LOGINRhaegar comprend.— Selene.— Oui.— Nous ne sommes pas obligés de dormir ici cette nuit.— Si. Il faut.— Pourquoi ?— Parce que si je ne dors pas ici cette nuit, cette chambre restera pour toujours la chambre de Cassien. Il faut que, cette nuit, tu poses ton corps à côté du mien dans ce lit où j'ai dormi vingt-cinq ans en croyant à un homme qui me mentait. Il faut que la pièce bascule. Il faut qu'elle nous appartienne dès demain matin. Sinon je devrai la fermer à clé, ou la réaménager, ou la changer, et je passerai ma vie à rester la victime de vingt-cinq années. Non. Cette nuit.Il incline la tête.Il défait son manteau. Je défais ma robe. Nous nous couchons dans le lit.Il m'attire contre lui. Il ne fait rien de plus. Il m'embrasse sur le front. Il pose
Je regarde le feu.— Marek n'est pas Cassien. Marek n'a pas violé une résonance. Marek n'a pas tué un enfant. Marek a triché, il a menti, il a essayé de survivre à une situation impossible. C'est une trahison de moindre gravité.— C'est une trahison. Elle mérite une peine.— Elle mérite une peine. Je propose : douze années de service forcé pour la meute, dans un poste subalterne, sans droit de titre, sans salaire au-delà de la subsistance. Il vivra parmi nous. Il paiera par son travail. Il n'aura pas la mort mais il n'aura pas non plus la liberté. C'est proportionné.— C'est proportionné.— Il faudra, aussi, qu'il te confesse par écrit, avant l'entrée en service, le détail exact de ses actions depuis mars. Nous aurons besoin de ce document pour d'autres procès à venir
Je me suis retournée dans mon sommeil. J'ai, sur la joue, une trace légère de sang : la plaie de mon épaule a continué à couler dans les draps. Il essuie la trace. Il m'embrasse sur la tempe.Je souris sans me réveiller.Il s'allonge à côté de moi.Il ferme les yeux.Il pense, avec une simplicité qu'il n'a pas eue dans son cœur depuis douze ans, qu'il est, pour la première fois de sa vie, un homme heureux.Le lendemain matin, je me réveille à huit heures.Rhaegar dort encore. Je le laisse dormir. Je me lève doucement. Je sens dans mon épaule la douleur mesurée de la plaie, dans ma nuque la chaleur pulsative de la nouvelle marque. Je marche jusqu'à la fenêtre. J'écarte le rideau.Le parc Nyx est recouvert d'une fine couche de neige tombée dans la nuit.Je regarde la neige.Je regarde le premier matin de la première journée du reste de ma vie.Je sens, dans mon corps, la puissance nouvelle que l'Oracle a annoncée. Une puissance concrète, physique : je sens mes propres muscles, mon propr
Il tient la morsure.Il tient deux secondes, trois secondes, quatre secondes.Je continue à hurler.Puis, dans le hurlement, quelque chose bascule.Je sens, sous les dents de Rhaegar, la fausse marque dorée se briser. Je sens une chaleur monter du point de morsure, non plus la chaleur de la douleur, mais une chaleur différente, une chaleur qui n'appartient ni à moi ni à Rhaegar mais à la résonance qui, sous les dents, commence à s'établir.Je sens mon sang à moi se mêler au sang de Rhaegar, dans la plaie qui saigne maintenant abondamment.Je sens, dans mon propre cœur, une chose qui n'a pas battu depuis vingt-cinq ans, une chose qui n'a, en vérité, jamais battu, parce qu'elle n'a pas eu, jusqu'à ce soir, de compagnon réel.Je sens la marque prendre.Rhaegar retire ses dents.Il lèche la plaie une fois, comme dans l'auberge, un geste qui, dans le rituel Nyx, sert à clore la morsure.Mon hurlement s'arrête.Je reste assise, le corps tremblant, la sueur froide sur le front. La plaie saig
— SeleneLa nuit du vingt et un décembre commence à onze heures du soir.Kaelen est déjà au pavillon de chasse avec ses douze hommes. Damaris et ses gardes tiennent le manoir Varengar à huit kilomètres. Les trente hommes prévus autour du manoir Nyx sont en place, invisibles, silencieux, disposés en cercle à une distance qui leur permet, sans être repérés, d'intervenir en moins de deux minutes en cas de besoin.Je monte au deuxième étage à onze heures et quart.J'ai, ce soir, pris un long bain. Je me suis lavé les cheveux avec une eau de rose. Je me suis, moi-même, habillée, refusant les servantes. Je porte la robe blanche de laine simple que j'ai mise au matin, mais sans rien dessous cette fois, sans jupon, sans corsage, sans linge. Une robe qui s'attache par un seul lien de tissu en haut de l'épaule gauche. Un nœud simple.Mes cheveux sont tressés sur le côté droit. Le côté gauche, le côté de la fausse marque, est dégagé, offert.Je monte l'escalier dans un silence total.Le manoir
Dans le manoir, la petite chapelle du deuxième étage est, elle, préparée dans le plus grand secret. Rhaegar n'y monte qu'à la nuit. Il l'a, en trois nuits, nettoyée, cirée, décorée lui-même. Il n'a laissé aucune servante y entrer. Il a installé, au centre, un tabouret bas en bois brut. Il a suspendu, au-dessus, un dais de tissu écru simple. Il a posé, sur une petite console près du vitrail de la Lune Noire, la petite dague cérémoniale de la lignée Nyx , une dague qui ne sert, dans les rituels, que pour l'appointement de la morsure : Rhaegar, par tradition, se piquera à la paume avec cette dague au moment de la vraie marque, pour laisser tomber sept gouttes de son propre sang sur ma nuque juste avant que ses dents se referment.Je ne dois pas voir cette chapelle avant la nuit même.Je ne monte pas au deuxième &eac







