Se connecterDans le manoir, la petite chapelle du deuxième étage est, elle, préparée dans le plus grand secret. Rhaegar n'y monte qu'à la nuit. Il l'a, en trois nuits, nettoyée, cirée, décorée lui-même. Il n'a laissé aucune servante y entrer. Il a installé, au centre, un tabouret bas en bois brut. Il a suspendu, au-dessus, un dais de tissu écru simple. Il a posé, sur une petite console prè
Dans le manoir, la petite chapelle du deuxième étage est, elle, préparée dans le plus grand secret. Rhaegar n'y monte qu'à la nuit. Il l'a, en trois nuits, nettoyée, cirée, décorée lui-même. Il n'a laissé aucune servante y entrer. Il a installé, au centre, un tabouret bas en bois brut. Il a suspendu, au-dessus, un dais de tissu écru simple. Il a posé, sur une petite console près du vitrail de la Lune Noire, la petite dague cérémoniale de la lignée Nyx , une dague qui ne sert, dans les rituels, que pour l'appointement de la morsure : Rhaegar, par tradition, se piquera à la paume avec cette dague au moment de la vraie marque, pour laisser tomber sept gouttes de son propre sang sur ma nuque juste avant que ses dents se referment.Je ne dois pas voir cette chapelle avant la nuit même.Je ne monte pas au deuxième &eac
— SeleneRhaegar incline la tête.— Selene.— Oui.— Ne prends pas de décision immédiate. Ilyria joue une chose. Ce n'est peut-être pas une menace directe. C'est peut-être une distraction.— C'est peut-être les deux.— Oui.Kaelen se lève.— Je m'occupe du messager. Trois cavaliers. Deux directions. Un vers ma tante. Deux vers d'autres pistes que je vais faire brouiller.— Bien.Il sort.---Rhaegar et moi restons seuls.Rhaegar prend ma main.— Selene. Il faut que je te dise deux choses.— Dis.— La première. Je crois qu'Ilyria n'a pas Nyra. Elle sait où était Nyra jusqu'au vingt et un octobre — c'est-à-dire chez moi. Elle n'a peut-être jamais su, en revanche, que Nyra a été déplacé
J'incline la tête très brièvement.Je repars.Je ne me retourne pas.Dans la rue, Damaris m'attend avec le carrosse.Je monte. Je m'assois. Je laisse le carrosse partir.Damaris est à côté de moi.— Madame.— Oui, Damaris.— C'est fait.— C'est fait.Je regarde par la fenêtre du carrosse les rues de Millefonds défiler.Je sens une chose qui n'est pas exactement la joie. C'est plus complexe. Une chose calme, avec un fond de mélancolie ancienne.Vingt-cinq ans.Ils ont été effacés d'un article un.Rien de ce que j'ai vécu pendant vingt-cinq ans n'est, sur le papier, jamais réellement arrivé. Je n'ai pas été la Luna Varengar. Je n'ai jamais été la femme de Cassien. Ces années, dans les registres officiels, vont dispar
— SeleneJ'achève mon exposé.Je me rassois.Je n'ai, pendant tout mon exposé, pas prononcé le mot Rhaegar une seule fois.Frère Aldric se tourne vers Cassien.— Alpha Varengar. Vous avez la parole.Cassien se lève. Il tremble un peu. Il commence à parler. Il parle mal. Il commence par nier , je nie catégoriquement. Il continue par la dénonciation , il s'agit d'un complot politique de la meute Nyx pour affaiblir la meute Varengar. Il termine par une phrase qui, dans la salle, produit un silence absolu :— Ma femme est ma propriété. Elle m'appartient. Je ne saurais falsifier ce qui, dans mon droit d'Alpha, m'est dû. La notion même de marque frauduleuse ne peut pas s'appliquer entre un Alpha et sa Luna, car l'Alpha n'a pas besoin de rituel pour disposer de sa Luna. Le Code des Sept, sur ce point, doit être relu à la lu
SeleneJe rêve, cette nuit, d'une forêt où marchent deux enfants aux yeux verts asymétriques.Le lendemain, je demande à Halinne de me raconter Nyra. Halinne, en souriant, me raconte pendant deux heures. Je ris. Je ris vraiment , un rire de mère qui apprend que sa fille a, un jour d'été, mis un serpent dans le lit d'un jeune garde qui l'avait taquinée.J'ai, ce matin, dans le manoir Nyx, retrouvé un rire que j'avais perdu depuis onze mois.Je sens que je survivrai.Je sens, aussi, que tout, désormais, va aller très vite.La session extraordinaire du Grand Conseil se tient le dix décembre à Millefonds.Il n'y a pas de session ordinaire de bienvenue. Il n'y a pas de banquet. Il n'y a pas de bal. Le Grand Conseil se réunit à huis clos dans la salle circulaire de la Table Ronde, avec les sept Alphas, leurs Bêta principaux, u
Je sens que j'ai, jusqu'ici, aimé sa présence, sa parole, son corps, sa politesse, sa mesure. Je n'ai pas encore aimé, en revanche, sa vieillesse à venir.Je sens, en cet instant, que je suis prête à l'aimer aussi vieillissant.C'est une chose qui n'est pas dans les livres de romance de la meute Varengar. C'est une chose qui, me dis-je, n'apparaît probablement pas dans les traités de compagnonnage. C'est, en vérité, la chose qui , dans ce pavillon octogonal au bord d'un étang gelé , me confirme que je suis, sans plus d'ambiguïté possible, prête pour le rituel.J'avance.Il lève les yeux. Il ne fait aucun geste théâtral. Il ferme son livre.— Selene.— Rhaegar.— Tu as vu Kaelen ?— Oui. J'ai réfléchi.— Bien.Il fait un petit signe de la m







