa ceinture. Ses doigts se crispent sur le cuir. Son regard change, s'assombrit, se trouble.Quelque chose est en train de se passer en lui. Quelque chose de profond, de viscéral, de dé
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